FOURÉ Jeanine

Par Madeleine Singer

Née le 13 août 1930 à Croissy-sur-Seine (Seine-et-Oise, Yvelines) ; agrégée de sciences physiques ; membre du comité national du Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) de 1960 à 1968.

Jeanine Fouré était l’aînée des trois enfants de Charles Fouré, professeur au CEG de garçons de Rueil- Malmaison (Seine-et-Oise, aujourd’hui Hauts-de-Seine). Il avait épousé Marguerite Benoit. Résidant à Croissy- sur-Seine, il fut en décembre 1943 nommé conseiller municipal de sa commune et le demeura jusqu’en août 1944. Élu en octobre 1947 conseiller municipal de ladite commune sur la liste « Action municipale et sociale » conduite par René Lemoine, il siégea jusqu’en 1959. Pendant la durée de son mandat, il fut membre des commissions des Finances, des Affaires scolaires et de l’Office municipal des sports. Il fut le 17 octobre 1948 membre délégué du collège électoral départemental pour l’élection des Conseillers de la République.

Jeanine Fouré entra en Sixième au CEG de filles de Rueil-Malmaison en 1941 et fut admise quatre ans plus tard à l’École normale de Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise, Yvelines). Elle passa le baccalauréat en 1948 et fut autorisée à suivre au lycée Jules Ferry à Paris la classe préparatoire à l’ENS de Fontenay-aux-Roses (Seine, Hauts-de- Seine) où elle entra en 1950. Elle obtint la licence de sciences physiques en 1952, puis l’agrégation en 1955. Nommée alors à l’École normale de Troyes (Aube), elle fut mutée l’année suivante sur sa demande à l’École normale de Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) et put ainsi se rapprocher de sa famille. Pour la même raison, deux ans plus tard, elle sollicita et obtint un poste à l’École normale de Saint-Germain-en- Laye. Lorsqu’en 1970 cet établissement perdit ses classes de baccalauréat, Jeanine Fouré fut nommée sur sa demande au lycée de Poissy (Seine-et-Oise, Yvelines) où elle prit sa retraite en 1990.

Dès son arrivée à l’École normale de Troyes en 1955, Jeanine Fouré adhéra au SGEN, suivant en cela l’exemple de ses amis. Mais elle ne milita qu’à partir de sa nomination à Saint-Germain-en-Laye en 1958 car elle put alors participer au bureau SGEN des Écoles normales qui se réunissait à Paris. Pour connaître de façon précise son activité à cette époque, il aurait fallu retrouver la collection du bulletin ronéotypé des Écoles normales qui fut édité à partir de 1957, car les comptes rendus parus dans Syndicalisme universitaire sont forcément sommaires. Jeanine Fouré semble ne prendre de responsabilités qu’à dater de 1960. Présente au bureau national Premier degré du 17 décembre 1959, on dit qu’elle y assistera désormais pour représenter la section des professeurs d’École normale. Elle se chargea également de toutes les démarches au Ministère pour les professeurs d’École normale qui dépendaient alors du Premier degré ; elle venait en effet d’avoir une audience du chef de bureau compétent, en compagnie de Claude Pinoteau*, secrétaire Premier degré. Elle assura cette présence au bureau Premier degré jusqu’à la réorganisation du Ministère en septembre 1962 ; les mêmes bureaux allant désormais gérer les professeurs des Écoles normales avec ceux des lycées, les démarches furent par conséquent assurées par les collègues du Second degré qui les faisaient auparavant.

Dès le congrès de 1960, Jeanine Fouré avait été élue au comité national dans la section Premier degré, en qualité de suppléante d’André Henry*, secrétaire de la section SGEN des Écoles normales. Lors des commissions administratives du Premier degré, il fallait en effet mettre au point les positions SGEN relatives à la réforme des Écoles normales ainsi qu’à la formation professionnelle des instituteurs. La section SGEN-École normale se préoccupait de cette réforme qui devait, selon André Henry*, obéir à trois impératifs : former tous les maîtres du Premier degré et par conséquent transférer progressivement dans les lycées les normaliens préparant le baccalauréat afin de faire place aux remplaçants en formation professionnelle ; préparer une formation professionnelle en deux ans, adaptée au nouveau rôle du Premier degré, depuis la constitution du cycle d’observation et la prolongation de la scolarité jusqu’à seize ans ; former pour les Écoles normales des professeurs vraiment spécialisés dans les problèmes psychologiques posés par l’enseignement du Premier degré. Cela entraînait bien des difficultés pour les professeurs d’École normale dont la situation serait modifiée par le transfert en lycée des classes de baccalauréat. Ces questions étaient étudiées dans les réunions trimestrielles du bureau-École normale, au cours de journées d’études qui se tinrent à Paris le 21 janvier 1962 et le 28 avril 1963, au cours aussi de bureaux-École normale élargis aux représentants des académies, tels que celui du 16 mai 1965.

