BIANCHI Sonia [née PFLASTER Sare]

Par Daniel Grason, complété par Renaud Poulain-Argiolas

Née le 18 août 1908 à Sieniawa (Pologne), morte le 17 janvier 1994 à Ris-Orangis (Essonne) ; sténodactylo ; militante communiste ; résistante du Front national de lutte pour la libération ; internée ; après la guerre : secrétaire générale de la Commission centrale de l’enfance ; militante du MRAP.

Sonia Bianchi

Née Sare Pflaster, Sonia Bianchi vit le jour dans un village de Galicie, partie allemande de la Pologne. Son père, Marcus Marin, était un érudit juif qui connaissait parfaitement l’hébreu et le talmud avant de se convertir plus tard au protestantisme. Elle suivit l’enseignement de l’école générale en allemand et en polonais, incluant la prière catholique, et ne célébrait les fêtes juives et ne parlait le yiddish que dans sa famille. Bien qu’elle arrêtât sa scolarité au niveau du certificat d’études, elle garda toute sa vie une curiosité intellectuelle d’autodidacte.

Vers l’âge de quinze ans, Sonia Bianchi abandonna toute foi religieuse. Dans la Pologne réunifiée elle fréquenta alors un groupe d’opposants politiques proches du Bund socialiste. À la fin des années 1920, elle quitta son pays devenu très antisémite. Elle retrouva des camarades communistes polonais à Paris, vivant un moment à l’hôtel, rue Saint-Marcel, en communauté, et faisant de petits boulots. Elle suivait également les cours de l’Alliance française, boulevard Raspail. Après avoir adhéré au Parti communiste, elle tapa les tracts sur une machine à écrire, travailla un temps pour l’Humanité, puis au local de la CGT, rue de la Grange-aux-Belles, dans le syndicat du bâtiment.

Pour échapper à l’expulsion, comme d’autres camarades polonaises elle contracta un mariage blanc le 23 mars 1933 et conserva le patronyme de Bianchi, son nom d’épouse. L’année suivante elle fit la connaissance de Ricardo Rohregger, antifasciste italien originaire de Pula, de dix ans son aîné, qui avait fui l’Italie fasciste. Elle s’installa en couple avec lui. Pendant l’Exposition universelle de 1937, ils renversèrent la statue du Duce dans le pavillon italien.

En juin 1940, ils entrèrent dans l’action clandestine à l’occasion de l’invasion allemande. Sous le pseudonyme de "Jacqueline", elle tapa des tracts pour la Résistance et transporta des armes. Ricardo, lui, vola des grenades, sabota des convois militaires allemands, fit sauter un poste d’essence et une bibliothèque appartenant à l’occupant.

Sonia Bianchi fut interpellée le 22 février 1942 à leur domicile du 66 rue de Saint-Mandé à Montreuil-sous-Bois (Seine, Seine-Saint-Denis). Ils avaient un enfant âgé d’un an qui fut placé à l’Assistance publique.

Ricardo Rohregger avait été interpellé quelques jours avant, elle le rencontra dans les locaux de la BS2 des Renseignements généraux, il lui confia avoir été frappé lors de son interrogatoire. Elle resta deux jours dans les locaux des Brigades spéciales.

Elle fut détenue près de quatre mois dans le quartier administré par les Allemands à la prison de la Santé. Elle ne fut pas jugée, mais internée à la caserne des Tourelles à Paris (XXe arr.), à Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), à Gaillon dans l’Eure, à La Lande à Monts en Indre-et-Loire et enfin à Mérignac en Gironde d’où elle fut libérée le 22 août 1944.

Auditionnée le 17 août 1945 par les membres d’une commission rogatoire chargés du dossier de l’inspecteur B., elle porta plainte contre les inspecteurs qui arrêtèrent Ricardo Rohregger, fusillé le 17 avril 1942 au Mont Valérien. Elle déclara que les inspecteurs laissèrent son enfant sans nourriture toute une journée et cela « malgré de nombreuses réclamations de ma part ».

Ricardo Rohregger lui confia « avoir été violemment frappé par des inspecteurs chargés de son interrogatoire ». Elle porta plainte contre un secrétaire qui « a insisté à plusieurs reprises pour me faire signer l’acte d’abandon de mon enfant ».

Début 1946, Sonia Bianchi entra à la Commission centrale de l’enfance (CCE), association créée par les juifs communistes de l’UJRE (Union des juifs pour la résistance et l’entraide), qui s’était donné pour mission d’élever les enfants de fusillés et de déportés. Elle en devint secrétaire générale. Elle avait pour tâche de coordonner l’œuvre, diriger les colonies de vacances de la période estivale, d’en recruter les cadres, de contrôler et diriger le personnel. Elle conserva cette fonction jusqu’en septembre 1958 tout en continuant à exercer son métier de sténodactylo.

Sonia Bianchi eut plus tard des responsabilités au MRAP à Gennevilliers et dans un dispensaire franco-hongrois avant de se rapprocher de son fils Serge à Draveil (Essonne). Elle vécut dans plusieurs maisons médicalisées jusqu’à son décès à la maison Dranem à Ris-Orangis à l’âge de 86 ans.

Elle fut inhumée au cimetière de Draveil parmi de nombreux amis de la CCE venus lui rendre hommage.

Sonia Pflaster épouse Bianchi fut homologuée Résistance intérieure française (RIF) et Déportée et internée de la Résistance (DIR) au titre du Front national de lutte pour la libération.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article245869, notice BIANCHI Sonia [née PFLASTER Sare] par Daniel Grason, complété par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 4 octobre 2022, dernière modification le 30 novembre 2022.

Par Daniel Grason, complété par Renaud Poulain-Argiolas

Sonia Bianchi

SOURCES : Arch. PPo. 77 W 3116-306505. — SHD Vincennes, GR 16 P 473765. — Serge Bianchi, Zoé Grumberg, Joseph Katersztein, La Commission centrale de l’enfance - Des larmes aux rires : Histoire et mémoire d’une organisation juive, laïque et progressiste, 1945-2020, Le Cherche Midi, 2022, 456 p. (informations transmises par Éric Lafon-Amrein). — Site Match ID, Acte n°11 N, Source INSEE : fichier 1994, ligne n°96272.

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