CORRE Jean-Claude

Par Alain Prigent

Né le 15 février 1937 à Brest (Finistère) ; professeur ; secrétaire de la section départementale de la FEN des Côtes-du-Nord (1967-1975) ; militant du PCF ; conseiller municipal de Ploufragan (Côtes d’Armor) de 1983 à 1989.

Jean Claude Corre à l’IUFM de Saint-Brieuc en mai 2008 (Conférence sur Mai 1968 dans les Côtes-du-Nord)

Né dans le grand port du Ponant, Jean-Claude Corre était issu d’une famille ouvrière brestoise. Son père travailla dans plusieurs entreprises dont l’arsenal de Brest. Militant communiste depuis 1933, il fut licencié à plusieurs reprises pour son activité syndicale et fut interné à Brest puis à Rennes par les nazis ; il ne dut son salut qu’à l’intervention d’un commissaire de police, ami d’enfance. Sa mère fut aussi une militante communiste, active à l’UFF. Ses parents étaient d’ardents défenseurs et diffuseurs de la presse communiste et du quotidien progressiste Ouest-Matin. La famille composée de trois garçons et une fille vécut pendant 20 ans dans les baraques du Bouguen à Brest, avant d’être relogée au milieu des années 1960 en HLM. C’est dans leur logement que la cellule du quartier se réunissait tous les mercredis soirs. Les populations ouvrières qui vivaient dans ces baraques tissaient des réseaux de solidarité qui constituaient le terreau sur lequel le PCF développait une activité politique intense autour du député communiste brestois Gabriel Paul.

Jean-Claude Corre, après avoir milité à l’UJRF et à la JC, adhéra au PCF en 1954 année durant laquelle il participa à un voyage en URSS à l’invitation de la jeunesse antifasciste soviétique. Il prépara le concours d’entrée à l’ENSET dans les classes préparatoires du lycée de Reims. Elève de l’ENSET à Cachan de 1958 à 1961, il milita à l’UEC. Devant être affecté à Constantine à la rentrée 1961, il préféra résilier son sursis et effectuer son service militaire.

Il obtint son premier poste en Bretagne au lycée technique Freyssinet à Saint-Brieuc, en 1963, où il enseigna pendant trois décennies le génie civil. Prenant rapidement des responsabilités au sein du S1 du SNET (Syndicat national de l’enseignement technique) de l’établissement, il entra au bureau de la section FEN des Côtes-du-Nord en janvier 1964. Il succéda à André Mansord, professeur d’allemand au collège de Lannion, au poste de secrétaire de la section FEN des Côtes-du-Nord en janvier 1967, responsabilité qu’il occupa jusqu’en 1975. Participant avec beaucoup d’assiduité au conseil national, il fut de toutes les délégations de la section départementale aux congrès nationaux de 1966 à 1982. Il y prit régulièrement la parole, par exemple aux congrès de Paris, de Nantes et de Grenoble.

En mai 1968, la section de la FEN, engagée depuis plusieurs semaines dans la préparation de la grande journée régionale de grève du 8 mai n’eut pas beaucoup de difficultés à rassembler les syndiqués dans des assemblées générales des sous-sections dans les principales localités du département, comme à Saint-Brieuc, Lannion, Dinan, Loudéac. À la fin des années 1960, la FEN autonome rassemblait la quasi-totalité de la profession. Le SNI syndiquait plus de 90% des instituteurs et institutrices. La liaison avec les autres syndicats se fit facilement : partout les responsables de la FEN exerçaient une influence dans la conduite du mouvement. Les comités de liaison cantonaux mis en place par les sections départementales de la FEN et du SNI permirent aux personnels enseignants de conduire démocratiquement la grève et d’organiser la solidarité matérielle (collecte de fonds et de nourriture pour les grévistes), les organisations ouvrières souhaitant consacrer l’essentiel de leur activité à consolider le mouvement sur le lieu de travail.

