BILLY Gérard, André

Par Bernard Thiéry

Né le 20 avril 1942 à Paris (XVIIe arr.) ; professeur, traducteur ; militant de l’UNEF, du FUA, du PCI ; militant de la tendance École Émancipée dans la FEN puis la FSU, membre du bureau national du SNPEN-FEN, membre de la CA de la section académique (Nancy-Metz) du SNES-FEN puis FSU, membre du secrétariat départemental de la FSU Meurthe-et-Moselle ; militant de la LC/LCR, de la Gauche Anticapitaliste, d’Ensemble !, du Front de Gauche à Nancy.

Billy Gérard
Billy Gérard
En 1960, élève en CPGE au lycée Condorcet

Son père, Paul Billy, enseignait les lettres classiques, d’abord au lycée de garçons de Sens (Yonne) de 1943 à 1957, puis au « petit lycée » Condorcet à Paris (IXe arr.). Mariage et enfants en temps de guerre (1940-1942) contraignirent sa mère, née Simonne Chapelle, professeure de piano à Sannois (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), à renoncer à sa profession et à se consacrer à son foyer. Leur fils aîné Jean, né en 1941, élève de l’École Centrale, devint ingénieur chimiste. Né et mort à Louhans (Saône-et-Loire), le bisaïeul paternel, Charles Billy (1854-1906), avait été un instituteur républicain laïc vénéré par ses élèves, et restait une figure tutélaire dans la mémoire familiale. Les grands-parents de Gérard Billy étaient de modestes employés adonnés aux écritures (receveur des PTT, comptable), très attachés au « bien-faire » professionnel.

Les événements du monde arrivaient dans la famille par le canal du Figaro, apprécié surtout pour les billets de François Mauriac, et par Le Canard Enchaîné. Les études occupaient une place centrale dans la vie familiale ; adepte des humanités classiques, le père complétait les études de ses enfants au lycée par des leçons particulières à la maison en anglais, latin et grec. La famille était empreinte d’un mélange d’humanisme agnostique et de respect social pour les usages courants du catholicisme. Gérard Billy en cessa l’observance à l’âge de quinze ans.
Il fréquenta le lycée de Sens (futur lycée Mallarmé), puis, à partir de la classe de première, le « grand lycée » Condorcet à Paris, dans la filière A (latin/grec/langue vivante) (1957-1958), puis la classe de « philo » (1958-1959), avant d’y être élève en hypokhâgne et khâgne (1959-1961), avec entre autres professeurs, le philosophe Jean Beaufret.

C’est au cours de son passage au lycée Condorcet, que s’éveilla sa conscience politique, dans une période marquée par la guerre d’Algérie, le coup d’État de mai 1958, puis le putsch des généraux à Alger en 1960. Il découvrit la réalité des déportations et des camps de concentration nazis grâce au film d’Alain Resnais, Nuit et brouillard (1956), projeté au lycée en 1959, par Jacques Pastor, professeur de sciences naturelles, grand résistant, militant communiste. Son éveil politique était aussi nourri par des lectures, suggérées, soit dans le cadre de la scolarité – ainsi le manuel de philosophie de Huisman et Vergez qui apportait une information structurée sur le nazisme et les camps (une matière trop récente qui n’était jamais abordée en classe) et lui donna quelques premiers rudiments de marxisme –, soit aussi par des camarades de lycée : ainsi la lecture des Thibault de Roger Martin du Gard (récit des événements de juillet-août 1914, vus et vécus du côté de l’Internationale socialiste), l’hebdomadaire France-Observateur, découvert à l’occasion de la mort d’Albert Camus en janvier 1960, La Voie Communiste, journal communiste critique, lancé début 1958, notamment par Denis Berger.

