TEULADE Jules, Léo, Gaston

Par Claude Pennetier

Né le 2 octobre 1890 à Magnac-Laval (Haute-Vienne), mort le 31 octobre 1974 à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) ; charpentier en fer ; secrétaire des Jeunesses syndicalistes révolutionnaires ; membre de la commission exécutive de la CGTU ; militant communiste puis membre du bureau politique du Parti populaire français ; vice-président du COSI.

Jules Teulade était le fils d’un surveillant des chemins de fer mort en 1907 et d’une couturière morte en 1919. Il avait un frère devenu capitaine des Zouaves qui’il "chasse de sa maison" dit-il en 1933. Il épousa Léonce Lavergne, originaire du Cantal, qui, vers 1930, était membre d’organisations proches du Parti communiste : Comité de défense de l’Humanité, SRI, Amis de l’Union soviétique. Jules Teulade quitta son village natal vers quinze ans, arriva à Paris en 1906 et adhéra aux Jeunesses syndicalistes. Poursuivi dans le cadre de l’action judiciaire contre le « Sou du soldat », il fut arrêté pendant huit jours. Il fut condamné en 1910 par un tribunal de Limoges à un mois de prison pour entraves à la "liberté du travail". Arrivé à Paris en 1906, il adhéra aux Jeunesses syndicalistes. Il se rendit ensuite dans la région marseillaise et participa aux grèves touchant le chantier du canal du Rhône. Il fut condamné le le 3 mai 1911 à 8 jours de prison pour avoir incité à la grève, drapeau rouge à la main, sur des chantiers où il travaillait. Il était alors secrétaire adjoint des Jeunesses syndicalistes révolutionnaires. Il vivait à Alès avec une dame Chapuis de Marseille. Arrêté une seconde fois, il se rendit à Saint-Étienne où il fut à nouveau arrêté à la suite d’une grève du Bâtiment et condamné à dix mois de prison le 18 mai 1912. Il fut inscrit au carnet B des Bouches-du-Rhône en novembre 1911, et le 20 mars 1912 à celui du Gard. Il fut de nouveau inscrit au carnet B du Rhône le 11 juin 1912. Sorti de prison, il décida de pas être insoumis et accomplit son service militaire dans les bataillons d’Afrique au 21e régiment d’infanterie coloniale. Cependant, il passa en 1914 devant le Conseil de guerre de Oudja pour refus d’obéissance et violences ; condamné à cinq ans de travaux publics, il vécut comme soldat la Première Guerre mondiale.

Élu secrétaire appointé du syndicat des charpentiers de Paris en novembre 1920, Jules Teulade était membre des Comités syndicalistes révolutionnaires avant la scission syndicale. Il fréquentait les milieux anarchistes et collaborait au journal Le Libertaire. Il participa au congrès de la Fédération du Bâtiment à Dijon, en mai 1921. Lors de ce congrès, les syndicalistes révolutionnaires obtinrent la majorité. Cinq militants parisiens furent chargés d’expliquer le sens de cette victoire : Louis Barthe, Henri Jouve, Julien Le Pen, Jean-Baptiste Vallet et Jules Teulade. Très hostile à la révolution soviétique, « ce gouvernement d’assassins », il s’opposa à Gaston Monmousseau lors du IIe congrès de l’Union départementale de la Seine, en novembre 1921. Jules Teulade, membre suppléant de la commission exécutive de l’Union déclara : « Je me refuse à reconnaître une valeur révolutionnaire à un parti politique quelconque et quel qu’il soit... Je déclare qu’un syndicaliste révolutionnaire, qu’il le veuille ou non, est un anarchisant. »

Secrétaire du syndicat unitaire des charpentiers de Paris en 1922, Jules Teulade adhéra au Parti communiste en 1923 peu après le congrès de la CGTU à Saint-Étienne ; il était parrainé par Tomasi* et Ilbert*. Il anima désormais la minorité de la Fédération unitaire du Bâtiment. Lors du IXe congrès fédéral, en juillet 1923, il s’opposa au rapport moral présenté par Couture et Georges Courtinat, mais bien qu’il l’ait dénoncé dans l’Humanité, il le vota. Au cours de ce même congrès, il fut l’un des signataires de la motion d’adhésion à l’Internationale syndicale rouge (ISR) et lorsque la minorité communisante du Bâtiment s’organisa, il en fut le secrétaire adjoint (voir Nicolas Georges). À l’occasion de ce congrès, les minoritaires avaient soutenu la candidature de Teulade au secrétariat fédéral mais il ne fut pas élu : la majorité fédérale restait attachée au syndicalisme révolutionnaire. Jules Teulade assista au IIe congrès de la CGTU (Bourges, 12-17 novembre 1923) et se rangea dans la majorité conduite par Gaston Monmousseau. Après la rupture de la majorité avec la CGTU, Teulade devint secrétaire à la propagande de la Fédération unitaire du Bâtiment et entra comme suppléant à la commission exécutive de la CGTU lors du IIIe congrès (26-31 août 1925). Au congrès suivant (Bordeaux, 19-24 septembre 1927), il en devint titulaire.

