JUBIN François, Marie, Gustave

Par Jean-Louis Ponnavoy

Né le 21 juin 1916 à Cahors (Lot), mort en action le 28 juin 1944 à Gourdon (Lot) ; médecin militaire ; résistant de l’ORA et des FTPF homologué aux Forces françaises de l’intérieur (FFI).

François Jubin était le fils de François, Maurice Jubin, médecin du Corps de Santé colonial, et de Marie, Jeanne, Adèle, Eugénie Martin.
Il passa son adolescence en Nouvelle-Calédonie.
Suivant les traces de son père, il entreprit des études de médecine à l’école annexe de Toulon (Var) et présenta le concours de l’École centrale de Santé Navale de Bordeaux (Gironde) qu’il intégra en 1938.
En mars 1940, alors qu’il était étudiant en 3ème année de médecine, il fut affecté à la Base aéronavale de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) comme médecin auxiliaire dans une unité de fusiliers marins. Le 15 mai 1940, les blindés allemands envahirent le nord de la France et encerclèrent les troupes alliées dans la poche de Dunkerque. À Boulogne l’ordre fut de tenir le plus longtemps possible afin de permettre au corps expéditionnaire britannique de regagner l’Angleterre à partir du port de Dunkerque. Au-delà de son rôle de médecin qui l’amenait à parcourir la ville sous le feu ennemi pour porter secours aux blessés, François Jubin participa activement aux combats de rue. Par manque d’armes, de munitions et de soutien aérien, la place de Boulogne capitula le 25 mai.
Blessé en combattant, François Jubin fut fait prisonnier et emmené à destination de l’Allemagne. Il s’évada et revint à pied de nuit pour rejoindre Boulogne-sur-Mer, où il arriva en juillet 1940, dans une ville occupée par l’ennemi. Des marins français, restés cachés dans la ville, lui procurèrent vêtements et faux papiers qui lui permirent de traverser le pays en direction de la zone libre.
Sa conduite courageuse au combat lui valut d’être cité à l’ordre du Corps d’Armée, puis à l’ordre de la Division avec attribution de la Croix de guerre. Le 7 juin 1941, la médaille militaire lui fut également décernée.
Il souhaitait rejoindre l’Angleterre mais après le décès prématuré de son père, il renonça à son projet et reprit ses études. Il rejoignit l’Ecole de Santé Navale repliée en zone libre, à Montpellier (Hérault), et poursuivit son cursus médical.
Il épousa Louise Imbert le 28 juillet 1941 à Montpellier.
Après l’invasion de la zone libre en novembre 1942, il tenta en vain de rejoindre les Forces Françaises Libres (FFL) d’Afrique du Nord. Il démissionna alors de la Marine et passa sa thèse en qualité de civil puis s’installa comme médecin généraliste à Lauzès, petit village du Lot, sa région natale.
Il était également officier, médecin de réserve de la Marine
Il entra alors dans la Résistance en rejoignant le mouvement de Résistance de l’armée (ORA) et prit le pseudonyme de "Jupiter". Il recruta des hommes, parmi lesquels de nombreux réfugiés espagnols, tout en menant de front ses deux activités, profitant pour cela du laisser-passer et des bons d’essence que lui valait sa qualité de médecin.
Au printemps 1944, dans le cadre de la réorganisation des maquis, il fut intégré aux effectifs des FTPF au sein du 23e bataillon du Lot (5ème région militaire) avec le grade de capitaine. Fin avril 1944, au cours d’un transport d’armes effectué de nuit, il se fractura le bras et dut être hospitalisé à Cahors sous un faux nom.