L’obligation de suivre les séances de PME (préparation militaire élémentaire) chaque dimanche, pour pouvoir prétendre à un sursis d’incorporation pour études, sensibilisa simultanément Gérard Billy et nombre d’étudiants à la question algérienne. Contribuèrent aussi à sa politisation des rencontres comme celle, en hypokhâgne, d’Hughes Labrusse (fils de Roger Labrusse résistant, préfet anticolonialiste, ancien président de la FCPE), déjà poète, qui, disposant d’un certain bagage militant et théorique issu du Parti communiste français, introduisit dans leur classe l’AGPLA (Association générale des classes préparatoires littéraires et artistiques), affiliée à l’UNEF. Par elle, fut relayé le mot d’ordre d’une journée de grève des cours, lancé en mars 1960 par l’UNEF, pour obtenir le maintien du régime des sursis d’incorporation pour les étudiants. En khâgne, Labrusse l’incita aussi à lire l’Anti-Dühring de Friedrich Engels, comme manuel de marxisme, les brochures de Marx publiées par les Éditions sociales, comme La Guerre Civile en France,Les luttes de classe en France, ou encore le Que sais-je ? d’Henri Lefebvre,Le marxisme.

En 1960-1961, Gérard Billy participa à de fréquentes manifestations de rue avec le comité antifasciste, créé dans son lycée par Alain Krivine, entré en hypokhâgne à Condorcet à l’automne 1960, et Jacques-Arnaud Penent, en fin d’études secondaires dans ce même lycée, militant au PSU. Il diffusait aussi Vérité-Liberté, journal clandestin – fondé par Robert Barrat, Paul Thibaud et Jacques Panijel – qui publiait les informations censurées, en particulier sur les pratiques tortionnaires de l’armée en Algérie.

À la rentrée universitaire d’octobre 1961, passé à la Sorbonne, Gérard Billy adhéra et milita au Groupe des étudiants germanistes (GEGS). Il y rencontra entre autres Claudie Weill (future spécialiste de l’histoire du socialisme germano-polono-russe). On y lisait aussi le magazine allemand Konkret, dont la rédactrice en chef était Ulrike Meinhof (ultérieurement activiste de la Fraction Armée Rouge).
Commença pour lui une période d’activisme intense pour la paix en Algérie, contre les fascistes et l’OAS, avec le FUA (Front universitaire antifasciste) créé le 23 avril 1961 par Alain Krivine, qui voulait faire du Quartier latin une zone interdite aux fascistes et assurer la protection des universitaires de gauche menacés de plasticage par l’OAS, dont Pierre Grappin, professeur à l’Institut d’études germaniques.

Gérard Billy adhéra à la cellule des jeunes du PCI (Parti communiste internationaliste) à laquelle appartenaient Alain Krivine et Jacques-Arnaud Penent. Ils assistèrent aux obsèques de Natalia Ivanovna Sédova-Trotsky le 29 janvier 1962, au cimetière du Père-Lachaise. Ils furent de la manifestation contre l’OAS du 8 février 1962 au métro Charonne. Dans un appartement parisien, Gérard Billy suivit pendant le premier semestre de 1962 des séances de formation assurées entre autres par Ernest Mandel, dont il acquit les deux volumes de son Traité d’économie marxiste qu’il étudia les années suivantes.

Entre l’automne 1962 et 1968, Gérard Billy s’éloigna du militantisme actif, et se consacra aux urgences de ses études. Après la licence d’allemand obtenue à la Sorbonne, il fut assistant au lycée Vereinigte Georg-Herwegh-und-Hans-Thoma-Schule à Berlin-ouest pendant l’année scolaire 1963-1964. En 1964, il épousa à Sannois, Odile Gérardin, étudiante germaniste à la Sorbonne, sœur de Dominique Gérardin, qui devint traductrice de langues scandinaves. Ils eurent ensemble quatre filles (Anne-Lise, Cécile, Élisabeth, Agnès) entre 1964 et 1974.
Reçu au CAPES en 1965 puis à l’agrégation d’allemand en 1966, il enseigna au lycée Louis Blaringhem à Béthune (Pas-de-Calais) de 1966 à 1969. Syndiqué au SNES (FEN) et compagnon de route du PCF, qui était sur place la seule organisation de gauche militante, il apporta alors une modeste contribution à la campagne électorale du PCF aux élections législatives de la 9e circonscription du Pas-de-Calais en mars 1967, et à l’action du comité local constitué « Pour la paix au Vietnam ».