Guingamp fut la seule localité où ce schéma fut quelque peu différent. Un comité central de grève fut mis en place sous l’impulsion des militants EE, dont le secrétaire départemental du SNES Louis Bocquet, en relation avec l’aile la plus radicale de la CFDT. Cette structure remit en cause ouvertement le rôle des organisations syndicales, en particulier la FEN et la CGT. Les tensions portant sur les problèmes de représentation furent si vives que les syndiqués du canton de Callac se retirèrent du CC de grève, alors que dans le même temps ceux du canton de Paimpol, plus proches de l’EE, s’y intégrèrent. La grève dans les différents secteurs de l’Éducation nationale se prolongea : la reprise ne fut effective que le 14 juin. Jean-Claude Corre présenta le rapport de la section départementale devant la CA le 27 juin 1968, et tira le bilan des évènements de 1968 dans plusieurs éditoriaux de La Page de la FEN, publication de la section départementale.

Il participa, après la fusion SNET/SNES de 1966, avec une équipe de militants dont Françoise Trabut et Daniel Morel, au changement de majorité au sein du SNES dans le département et l’académie en 1971. Le rôle de Jean Freyssenet dans ce basculement fut essentiel. Il permit à la tendance Unité et Action de mettre fin à l’hégémonie de l’Ecole Emancipée conduite par l’un des responsables nationaux, Louis Bocquet. Freyssenet fut le secrétaire départemental du SNES jusqu’en 1975, date de sa mutation à Nîmes.

Le conflit du Joint Français à Saint-Brieuc marqua durablement le paysage syndical et social des Côtes-du-Nord. Il eut une résonance nationale par une durée exceptionnelle (du 10 mars au 9 mai 1972) et par la force des questions posées par les salariés de cette entreprise déconcentrée de 1 000 salariés de la multinationale CGE. L’arrivée sur le site de plusieurs militants des groupes d’extrême gauche compliqua la tâche des organisations syndicales. Dans un article envoyé à la mi-mai à l’US, mais non publié dans l’organe du SNES, Corre reprit l’analyse de la section départementale. Il insista sur la solidarité organisée en particulier par les enseignants dans le département et sur leur participation aux quatre rassemblements de soutien dont celui du 3 mai qui réunit 12 000 personnes. Lors de ce meeting, au moment où il lisait au nom de toutes les organisations la résolution soumise à l’approbation des manifestants, il fut pris à partie par les militants de l’EE-RS et du SGEN qui s’étaient engagés dans une grève de 24 heures très minoritaire, alors que l’ensemble du monde du travail costarmoricain avait appelé à la manifestation en fin d’après-midi sans débrayage, ni arrêt de travail.
Dans une intervention faite au nom de la FEN, le 7 avril, il rappelait les motivations de la prise de décision de la direction de la FEN : « L’expression de notre solidarité n’est pas de circonstance, non plus qu’une fuite en avant ! Nous n’adaptons jamais nos mots d’ordre fondamentaux, ceux qui reflètent l’orientation de notre lutte, aux circonstances…Nous savons très bien à la section FEN que ce n’est pas nous qui mènerons la bataille du Joint pour les salaires et pour l’emploi, il s’agit là de la responsabilité de l’inter-syndicale du Joint. »

Les dirigeants de la CFDT entretenaient pour leur part des relations ambiguës avec les groupes d’extrême gauche. La complaisance affichée publiquement tranchait avec les inquiétudes exprimées dans les instances. Jean Le Faucheur, dans son rapport au congrès du 12 juin 1973 indiquait « qu’il ne fallait pas que la CFDT tombe dans l’anticégétisme prôné par les groupes gauchistes qui ne cherchent à travers les situations réelles qu’à utiliser celles-ci pour donner artificiellement une consistance à leurs extrapolations intellectuelles et mener leurs manœuvres de manipulation. »