André Henry* et Jeanine Fouré qui animaient ces réunions, étaient épaulés depuis 1961 par un nouveau militant, Jacques George, professeur à l’École normale de Rouen. À cette époque, Jeanine Fouré jouait un rôle important dans la liaison École normale- Premier degré. C’est elle qui tint au courant la commission administrative Premier degré des démarches qu’elle avait effectuées dans les différentes directions de la DGOPS (direction générale de l’organisation et des programmes scolaires) les 11 et 12 février 1963, au cours d’une audience accordée au SGEN Premier et Second degré : elle avait remis des notes élaborées par la section des professeurs d’École normale. Elle insista à cette commission administrative du 15 février sur la circulaire qui allait paraître, prévoyant outre la formation professionnelle en deux ans, le maintien d’élèves au lycée et les externements d’office, mesures qui devaient libérer les places nécessaires à la prolongation du séjour en École normale des instituteurs en formation professionnelle. Ce même 12 février, elle avait remis des notes sur les problèmes des professeurs d’École normale (heure de direction morale, etc.) tant à M. Paoli, sous-directeur du personnel, qu’au directeur de l’enseignement, René Haby, qui assura à la délégation que des mesures seraient prises à partir de 1964 pour faire dans les Écoles normales la place nécessaire aux élèves-maîtres en formation professionnelle. Jeanine Fouré se retrouva à nouveau en audience chez R. Haby le 3 octobre 1963, accompagnant les secrétaires du Premier degré et des CEG, Claude Pinoteau et Simone Malaquin*.

Jeanine Fouré venait d’être chargée d’une nouvelle responsabilité car, depuis le 3 octobre 1963, le bureau national des lycées s’était adjoint un représentant des Écoles normales. Assidue à ces réunions qui étaient mensuelles, voire bimensuelles, elle y participa jusqu’en 1968, sans négliger pour autant le bureau École normale dont la fréquence s’accrut à partir de 1966 : il eut lieu désormais deux fois par trimestre. En outre Jeanine Fouré accomplissait des tâches plus modestes : elle assurait l’envoi du bulletin ronéotypé aux professeurs d’École normale, invitait les responsables des diverses Écoles normales à s’adresser à elle s’ils n’avaient pas reçu telle circulaire comme celle du 19 février 1963. Elle rendait compte dans Syndicalisme universitaire de l’activité de la section par divers articles tels que celui résumant la journée d’études du 21 janvier 1962. Elle présenta avec Jacques George dans le bulletin syndical le travail des professeurs d’École normale au congrès de Marseille en 1962. Elle signa avec André Henry* et Jacques George le rapport « Écoles normales » pour le congrès de 1964, puis avec Jacques George le rapport pour le congrès de 1966 car André Henry* se retirait et laissait à ce dernier la responsabilité de la section. Jacques George signa seul le rapport de 1968, Jeanine Fouré ne renouvelant pas sa candidature au comité national. Mais elle continua à l’assister, l’accompagnant par exemple lors de l’audience chez le directeur de la pédagogie, M. Gauthier, le 22 avril 1969 : avec le secrétaire Premier degré, Guy Duquesne, ils étaient venus s’informer sur le sort que le ministre comptait faire aux rapports des commissions réunies après Mai 1968. Ils lui remirent des notes sur la formation des maîtres, l’organisation du recrutement des normaliens, le régime intérieur des Écoles normales, la formation et le recyclage des professeurs d’École normale, etc. Sans détailler les réponses qu’ils reçurent, retenons seulement que M. Gauthier considérait que le passage aux trois ans de formation professionnelle ne pouvait être envisagé tant que la formation professionnelle en deux ans n’était pas bien au point.

Jeanine Fouré avait été candidate lors des élections de 1961 à la commission administrative paritaire nationale (CAPN) des professeurs d’École normale. Le SGEN obtint 15,2 % des suffrages contre 12,5 % en 1958, mais n’eut de siège que dans deux CAP académiques, Besançon (Doubs) et Strasbourg (Bas- Rhin). Lors des élections suivantes en 1965, il n’y eut plus de CAPN propre aux Écoles normales, leurs professeurs étant désormais gérés par le Second degré. Les professeurs d’École normale figurèrent donc sur les listes SGEN pour les agrégés et pour les certifiés. Jeanine Fouré fut à nouveau candidate parmi les titulaires agrégés, en quatrième position, c’est-à-dire au meilleur rang possible pour quelqu’un qui ne désirait pas être élu ; elle réitéra sa candidature en 1969 et disparut de la liste lors des élections suivantes car elle avait quitté la section des professeurs d’École normale, ayant été nommée en lycée. Étant parisienne, elle avait assuré une tâche indispensable pour le bon fonctionnement du Syndicat général et le développement de la section École normale.

Mais elle ne renonça pas pour autant à l’action syndicale. En 1973, elle devint secrétaire de son établissement et assura cette fonction pendant sept ou huit ans tout en siégeant jusqu’en 1978 au bureau académique de Versailles. Elle fut élue à la CAPA de cette académie tant en 1972 qu’en 1975. Une fois à la retraite, elle demeura membre du SGEN, mais se tourna vers d’autres activités qu’elle poursuivait encore en 1999 : elle appartint à l’association « solidarité logement » et s’occupa de l’« Aide à toute détresse Quart Monde (ATD) ». Ainsi au militantisme syndical avait succédé un militantisme social non moins utile à ses yeux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24705, notice FOURÉ Jeanine par Madeleine Singer, version mise en ligne le 24 février 2009, dernière modification le 30 mai 2022.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, thèse, Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J1471) ; Histoire du SGEN, Presses universitaires de Lille, 1987. — Syndicalisme universitaire, 1960-1976. — Lettre de la mairie de Croissy-sur-Seine à Madeleine Singer, 4 mai 1999. — Lettres de Jeanine Fouré à Madeleine Singer, 6 juin 1995, 20 septembre 1996, 27 février 1999, 22 mai 1999 ; entretien du 6 mars 1999 (Arch. privées).

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