HAIDARA Mahamane Alassane

Par Marianne Saddier

Né en 1910 à Tombouctou (actuel Mali), mort en 1981. Diplômé de l’École William-Ponty. Instituteur, directeur d’école, sénateur puis député US-RDA, premier Président de l’Assemblée nationale du Mali.

Mahamane Alassane Haïdara est le premier Président de l’Assemblée nationale du Mali indépendant. Proche de Modibo Keïta, il est un membre important de l’Union soudanaise – Rassemblement démocratique africain (US-RDA), le parti au pouvoir à l’indépendance, et une personnalité de premier plan du régime socialiste de 1960 jusqu’au coup d’État de 1968.
Celui qui est souvent simplement appelé Mahamane Alassane naît en 1910 dans la ville de Tombouctou, le long de la Boucle du Niger. Il grandit dans une famille chérifienne songhay d’origine marocaine, connue pour son érudition en matière d’islam. Son père, le chef du quartier de Sankoré, fait partie des notables de la ville.
Mahamane Alassane est scolarisé par les autorités coloniales à l’école franco-arabe de Tombouctou. Probablement passé par l’École primaire supérieure de Bamako, il intègre ensuite la section enseignement de l’École William-Ponty au Sénégal, célèbre établissement de formation des lettrés en AOF. Diplômé en 1929, il commence sa carrière comme instituteur puis devient un directeur d’école réputé pour sa rigueur dans différents établissements de la région de Tombouctou (notamment Gao, Tombouctou et Niafunké).

Mahamane Alassane Haïdara rejoint l’US-RDA dès sa création, en 1946, sur la sollicitation d’un des fondateurs du parti, Mamadou Konaté. Ce dernier, qui a probablement été l’enseignant de Mahamane Alassane à l’École primaire supérieure de Bamako dans les années 1920 et qui entretient avec lui une relation amicale, l’appelle à rejoindre les rangs de l’US-RDA afin qu’il aide le parti, dont la plupart des premiers militants vient de la partie Sud-Ouest du pays, à s’implanter dans la Boucle du Niger. Sur le site du Sénat français, la fiche de présentation d’Haïdara évoque son rôle actif en tant que « représentant qualifié des populations originaires de la Boucle du Niger » lors du Congrès constitutif du parti. L’US-RDA compte également sur Mahamane Alassane, connu pour son ascendance chérifienne et son érudition en matière d’islam, pour incarner la notabilité religieuse parmi ses dirigeants et l’aider à recruter dans des milieux musulmans comme Tombouctou. Décrit par le journaliste Pierre Campmas comme « un notable du nord où il [permet] à l’Union Soudanaise de s’implanter solidement et définitivement », Mahamane Alassane devient responsable du développement de la sous-section tombouctienne de l’US-RDA, mais également de celui de toutes les sous-sections de la Boucle du Niger dans les années 1950.
Le choix de Mahamane Alassane pour un parti pourtant ouvertement hostile aux chefferies, qui les décrit comme des organisations « féodales » contrevenant à l’idéal de développement socialiste de l’US-RDA, peut se comprendre dans le contexte des luttes de pouvoir dans la Boucle du Niger de l’époque. Les évolutions de la politique foncière des Français dans la zone sont à l’origine d’un fort sentiment d’injustice parmi les populations sédentaires songhayophones, qui développent dans les années 1940 et 1950 un discours autour de leur légitimité sur les terres de la vallée du fleuve, s’opposant à ce qu’elles conçoivent comme une alliance des Français et des pasteurs touaregs. L’US-RDA, qui propose de réformer les usages fonciers en garantissant l’accès aux terres à ceux qui les cultivent, peut alors représenter un allié pour les cultivateurs songhay et ceux, comme Mahamane Alassane, qui les défendent.

Dans les années 1950, l’alliance des militants songhay avec l’US-RDA se renforce dans le cadre de la lutte contre le projet de l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS), ce territoire comprenant la Boucle du Niger que les Français envisagent de créer et dont la gestion menace d’être soustraite au territoire du Soudan français. Mahamane Alassane occupe une place importante dans ce combat, puisqu’il est d’abord nommé membre de la commission chargée d’examiner le projet d’OCRS au Sénat avant d’être nommé à la Haute-Commission de l’OCRS, alors même que la loi de 1957 stipule que cet organe de direction de l’OCRS doit être principalement peuplé par des Sahariens d’origine nomade.

