Urbès (Haut-Rhin) massacres du Steingraben 24 septembre et 4 octobre 1944

Par Jean-Louis Ponnavoy

Situé sur la commune d’Urbès (Haut-Rhin) limitrophe du département des Vosges, le Steingraben, littéralement "Tranchée de pierre", au col de Bussang, fut le théâtre de deux massacres de patriotes par les nazis les 24 septembre et 4 octobre 1944. Il y eut au total douze victimes.

A l’automne 1944, la plus grande partie du territoire français était libérée. Mais les armées alliées commençaient à s’essouffler après leur marche rapide depuis la Provence. Dans la brume et la pluie du massif des Vosges, elles n’avançaient plus que lentement. De ce fait les maquis harcelaient davantage l’ennemi qui s’accrochait à ses emplacements tandis que la Sipo-SD et les SS continuaient leurs exactions.
Dans sa ferme-auberge du Drumont, montagne qui surplombait le col de Bussang, Nicolas Lutenbacher, âgé de 73 ans, et ses fils continuaient à exercer avec d’autres patriotes leurs dangereuses activités de passeurs et d’agents de renseignement. Les SS pourchassaient les résistants avec l’aide des traîtres. Par l’intermédiaire de faux résistants, des miliciens sans doute, auxquels il avait accordé l’hospitalité tel qu’il l’avait fait pendant des années à de nombreux évadés et réfractaires, Nicolas fut arrêté le 21 septembre, avec les siens et la famille Sac, réunis dans la ferme cernée de toutes parts par la Gestapo. Simultanément, deux SS tentèrent d’arrêter Eugène Lutenbacher à son domicile à Fellering (Haut-Rhin), mais sur le qui-vive, ce dernier réussit à leur fausser compagnie alors que son épouse fut arrêtée. Le 22 septembre, au retour d’une mission, son fils, le capitaine Émile Lutenbacher, tomba à son tour dans le filet tendu par les nazis.
Les prisonniers furent conduits à Bussang (Vosges) et torturés mais aucun d’eux ne parla. Jugés rapidement par un "Schnell-gericht" (tribunal spécial), ils furent condamnés à la peine de mort., y compris le jeune Jean-Paul Sac, âgé d’à peine 17 ans. Les femmes quant à elles, seront déportées au camp de Schirmeck (Bas-Rhin). Le 24 septembre 1944, à la nuit tombante, un camion SS quitta Bussang en direction du col et s’arrêta au ravin du Steingraben, sur la commune d’Urbès (Haut-Rhin). Avant que les bourreaux n’aient le temps de s’occuper de lui Jean-Paul Sac réussit à s’enfuir sous les rafales des mitraillettes. Il sera tué deux mois plus tard, le 28 novembre 1944, dans les environs du « Plain du Repos », alors qu’il servait de guide volontaire à la tête d’une patrouille du Corps-Franc « Pommiès » en route pour la conquête du Drumont. Les cinq autres résistants furent abattus à bout portant et leurs corps abandonnés dans le lit du cours d’eau.

Dans le secteur Le Thillot-Bussang, les arrestations et interrogatoires musclés continuaient de plus belle. Le mercredi 4 octobre, le camion SS quittait une nouvelle fois Bussang pour le Steingraben avec à son bord huit maquisards. A nouveau, les mitraillettes crépitèrent et huit corps tombèrent dans le ravin rejoignant les cinq autres qui n’avaient pas été enlevés depuis le 24 septembre. Après le départ des bourreaux, deux survivants se relevèrent d’entre les cadavres qui gisaient dans les eaux tumultueuses du petit torrent, rougies par le sang des martyrs. Il s’agissait de Joseph Lichtlin, gravement blessé, et de Robert Curien, indemne, les deux ayant été laissés pour morts. Pour ces deux rescapés le calvaire continuait. Au prix de pénibles efforts, ils essayèrent de regagner la crête et le versant Vosgien. Mais Joseph Lichtlin perdant abondamment son sang, tomba d’épuisement et ne put continuer. Alors Robert Curien tenta d’aller chercher du secours pour son camarade d’infortune, mais ce dernier fut sans doute découvert et abattu. Son corps n’a été retrouvé qu’au printemps 1945. Quant au sort du capitaine Émile Lutenbacher, il ne fut connu que beaucoup plus tard. Son corps atrocement mutilé fut retrouvé le 26 avril 1945 près de l’étang-Jean sur le versant Vosgien de la route du Drumont, où il avait son poste de commandement.

Une stèle commémorative sur laquelle figurent les noms des victimes de cette tragédie a été inaugurée le 10 octobre 1945 et financée par voie de souscription. En 1972, le Souvenir Français a fait ériger un mât au sommet duquel flotte le drapeau français et tous les ans le dernier samedi du mois de septembre, une cérémonie est organisée à la mémoire des fusillés par le comité du Souvenir Français de Saint-Amarin en alternance avec le comité de Le Thillot.

Liste des noms inscrits sur le monument :

24 Septembre 1944
Victor, Angèle, Maurice BLAISE (41 ans)
Nicolas LUTENBACHER (73 ans)
Paul LUTENBACHER (31 ans)
Joseph, Marcel PARMENTIER (57 ans)
Georges, Nicolas SAC (46 ans)

4 Octobre 1944
Gustave, René ARCIN (38 ans)
Ernest, Émile BOURQUART (44 ans)
Pierre, Adrien, Paul CURIEN (19 ans)
Joseph, Louis, Eugène LICHTLIN (37 ans)
Maurice, Paul, Henri MANSUY (35 ans)
Aimé, Gaston RÉMY (36 ans)
Robert, Hippolyte STIVERT (47 ans)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article246642, notice Urbès (Haut-Rhin) massacres du Steingraben 24 septembre et 4 octobre 1944 par Jean-Louis Ponnavoy, version mise en ligne le 30 mai 2022, dernière modification le 30 mai 2022.

Par Jean-Louis Ponnavoy

SOURCES : Musée de la Résistance en ligne, MONUMENT DU STEINGRABEN, URBÈS (HAUT-RHIN).— Transvoges du 16 septembre 2014 La tragédie du Steingraben.— Résistance active dans la vallée de la Thur et maquis des Vosges, Exécution de 12 résistants au Steingraben, près d’Urbès, le 24 septembre et le 4 octobre 1944.1 Remirementvallées.com, 30 septembre 2020 En images – Le 76e anniversaire de la fusillade du Steingraben.

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