Jules Teulade présida la commission électorale du PC dans le 4e secteur de la Seine. C’est, selon ses Mémoires , lui qui imposa la candidature de [ Jacques Doriot dans la circonscription de Saint-Denis en mai 1924, contre l’avis de [ Marcel Cachin. En 1925, il fit un premier voyage en Union soviétique, se rendant notamment à Tiflis. Il s’y rendit une seconde fois en 1928 pour assister au IVe congrès de l’ISR et s’opposa à la nomination de [ Jean Cremet à la tête de l’ISR. Entre temps, en 1926, il avait effectué une tournée de propagande syndicale en Algérie où, il fut délégué de la CGTU en 1926, 1927, 1928. Il fut également délégué de l’ISR en Grèce. Il connut diverses condamnations au cours de ces années. En 1924, la 12e chambre correctionnelle de Paris lui infligea 15 jours de prison pour entraves, en 1925 il fut condamné à Rodez à 8 jours de prison pour injures au préfet et en 1927 à Rennes, à 15 jours pour violences envers un journaliste.

Il travaillait alors comme charpentier pour le compte de la ville de Bezons (Seine-et-Oise).

En 1928, Jules Teulade qui était toujours membre de la commission exécutive de la Fédération du Bâtiment (voir Bonnieux) mais avait abandonné le secrétariat fédéral, fut nommé secrétaire de la Région parisienne du Parti communiste. Également animateur de la cellule de Carrières-sur-Seine (Seine-et-Oise) et membre du comité de rayon de Bezons-Argenteuil. Il conduisit la liste communiste lors des élections municipales. Son influence locale et professionnelle était importante, d’où la complexité du processus de mise à l’écart du parti entre 1930 et 1934..

En décembre 1929, Teulade qui s’était battu avec Roland Semard, frère de Pierre Semard, démissionna du PC. Le dossier du RGASPI comprend divers documents sur son exclusion. Teulade ne mentionnait, dans son autobiographie de 1933, que l’expression "exclu pour indiscipline". La commission de contrôle politique réunie le 23 décembre 1929 relevait à son encontre des provocations et des injures adressées aux organisations communistes et son refus de s’expliquer. Elle rejetait sa démission et prononçait son "exclusion définitive". Cependant, en juin 1930, la CCCP réexaminait le cas et réitérait les mêmes accusations (propos hostiles lors de la conférence du 30e rayon en novembre 1929, calomnies contre le parti et la CGTU, mépris de la discipline et refus de répondre de ses fautes). Un second "verdict d’exclusion définitive" fut prononcé contre ce "professionnel de l’injure et de la provocation"". Cette nouvelle décision fut sans doute liée à sa signature le même mois du Manifeste de l’Opposition unitaire. Le 15 janvier 1931, Teulade adressait une lettre au Secrétaire de la Région parisienne du PC demandant sa réintégration et Celor lui répondit la semaine suivante que sa lettre était transmise au bureau régional. Le 12 avril une autre lettre de Celor confirmait que ce bureau était disposé à accepter sa réintégration sur la base d’une déclaration de Teulade. Celui-ci déclara donc le 26 mai, après une entrevue avec Semard qu’il avait toujours été d’accord avec le parti et expliquait que son intervention dans la presse extérieure au parti lors de la grève des terrassiers d’avril 1930 était semblable à celle parue dans La Vie ouvrière du 30 juin et qu’il voulait simplement "mettre en garde la direction de son syndicat contre une mauvaise interprétation de la combativité des copains". Semard dans une lettre au Secrétariat du 2 juin 1931 se prononça pour la réintégration demandant à Teulade "une déclaration plus précise sur sa collaboration à La Vérité à cette occasion". La fraction du bâtiment exigea le 1er septembre qu’il reconnaisse ses erreurs et explique "sa demande d’adhésion au groupe d’opposition Trotsky". La conférence du 30e rayon ayant le même mois accepté et demandé avec insistance le réintégration de Teulade, celle-ci fut prononcée par la CCCP le 30 juin 1932 par une résolution où le conflit était qualifié "d’ordre personnel et non par un désaccord de doctrine".