Débouté de sa demande d’effectuer le service national dans la coopération, pour des raisons dites de « discipline critique » (sic), il effectua son service militaire, de juillet 1967 à novembre 1968, dans un régiment du Train, d’abord à Montlhéry, puis au Centre d’études et de langues étrangères militaires à l’École militaire à Paris. Il passa la période mai-juin 1968 en partie à Béthune (en permission), en partie à l’École militaire. De retour à Béthune, il contribua à la constitution d’un groupe, formé en grande partie de lycéens, en soutien à la candidature d’Alain Krivine à l’élection présidentielle de juin 1969.

Gérard Billy fut muté, à sa demande, à Nancy (Meurthe-et-Moselle) en septembre 1969, d’abord à l’École normale d’instituteurs, puis en 1972, au lycée Georges de La Tour et enfin en 1981 au lycée Frédéric Chopin où il resta jusqu’à sa retraite en 2002. En septembre 1969, il rejoignit le Comité Rouge de Nancy constitué au moment de la campagne Krivine par des étudiants des facultés des lettres et de droit, dont Paul Lévy, Bernard Hess, Jean-François Millaud (Léon), Christian Sornette, Pascal Mouchette (en faculté de médecine) et renforcé à la rentrée par une enseignante et son compagnon. Le comité devint formellement cellule de la Ligue communiste (LC) en 1970, après avoir reçu le renfort de Dominique Gérardin.
Les trois militants de la Ligue, syndiqués à la FEN, dont Gérard Billy et Dominique Gérardin, lancèrent un GD (groupe départemental) de l’École émancipée (EE), qui réunissait alors essentiellement des enseignants du secondaire et du supérieur et deux bibliothécaires, lesquels furent à leur tour à l’origine de la tendance nationale « Bibliothèques en lutte » dans le syndicat correspondant de la FEN, le SNB, plus tard au SNASUB-FSU.

Faute d’autre bonne volonté et de façon un peu irréfléchie, confiait-il, Gérard Billy fut élu pour la tendance EE au bureau national du SNPEN-FEN (Syndicat national des professeurs d’école normale). Le syndicalisme devint son activité militante principale. Muté en lycée en 1972, après la suppression des classes du second degré dans les écoles normales, il retrouva le SNES et fut élu à la commission administrative et au bureau de la section académique (S3) à majorité Unité et Action, et figura régulièrement comme candidat sur les listes EE-RS (Rénovation syndicale) à la CA nationale.

Les préoccupations familiales éloignèrent pour un temps Gérard Billy des activités politiques soutenues, même si demeurait un contact personnel étroit avec la Ligue et ses militants. Pour des raisons pratiques, il devint nominalement président d’une association « d’études sociales » dont le seul objet inofficiel était de pouvoir louer un local pour la Ligue communiste révolutionnaire créée en décembre 1974. Cette présidence lui valut un interrogatoire de police en décembre 1975 dans le cadre de l’affaire des comités de soldats.

De 1981 à 1983, puis de 1989 à 2007, il partagea l’ordinaire des militants de la LCR : campagnes électorales, diffusions régulières de tracts aux portes d’entreprises (aciéries de Pompey, de Neuves-Maisons, usine Délipapier à Frouard), mobilisations dans le cadre d’AC ! (Agir contre le chômage) et du DAL (Droit au logement).
La création du CAFAR (Comité antifasciste antiraciste), rattaché à Ras l’Front, fut un point fort de l’activité de la LCR nancéienne entre 1990 et 2000, avec en 1992, une manifestation de 8 000 personnes contre la venue de Jean-Marie Le Pen, et en 1993, le procès intenté par Le Pen à Paul Lévy, pour l’avoir publiquement traité de « fils spirituel de Hitler, Mussolini et Pétain ».

