ESTÈVE Louis [ESTÈVE Paul, Louis, Joseph]

Par Robert Debant, notice complétée par Guillaume Davranche

Né le 26 juin 1903 à Montels (Hérault), mort le 11 octobre 1987 à Narbonne (Aude) ; maçon ; militant anarchiste.

Fils d’un berger de Coursan (Aude), Louis Estève devint ouvrier agricole à l’âge de treize ans. En 1917, à quatorze ans il s’enthousiasma, comme la plupart de ses compagnons, pour la révolution russe. À seize ans, il adhéra au « Parti communiste » créé en 1919 par Raymond Péricat. Il rompit cependant avec les idées communistes en lisant des brochures anarchistes dénonçant la répression en Russie soviétique. Louis Estève s’installa à Paris au début des années 1920, et apprit les métiers de maçon et de plâtrier. Ouvrier sur les chantiers du métro, il travailla auprès de Pierre Albert, l’un des secrétaires du syndicat CGTU du bâtiment. Il milita alors à l’Union anarchiste (UA) dont il sera bientôt élu au secrétaire.

En relation avec les anarchistes russes et ukrainiens exilés à Paris, Louis Estève se montra dès 1926 partisan des thèses de Nestor Makhno et d’Archinov et de la « Plateforme organisationnelle des communistes libertaires. » À la fin des années 1920, il retourna à Coursan pour y exercer son métier de maçon. Louis Estève y anima le groupe anarchiste local composé surtout d’ouvriers agricoles, français et espagnols. Il assuma le secrétariat de la Fédération du Languedoc de l’Union anarchiste, avec André Daunis. Il était également membre du secrétariat national de l’UA.

Si en 1927, l’UA avait adopté la « Plate-forme », elle y renonça en avril 1930. Louis Estève démissionna alors du secrétariat de l’organisation. Depuis Coursan, il participa à l’administration du Bulletin mensuel, organe de la minorité plate-formiste dont la directrice était Lucile Pelletier : La fédération du Languedoc est entièrement acquise au plate-formisme, ce qui lui valut d’être exclue de l’UA entre octobre 1931 et juillet 1933.
Le 27 août 1932, Louis Estève se maria à Narbonne.

À l’été 1936, dès le début de la guerre civile espagnole, Louis Estève fut un des responsables de l’aide aux antifranquistes, à travers le Comité France-Espagne de Narbonne. Il aida à passer des munitions, des armes et des avions démontés.

Quand éclata la Seconde Guerre mondiale, les autorités françaises neutralisèrent Louis Estève qui était connu pour ses activités pacifistes et antifascistes. En 1940 il fut arrêté et interné à Fontevrault-l’Abbaye (Maine-et-Loire). En septembre 1941, il fut interné à Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) en même temps qu’André Daunis. Après avoir été libéré, il rejoignit un important groupe de résistants narbonnais unifié par Élie Sernet.

À la Libération, Louis Estève participa à la reconstruction de la Fédération anarchiste (FA), dont il anima, avec André Daunis, le groupe de Narbonne. En 1950, il participa avec Georges Fontenis à la création de l’Organisation-pensée-bataille qui aboutît à la transformation de la FA en Fédération communise libertaire (FCL) en décembre 1953. Cette même année il prit part à la grève des ouvriers du bâtiment, qui dura plusieurs mois.

Dans les années 1950, il tenait la rubrique « Le Combat paysan » du Libertaire et était adhérent à la CGT-FO. En 1953, il prit part à la grève du Bâtiment qui dura plusieurs mois.
Après la disparition de la FCL en 1957, Louis Estève participa à la naissance du PSU dans le Narbonnais, notamment avec Aimé Huc. En 1972, il adhéra au Parti socialiste. Retraité, il devint conseiller CGT auprès des prud’hommes.
Louis Estève était le type même de l’ouvrier autodidacte. Les murs de la maison familiale, du sol au plafond, étaient tapissés de livres, revues et journaux qu’il dévorait la nuit, ne dormant que trois à quatre heures en moyenne. Une sympathisante espagnole du groupe anarchiste de Narbonne disait de lui : « C’était un savant. Je n’avais jamais vu personne d’aussi instruit. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24702, notice ESTÈVE Louis [ESTÈVE Paul, Louis, Joseph] par Robert Debant, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 24 février 2009, dernière modification le 9 décembre 2018.

Par Robert Debant, notice complétée par Guillaume Davranche

SOURCES : Témoignage de Gilbert Estève, fils de Louis. — Article de R. Debant pour le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (1871-1939). – Archives Lucien Tronchet, Collège du Travail, Genève. — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, Gallimard. — Nicolas Faucier, Dans la mêlée sociale, éd. La Digitale, 1983. — Georges Fontenis, Changer le monde, Histoire du mouvement communiste libertaire (1945-1997), Éditions Le Coquelicot/Alternative libertaire, 2000. — Gilbert Gaudin, Le puits de mémoire, Témoignages historiques sur Narbonne et le Languedoc, Éditions Loubatières, 2001. — Correspondance entre Louis Estève et Georges Fontenis (1952-1954). — Note de Marianne Enckell.

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