Le 11 mai 1944, le premier bataillon du régiment Der Führer, l’un des trois régiments de la Division SS Das Reich, remonta vers le Nord-Ouest du département du Lot en se livrant à des exactions. À l’approche de Lauzès, le Docteur Jubin était chez lui. Il fut prévenu par un voisin de l’arrivée de l’ennemi mais il était trop tard pour fuir avec sa femme enceinte de près de 9 mois et sa fille de deux ans. Se sachant recherché par la Sipo-SD, il n’eut pas d’autre choix que de se cacher dans une porcherie voisine où il se réfugia après en avoir chassé les cochons qui divaguèrent dans les rues du village. Cette situation ne sembla pas alerter les soldats allemands qui les repoussaient à grands coups de bottes. Cependant ils abattirent d’une rafale de mitraillette un habitant qui voulant calmer son chien qui aboyait les soldats, l’appela par son nom « Marquis » ce que les allemands durent confondre avec « Maquis ». Une mère et sa fille furent également tuées sans raison apparente.
François Jubin dut mettre sa famille en lieu sûr en la confiant à son ami François Fejtö (1909-2008), journaliste hongrois exilé en France depuis 1938 et résistant lui aussi. La deuxième fille de François Jubin naîtra quelques heures avant le début du débarquement allié. François participait alors aux opérations de sabotage déclenchées par Londres dans le cadre du Plan Vert.
Le 28 juin 1944, alors qu’il revenait d’opération en uniforme, et ignorant que les Allemands avaient investi la ville de Gourdon, il se trouva à découvert face à un barrage de véhicules blindés, à l’entrée de la ville. Abandonnant sa voiture, il tenta de s’échapper à travers champs. Les soldats allemands le poursuivirent et l’abattirent d’une rafale de mitraillette. Son corps ne fut retrouvé que trois jours plus tard par des habitants.
Plusieurs personnes dont Jean Calés furent tuées le même jour et 22 otages furent fusillés le lendemain par les allemands.
François Jubin obtint la mention « Mort pour la France » et fut homologué au grade de capitaine des Forces françaises de l’intérieur (FFI).
« Tenant compte des raisons morales qui l’ont déterminé à quitter la Marine, et en considération de son attitude patriotique », il fut réintégré rétroactivement dans la Marine comme médecin d’active et en mars 1948, il fut promu au grade de Médecin de 1ère classe à compter du 1er juin 1944.
Il reçut la Médaille de la Résistance à titre posthume par décret du 24 avril 1946 publié au JO le 17 mai 1946 et le 8 Août 1949, place Thiers à Cahors, le Colonel Pommiès, chef du Corps Franc portant son nom, remit à sa fille ainée, âgée de sept ans, la Croix de la Légion d’honneur décernée à son père.
La promotion 1974 de l’Ecole de Santé Navale porte le nom de François Jubin.
Il est inhumé dans le caveau familial au cimetière communal, à Cahors (Lot).
Son nom figure sur les plaques de la faculté de Médecine et le monument aux morts, à Montpellier (Hérault), sur le monument commémoratif aux martyrs de 1944 à Gourdon (Lot), sur la plaque commémorative de la faculté de Médecine Paris-Descartes, à Paris (VIe arr.) et la plaque commémorative 1939-1945 de l’hôpital d’instruction aux armées Sainte-Anne, à Toulon, (Var), sur le monument aux morts à Lauzès.
Une maison de retraite porte son nom dans cette commune.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article246853, notice JUBIN François, Marie, Gustave par Jean-Louis Ponnavoy, version mise en ligne le 31 mars 2022, dernière modification le 31 mars 2022.

Par Jean-Louis Ponnavoy

SOURCES : Service historique de la Défense, Caen, Cote AC 21 P 58064 (nc) et GR 16 P 313781 (nc).— "Les Amis de la Fondation de la Résistance", François Jubin.— Lanrent Cardonnet, Contribution à l’étude des étudiants en médecine et des médecins " Morts pour la France" durant la Seconde Guerre mondiale, Thèse pour le doctorat en médecine, Paris, 2010, p. 83. — Mémoire des Hommes.— Mémorial Genweb.— Geneanet.

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