EL FASSI Allai

Né en janvier 1910 à Fès (Maroc), mort le 13 mai 1974 à Bucarest (Roumanie) ; un des fondateurs du Comité d’action marocaine (1934), membre de l’Istiqlal.

Allai El Fassi appartenait à une famille citadine de grand prestige, d’origine marchande par la mère et de savants religieux (oulama, docteurs de la foi), par le père. Il entra à l’université islamique de la Quarawyine en 1927 et en sortit diplômé en août 1930. Cette même année, il prit part aux manifestations contre le « Dahir berbère » qui soustrayait à la juridiction du Sultan, une partie de ses sujets, sous prétexte qu’ils avaient leur droit coutumier. Le droit d’enseigner lui fut, pour cela, retiré.

Allai El Fassi fut un des fondateurs du Comité d’action marocaine (1934) qui, dans son programme, avait inclus des réformes sociales, inspirées des revendications syndicales de l’Union CGT, mais insistant tout particulièrement sur la nécessité de la liberté d’adhésion syndicale pour les Marocains. Pendant les premières semaines qui suivirent la victoire du Front populaire en France et qui furent marquées au Maroc par des grèves victorieuses (juin, juillet 1936) auxquelles avaient participé des centaines de travailleurs marocains, il ne semble pas qu’Allai El Fassi et ses amis aient songé à se lier au mouvement social, même s’ils n’y sont pas restés indifférents.

Dans les débuts de l’année 1937, des rapports de police soulignent les efforts déployés par le Comité d’action marocaine pour syndiquer à Fès les chauffeurs et graisseurs de cars de transports pour contrecarrer l’action d’un rival, le communiste Mehdi El Menlaï*. L’association des chauffeurs ainsi créée ne fut pas autorisée et fut abandonnée. Il en aurait été de même pour les syndicats que tardivement, dans des « conférences sur le Maroc arabe », éditées en 1955, Allai El Fassi dit avoir fondés à Fès et à Kénitra (Port-Lyautey), de l’ouverture d’un local syndical à Fès et des statuts d’une Union marocaine nationale des syndicats.

Après les événements de Meknès et de Fès en septembre-octobre 1937, et la répression dont le Résident général Noguès frappa le mouvement national, Allai El Fassi fut banni au Gabon puis au Congo. Amnistié en 1946, il revint pour peu de temps dans la zone française du Maroc, installa une résidence à Tanger au statut international, puis se fixa au Caire où il représenta l’Istiqlal auprès de la Ligue arabe. C’est dire qu’il ne pouvait avoir de prise directe sur l’évolution ouvrière au Maroc. Cependant quelques-unes de ses doctrines, qui furent aussi celles de ses pairs de l’Istiqlal, marquèrent la pensée et la démarche de plusieurs militants ouvriers de l’Istiqlal, par exemple la théorie de « l’élite » distinguée de « la masse » – l’élite devant organiser, éduquer la masse et la mettre sur une voie « correcte » – ce qui eut quelques répercussions fâcheuses sur la pratique de la démocratie syndicale, ou encore l’attachement à une conception corporative de l’organisation sociale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24747, notice EL FASSI Allai, version mise en ligne le 27 février 2009, dernière modification le 30 octobre 2015.

SOURCES : J. Couland, « Allai El Fassi et le syndicalisme au Maroc (période coloniale) », communication aux journées d’études État et mouvement syndical au Maghreb, Université de Paris 7, Paris 14-15 mars 1986. — A. Ayache, Le mouvement syndical au Maroc, t. 1.

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