En 1977, Jean-Claude Corre céda le secrétariat général à Jean-Pierre Samica, professeur de mathématiques au lycée de Paimpol, tout en restant membre d’un collectif de direction Unité Action homogène, composé en outre de Françoise Trabut (SNES) et de Paul Recoursé (SNI). Ce collectif se réunissait régulièrement tous les lundis pour organiser la vie syndicale. Mais les stratégies internes des syndicats nationaux vinrent percuter la cohérence du courant Unité Action. Des désaccords se firent jour entre les militants du SNES, du SNEP, du SNAU et du SNEEPS et ceux du SNI-PEGC au moment de la préparation de la grève du 13 novembre 1978. Le dossier du devenir des PEGC accentua les divergences. En 1983, les responsables de la section SNI firent valoir son poids numérique des 3 300 syndiqués au sein de la section FEN. Les équilibres nés au début des années 1960 furent ainsi rompus, provoquant le départ du secrétariat FEN de Jean-Pierre Samica, Françoise Trabut, Jean-Claude Corre et Michel Jégou. Le courant Unité Action du SNI-PEGC proposa la candidature d’Amédée Perrot, PEGC lettres-histoire au collège de Plestin-les-Grèves, qui fut élu secrétaire général de la section, poste qu’il occupa jusqu’à la scission, puis au sein de la FSU des Côtes d’Armor jusqu’en 2010.
Jean-Claude Corre fut élu du personnel à la CAPA des certifiés, pendant une grande décennie.

Il eut aussi une activité politique importante même s’il ne figura pas dans les instances départementales de la fédération du PCF. Domicilié à Ploufragan (Côtes-du-Nord), il fut élu conseiller municipal sur la liste majoritaire de Jean Derian (PCF) de 1983 à 1989. Responsable du groupe communiste, il défendit avec fermeté l’emploi des ouvrières et ouvriers de l’entreprise la plus importante de la commune et du département, Chaffoteaux et Maury (1 800 salariés), au moment où elle connut de très graves difficultés (vagues successives de licenciements, vente de l’entreprise à Vaillant, un groupe allemand). L’émergence de ses problèmes sociaux mit à mal l’unité de la majorité du conseil municipal (PCF-PS), tant les divergences entre communistes et socialistes étaient grandes. Il accepta la proposition de la fédération d’être le candidat du PCF dans le canton géographiquement voisin de Quintin en mars 1988, scrutin où il obtint 3,7% au 1er tour, face au candidat socialiste Emmanuel Le Jean qui fut élu dès le 1er tour.

Après avoir quitté les Côtes d’Armor en 1992, Jean-Claude Corre enseigna en Martinique jusqu’en 1997, date de sa retraite professionnelle, puis il se retira dans le Finistère à Riec-sur-Belon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article247680, notice CORRE Jean-Claude par Alain Prigent, version mise en ligne le 26 avril 2022, dernière modification le 30 avril 2022.

Par Alain Prigent

Jean Claude Corre à l’IUFM de Saint-Brieuc en mai 2008 (Conférence sur Mai 1968 dans les Côtes-du-Nord)
Manifestation de soutien au Joint français à Saint Brieuc
Manifestation de soutien au Joint français à Saint Brieuc
Jean-Claude Le Corre en tête de manifestation. A sa gauche Robert Daniel (secrétaire général de l’UD CGT). Tournant le dos, en blouson de cuir noir José Yuste (un de secrétaires de la CGT). Plus à droite Maurice Renault (secrétaire général du SNI-22) et Michel Cadoret (secrétaire de l’UD CFDT).

SOURCES : Arch. Dép. Côtes d’Armor, 45W17, arch. CFDT, 158J25. ─ Fichier des membres du comité fédéral de la Fédération des Côtes-du-Nord du PCF établi par Gilles Rivière. — Arch. de UD-CGT des Côtes d’Armor. — Arch. FSU 22. ─ Une semaine dans les Côtes-du-Nord, supplément de l’Humanité Dimanche ; Bretagne Nouvelle, hebdomadaire des fédérations du PCF de Bretagne ; Le Combat socialiste, périodique de la fédération du PSU. ─ Editions Le Télégramme, J’ai vécu en baraque. —Alain Prigent (sous la direction de), Des salles de classe aux luttes sociales : Mai-juin 1968 dans les Côtes-du-Nord, Publication FSU-22, 2009.
─ Amédée Perrot, Alain Prigent, « L’action de la FEN et de ses syndicats pendant la grève du Joint Français (1972) », FSU Côtes d’Armor, avril 2022. ─ Entretiens avec le biographié en janvier 2008, courrier le 5 février 2008 ; puis en mars 2022.

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