Parallèlement, Gérard Billy coanimait le groupe départemental de l’EE (édition d’un bulletin plus ou moins régulier), était secrétaire de S1 de son lycée, continuait à siéger à la CA académique. Il participa à la création de la FSU en 1992 en Meurthe-et-Moselle, fut membre de son conseil délibératif départemental et de son secrétariat jusqu’en 2000, et participa également à l’Équipe responsable de l’EE à Metz (Moselle) en 1999-2000.

Gérard Billy fut de ceux qui, entre 1993 et 2000, animèrent à Nancy, avec une poignée de militant.e.s de la LCR, des Verts et de pacifistes, une activité antifasciste et internationaliste (anti-nationaliste) suscitée par la décomposition de la Yougoslavie et les guerres qui s’ensuivirent (création de l’ALSPEY, Association lorraine de solidarité avec les peuples d’ex-Yougoslavie). Assez isolée nationalement, elle se traduisit par des mobilisations regroupant quelques dizaines de personnes, un soutien matériel aux réfugiés bosniaques, des colloques, des manifestations de « femmes en noir » sur la place publique, un appui apporté à un convoi britannique en solidarité avec la ville de Tuzla qui maintenait son option multi-ethnique.
Odile Gérardin et Gérard Billy se séparèrent en 1985. À partir de 1994, il partagea sa vie avec Janine Gaspard, professeure de mathématiques à Nancy et militante syndicale et féministe.

Gérard Billy vota au dernier congrès de la LCR, en février 2009, contre l’auto-dissolution préalable à la fondation du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) auquel il n’adhéra pas. Il rejoignit la Gauche anticapitaliste (GA) en 2011, puis Ensemble et le Front de Gauche où il milita jusqu’à l’extinction de celui-ci.
Dans les années 2010, il milita dans l’antenne nancéienne du Collectif « Pour un audit citoyen de la dette publique », laquelle prit en charge en 2014-2015 la solidarité avec la Grèce dans la première période du gouvernement Syriza.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article247847, notice BILLY Gérard, André par Bernard Thiéry, version mise en ligne le 2 mai 2022, dernière modification le 2 mai 2022.

Par Bernard Thiéry

Billy Gérard
Billy Gérard
En 1960, élève en CPGE au lycée Condorcet
Jeune professeur à Béthune
En 1975 à Nancy
Militant d’Ensemble à Nancy en 2015

OEUVRE : Traductions de l’allemand : Herbert Marcuse, « Les fondements philosophiques du concept économique de travail / L’existentialisme / Industrialisation et capitalisme chez Max Weber », dans Culture et Société, Éditions de Minuit, 1970. — Léon Trotsky, « L’affaire Beilis [1913] » dans Question juive, question noire, Syllepse, 2011. — Karl Kautsky, Les origines du christianisme [1908], 2015. — Franz Mehring, Les origines du christianisme. — Karl Kautsky, Les antagonismes de classes à l’époque de la révolution française [1908] — Otto Bauer, La révolution autrichienne [1923] [1ère partie], 2018. —Kurt Eisner, La fin du Saint Empire Romain Germanique : l’Allemagne et la Prusse à l’époque de la Grande Révolution Français. — Roman Rosdolsky, Friedrich Engels et les "peuples sans histoire". La question nationale dans la révolution de 1848, Syllepse, 2018. — Nathaniel Flakin,"Arbeiter und Soldat" Un juif berlinois organise la résistance dans la Wehrmacht, Syllepse, 2021. — Kohei Saito, La nature contre le capital , L’écologie de Marx dans sa critique inachevée du capital, Syllepse, 2021.

SOURCES : Documents fournis par Gérard Billy. — Jean-Paul Salles, La ligue communiste révolutionnaire 1968-1981 Instrument du Grand soir ou lieu d’apprentissage, Presses universitaires de Rennes, 2005. — Hélène Adam et François Coustal, C’était la Ligue, Syllepse, 2018.

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