ESNAULT Roger

Par Christian Bougeard

Né le 22 juin 1920 à Plurien (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) ; ouvrier carrossier à Dinan (Côtes-du-Nord) ; militant communiste et syndicaliste CGT des Côtes-du-Nord, responsable de l’UL-CGT de Dinan ; maire de Bobital (Côtes-du-Nord).

Né à dans une famille d’agriculteurs (père maçon sur l’acte de naissance, mère ménagère) à Plurien, près d’Erquy et Pléhérel où travaillaient des ouvriers carriers, et où une cellule du PCF existait au moment du Front populaire, Roger Esnault adhéra aux Jeunesses communistes en 1937. Il participa activement aux quêtes pour l’accueil des réfugiés espagnols dans les Côtes-du-Nord. Selon son témoignage recueilli en 1982, la cellule de Plurien aurait assez facilement accepté la nécessité du Pacte germano-soviétique mais aurait été troublée par l’interdiction du PCF. En septembre et octobre 1939, il recopia et distribua avec Audrain, le fondateur de la cellule, des tracts et des papillons venus de Saint-Brieuc. Ils dénonçaient la répression anticommuniste et approuvaient le Pacte.

À la mi-septembre 1939, trop jeune pour être mobilisé, Roger Esnault s’engagea volontairement dans l’armée, partit le 15 octobre et fut fait prisonnier lors de la débâcle de mai-juin 1940. Durant sa captivité, il entra en contact avec des communistes allemands de Hambourg. À son retour en Bretagne en 1945, Roger Esnault adhéra au PCF et devint le secrétaire général de l’UJRF. Ouvrier carrossier à l’entreprise Amiot de Dinan, il devint délégué du personnel et anima le syndicat CGT. Il prit rapidement des responsabilités à l’union locale de Dinan (UL), alors dirigée par le conseiller général communiste Édouard Forget*. En 1956, il était le secrétaire de l’UL (encore en 1968) et en 1958, il entra à la commission administrative de l’UD CGT des Côtes-du-Nord où il siégeait toujours en 1968. Roger Esnault fut aussi élu conseiller municipal de Dinan en 1947, réélu en 1953. En mars 1949, il était membre du bureau fédéral du PCF et devint en décembre le secrétaire de la section communiste de Dinan pour de longues années. Il quitta le bureau fédéral en mars 1950 quand quatre membres furent renouvelés, restant au comité fédéral jusqu’au début des années 1980 (sauf de 1954 à 1956). En outre, en 1959 Roger Esnault était administrateur CGT de la caisse primaire d’assurance maladie de Dinan, réélu en 2e position en 1962. Il était aussi à cette date administrateur de l’hôpital de Dinan et membre de la direction de l’amicale laïque tout en restant secrétaire de l’UD CGT et secrétaire du syndicat des métaux.

Roger Esnault se présenta à de nombreuses élections à Dinan, en particulier aux élections cantonales. En janvier 1956, aux élections législatives, il figurait en 5e position sur la liste communiste conduite par Guillaume Le Caroff et Marcel Hamon, tous les deux élus députés des Côtes-du-Nord. Il obtint 66 298 voix pour une moyenne de liste de 67 694. À partir de novembre 1958, Roger Esnault fut l’adversaire attitré de René Pleven, toujours réélu au premier tour jusqu’à sa défaite de mars 1973, aux élections législatives dans la circonscription de Dinan. En novembre 1958, il obtint 15,4 % des voix pour 12 % au candidat de la SFIO Joseph Hourdin*. En novembre 1962, seul opposant de gauche à René Pleven, Roger Esnault progressait jusqu’à 24,8 %. En mars 1967, il se maintenait à 23,7 % des suffrages alors qu’un candidat gaulliste UD Ve République, avec 21,9 % mettait le centriste René Pleven (54,4 %) quelque peu en difficulté dans son fief du pays de Rance. En juin 1968, le score du candidat communiste reculait à 18,2 % car un nouveau candidat de la FGDS était entré en lice à gauche. Il s’agissait de René Régnault*, 11,9 %, futur sénateur PS des Côtes-d’Armor. En mars 1973, le militant communiste dinannais se représenta contre René Pleven mais il ne totalisait plus au soir du 1er tour que 16,3 % des voix contre 29,3 % au jeune socialiste Charles Josselin. René Pleven, le Garde des Sceaux des gouvernements Chaban-Delmas et Messmer disposait d’une confortable avance. Mais, à la surprise générale et avec 45 voix d’écart seulement, Charles Josselin fut élu député de Dinan. L’union à gauche avait parfaitement fonctionné avec le renfort de voix du candidat réformateur.

En mars 1978, Charles Josselin fut battu par René Benoit (UDF-PR) mais il reprit le siège de Dinan en 1981. Dès 1978, Roger Esnault avait passé la main à sa camarade C. Nennot pour une relève des générations. Mais en juin 1981, avec 6,1 % des voix, le PCF était réduit à une force d’appoint dans cette circonscription de l’est des Côtes-du-Nord.

Roger Esnault termina sa longue carrière de militant politique et syndical comme maire communiste de Bobital (au moins de 1983 à 1989). Il s’était marié en décembre 1945 à Saint-Carne et était père de deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24649, notice ESNAULT Roger par Christian Bougeard, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 7 mai 2009.

Par Christian Bougeard

SOURCES : Arch. comité national du PCF, organigrammes des comités fédéraux des Côtes-du-Nord (1953-1968). — Arch. Dép. Côtes-d’Armor. 1192 W 39, 40, 41, 45, 46, 47, 49. Elections législatives de 1956, 1958, 1962, 1967, 1968. — Le Monde, mars 1978 et juin 1981. — Entretien de Christian Bougeard avec Roger Esnault le 24 janvier 1982. — Christian Bougeard, René Pleven. Un français libre en politique, Rennes, PUR, 1995. — État civil de Plurien.

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