Élu conseiller territorial en 1952, Mahamane Alassane est réélu en 1957 et préside l’Assemblée territoriale. Il entre au Bureau politique du parti en 1955. Il accumule les fonctions dans les organes législatifs de la colonie dans les années qui suivent : député à l’Assemblée législative provisoire du Soudan entre 1958 et 1959, membre de l’Assemblée fédérale constituante du Mali de janvier à mars 1959, et membre du Sénat de la Communauté en qualité de délégué de l’Assemblée législative de la République soudanaise.

A l’indépendance du Mali, il devient Président de l’Assemblée nationale et demeure jusqu’au coup d’État de 1968 une éminente personnalité du régime. C’est notamment son réseau de relations politiques construit lors de ses années en tant que sénateur en France qui fait de lui une figure du pouvoir socialiste malien, en particulier pour ce qui concerne les questions internationales. Intime ami de François Mitterrand, il est décrit par Campmas comme étant, avec Jean-Marie Koné, « l’homme-clé des contacts africains et occidentaux, du moins jusqu’en 1967 ». Si Haïdara ne partage pas toujours la ligne politique du président et fait partie de l’aile modérée de l’US-RDA, cette modération s’exprime toujours « très discrètement et tenant compte de l’opinion de Modibo Keïta » (Campmas). Son loyalisme et son implantation politique dans le Nord le rendent incontournable au sein du parti. En 1967, lorsque le régime poursuit son durcissement et qu’une grande partie des modérés de l’US-RDA est écartée, Mahamane Alassane, loin d’être parmi les plus radicaux, est pourtant choisi pour diriger la délégation législative du Comité national de défense de la révolution (CNDR), faisant de lui le numéro 2 du régime.

Comme d’autres cadres de l’US-RDA, la carrière politique et professionnelle de Mahamane Alassane est bouleversée par le coup d’État militaire. Emprisonné en 1968, il passe sept ans en détention et est libéré en 1975. Il décède en 1981, marqué par les séquelles de son emprisonnement.

Marié avec une femme arma de Tombouctou, il a eu plusieurs enfants, dont certains ont occupé des fonctions politiques : Mme Lansry Nana Yaya Haïdara, Commissaire à la sécurité alimentaire entre 2006 et 2010, et Elhajj Baba Sandy Haïdara, député entre 2007 et 2012. En 1995, le lycée franco-arabe de Tombouctou est renommé lycée Mahamane Alassane Haïdara.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article246997, notice HAIDARA Mahamane Alassane par Marianne Saddier, version mise en ligne le 5 avril 2022, dernière modification le 7 avril 2022.

Par Marianne Saddier

Bibliographie :
Boilley Pierre, « L’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS)  : une tentative avortée » dans Nomades et commandants  : administration et sociétés nomades dans l’ancienne A.O.F, Karthala, 1993, p. 215‑237.
Boilley Pierre, « Un complot français au Sahara  ? Politiques françaises et représentations maliennes… » dans Mali-France. Regards sur une histoire partagée, Donniya, Karthala, 2005, p. 161‑182.
Campmas Pierre, L’Union soudanaise  : section soudanaise du Rassemblement démocratique africain 1946-1968, Thèse d’histoire de 3ème cycle, Toulouse Le Mirail, 1978.
Hall Bruce, A History of Race in Muslim West Africa, 1600-1960, Cambridge : Cambridge University Press.
Lecocq Baz, Disputed desert. Decolonisation, competing nationalisms and Tuareg rebellions in Northern Mali, Leiden : Brill, 2010.

Sources :
Entretiens avec le fils de Mahamane Alassane Haïdara, Elhajj Sandy Baba Haïdara, le 29 avril 2016 et le 19 avril 2017.
Fiche de Mahamane Alassane Haïdara sur le site du Sénat français, www.senat.fr.
Touré Younoussi, Younoussi Touré, l’enfant du lac Takiti au Mali, Grandvaux, 2017.

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