Mais Teulade fut exclu une seconde fois. La commission des cadres avait jugé trop brève son autobiographie de juillet 1933 et rappelait qu’il "fréquentait les trotskystes au moment de son exclusion". En fait , il prit parti pour Doriot en 1934. Une conférence de rayon les 20 et 27 janvier 1935 décida de lui retirer tout poste de direction dans le parti pendant une année et les cellules de Carrières prononcèrent son exclusion alors qu’il venait une nouvelle fois de donner sa démission.

Gabriel Péri prit soin de justifier cette décision au moins à deux reprises dans le journal local, preuve de l’influence que Jules Teulade exerçait. En 1936, il se présenta comme « communiste dissident » aux élections législatives dans la 1re circonscription de Versailles (Seine-et-Oise) et recueillit 671 voix sur 34 608 inscrits, largement devancé par Gabriel Péri qui fut élu. Il adhéra au Parti populaire français dont il devint membre du bureau politique au premier congrès (novembre 1936) chargé de l’organisation du parti en province.

En septembre 1940, Jacques Doriot lui confia la présidence de la Fédération nationale des groupements corporatifs et professionnels français mais il se retira en février 1941, Doriot ayant désapprouvé sa gestion. Jules Teulade devint vice-président du Comité ouvrier de secours immédiat (COSI), créé en mars 1942 après les bombardements meurtriers sur Boulogne-Billancourt et dont les caisses furent alimentées par les Allemands grâce à une amende imposée aux Juifs parisiens. Jules Teulade, comme d’autres responsables du PPF, fut hostile à la Charte du Travail. Il collaborait sous le pseudonyme du « Fouineur » aux journaux Le Cri du peuple et L’Émancipation nationale. En 1942, il publia, avec Albert Beugras et René-Albert Mesnard , un livre intitulé : Le Communisme et les ouvriers en France. Il participa à des tournées de propagande organisées par le PPF, ainsi le 14 mars 1944 parla-t-il à Montauban avant la projection du Juif Süss, même si le public (100 personnes, puis 240 pour le film) ne vit pas de relation entre la conférence anticommuniste et le film. Le compte rendu précis de son intervention permet de saisir ses thèmes : la dénonciation de l’intervention communiste en Espagne ; la critique des 40h qui ont favorisé la défaite ; "parce qu’un pays a voulu rejeter ses poux", ses juifs, on prétend faire la guerre à l’Allemagne ; mais ce sont bien sûr les résistants, les juifs de Londres et d’Alger qui doivent être dénoncés. Il faut donner à l’ouvrier la place et le salaire qu’il mérite "ainsi que l’a fait le National socialisme en Allemagne". Il glorifie la LVF et son créateur Doriot. Sa collaboration était donc totale au moment où le rapport de force international changeait.

Inculpé d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État à la Libération, il fut arrêté le 24 septembre 1944. Exclu à vie de toutes les organisations syndicales en octobre 1944 , le 15 février 1947, la cour de justice de la Seine le condamna à cinq ans de travaux forcés et à l’indignité nationale. Libéré le 28 juin 1948 par suite d’une mesure de grâce, Jules Teulade travailla en usine jusqu’en 1962.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24735, notice TEULADE Jules, Léo, Gaston par Claude Pennetier, version mise en ligne le 26 février 2009, dernière modification le 20 décembre 2014.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : TEULADE Jules, Mémoires, inédit, sans date (vers 1960) (Hoover institution archives)

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 8437, autobiographie du 25 juillet 1933 ; dossier d’exclusion. — Arch. Nat. F7/13651, 13652, 13653. — Arch. du Gard, 1M852. — Arch. PPo. 300. — Arch. Dép. Paris, dissolution des syndicats, 1070 W, dossier 901. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, 2 M 30/42, 30/52, 11/24, 11/26, 4 M 2/69, 2/81. — C.r. des congrès fédéraux du Bâtiment : 1921, 1923 et 1927. — Arch. Jean Maitron (fiche Batal). — J.-P. Brunet, Jacques Doriot, Balland, 1986. — La Lutte sociale, avril 1926. — Le Prolétaire (Argenteuil-Poissy), 9-25 mars 1935. — La Vérité, 10 juillet-1er août 1930. — Notes de J.-M. Brabant, Élie Fruit, Antoine Olivesi, J.-L. Pinol, Claude Pennetier, Sylvain Boulouque et Nadia Ténine-Michel. — Rachel Mazuy, Croire plutôt que voir ? Voyages en Russie soviétique (1919-1939), Odile Jacob, 2002. — Compte rendu de la conférence au théâtre de Montauban le 14 mars 1944, communiqué par Nicole Taillade, fonds de la préfecture du Tarn-et-Garonne, note de renseignement 259, Arch. Dép. Tarn-et-Garonne, 37 W 46. — Jean-Pierre Le Crom, Au secours Maréchal ! L’instrumentalisation de l’humanitaire (1940-1944), PUF, 2013.

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