LIBLAU Lew, Charles (Antoine DETAINE )

Par Bernard Thiéry

Né le 30 mars 1951 à Paris ; militant JCR, LC, LMR, LCR, trésorier du comité Viet-Nam National (CVN) du lycée Carnot à Paris ; permanent de la LCR, salarié de la librairie Rouge, gérant de la librairie La Brèche à partir de 1982, responsable d’édition, traducteur à partir de 2018.

Antoine Detaine le 1er mai 2022

Son père Charles Liblau né à Tarnow (Région Petite Pologne, Pologne) entre 1908 et 1912, décéda en 1973. Il fut membre du parti communiste polonais (PCP) clandestin. Il participa à des expropriations armées de propriétaires terriens sous le régime de Pilsudski et se fit arrêter plusieurs fois. Comme il ne croyait pas à la culpabilité des accusés des procès de Moscou, il fut mis à l’index par les détenus communistes et envoyé en Espagne par le PCP. Il combattit pendant la guerre d’Espagne (1936-1939) avec les Brigades internationales. Résistant, à Paris, membre des Francs-Tireurs et Partisans-Main d’œuvre immigrée (FTPF-MOI) créés fin 1941 par le Parti communiste français (PCF) et dirigés par Charles Tillon, il fut raflé dans le métro avec de faux-papiers. Rescapé du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz (Voïvodie, Petite-Pologne), il fit en 1945 la « marche de la mort » jusqu’au camp de concentration de Mauthausen (Haute -Autriche) et jusqu’à Ebensee (Gmunden, Haute-Autriche). Après la guerre, il ne reprit pas sa carte au PC et de retour à Paris, géra une petite entreprise de fabrication de vêtements de cuir.

Marie Gaillard, mère biologique de Lew Liblau, était issue d’une famille bretonne très catholique. Visiteuse de grands malades, elle connut le père de Lew Liblau à l’hôpital où il resta un an après son retour de la déportation. Elle enfreignit les règles religieuses en fréquentant avant le mariage le père d’Antoine et en se faisant avorter clandestinement. Elle décéda des suites de cet avortement alors que Lew Liblaun n’avait pas encore deux ans.

Laja Lew, mère adoptive, de Lew Liblau, d’origine juive, née à Varsovie (Pologne) en 1920, s’était échappée par les égouts du ghetto avec Marek Edelman (1919-2009), l’un des instigateurs et dirigeants du soulèvement du ghetto en 1943. Cachée à Varsovie, elle fut ensuite envoyée en tant que « goy » en camp de travail où elle rencontra Tamara Deutscher, écrivaine et épouse d’Isaac Deutscher. Après la guerre, elle fut laborantine au CNRS, membre de la CGT et du PCF qu’elle quitta à la suite de l’intervention des troupes soviétiques en Hongrie en novembre 1956.

Dès l’âge de 6-7 ans, Antoine Detaine découvrit les horreurs du nazisme par les albums de photos-souvenirs conservés dans la bibliothèque familiale et apprit la disparition de plusieurs dizaines de membres de sa famille dans les chambres à gaz, tant du côté de son père que de sa mère adoptive.
Il fréquenta l’école communale de la rue Ferdinand Flocon (Paris XVIIIe arr.) jusqu’en 1961, le lycée Carnot (Paris XVIIe arr.) jusqu’en 1967, puis le lycée d’État mixte de Vitry-le-François (Marne) jusqu’en 1969.
Lew Liblau adhéra à la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR) en 1967, créée en 1966 notamment par les « trotskistes » exclus de l’Union de Étudiants communistes (UEC) dont Alain Krivine qui critiquaient l’URSS et le PCF. Il fut recruté par Philippe Cyroulnik, comme lui, élève du lycée Carnot. Dissoute en juin 1968, la JCR donna naissance en 1969 à la Ligue communiste (LC), section française de la Quatrième internationale).
Il devint le trésorier du comité local Viet-Nam National (CVN) du lycée Carnot ; le CVN avait été créé en novembre 1966 notamment par Laurent Schwartz. Lew Liblau fut exclu du lycée pour avoir collé, dans et autour de l’établissement, des affiches de soutien à la révolution cubaine et à Che Guevara après son assassinat le 9 octobre 1967. Il fut affecté en internat, en classe de première et terminale du lycée de Vitry-le-François, et obtint le bac.

Il revint à Paris en 1968, reprit contact le 3 mai avec le JCR à la Sorbonne occupée, notamment sous l’influence de son secteur-Lettres dont Alain Krivine était le leader. Son évacuation musclée par les forces de l’ordre, dans l’après-midi, eut pour effet d’amplifier le mouvement étudiant et de créer un grand élan de solidarité.
Lew Liblau repartit en septembre 1968 à Genève (Suisse) pour reprendre des études de droit et obtint l’équivalent d’une licence. Ses parents espéraient que loin des tumultes de Paris, il s’assagirait. Il n’en fut pas ainsi puisqu’il adhéra en 1970 à la Ligue marxiste révolutionnaire (LMR), section suisse de la Quatrième internationale.
Au décès de son père, il revint à Paris gérer la petite entreprise de celui-ci et la liquida deux ans après. Il adhéra formellement à la LCR en 1976. Elle avait été fondée en décembre 1974, suite à dissolution de la LC après sa manifestation du 21 juin 1973 visant à empêcher la tenue d’un meeting d’Ordre Nouveau. Il devint permanent de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en 1976 à la librairie Rouge (Impasse Guéménée- Paris IVe arr., siège national de la LC puis de la LCR) qui devint La Brèche en 1978. Après plusieurs déménagements, elle fut localisée au 27 rue Taine (Paris XIIe arr.) ; Lew Liblau était à ce point identifié à la librairie qu’il devint pour tous « Antoine Detaine ». Il en devint le gérant à partir de 1982. En 2018, il « ressuscita » les éditions La Brèche qu’il dirigea. Il restait en 2022, la « cheville ouvrière » de la librairie La Brèche qu’il fit vivre, avec d’autres militants tels qu’Helena (Maria Pina), comme un lieu d’accueil des militants, d’animation politique et culturelle, de débats fraternels. Il restait aussi militant au Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) créé en février 2009 au lendemain de l’auto-dissolution de la LCR. Sa longévité dans le courant marxiste révolutionnaire tient, selon Antoine Detaine, à l’identification du capitalisme comme source exclusive du nazisme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article247951, notice LIBLAU Lew, Charles (Antoine DETAINE ) par Bernard Thiéry, version mise en ligne le 7 mai 2022, dernière modification le 15 mai 2022.

Par Bernard Thiéry

Antoine Detaine le 1er mai 2022

OEUVRE : responsable de l’édition d’une douzaine de titres dont trois traduits de l’anglais : Ernest Mandel , Sur la seconde guerre mondiale ; Ernest Mandel, Le pouvoir et l’argent ; Larissa Reisner, Hambourg sur les barricades ;
Les autres titres : Le Premier Congrès des peuples de l’Orient, Bakou 1920. Verbatim des sept jours de débat ; Ernest Mandel, Conférence sur la Révolution allemande ; Léon Trotsky (introduction d’Ernest Mandel et Ugo Palheta), Comment vaincre le fascisme ; Alexander Neumann, La Révolution et nous ; Léon Trotsky (intro Mandel Süri), Le programme de transition ; Belaïche (introduction de Jean-Jacques Marie) : Verknéouralsk, Combats, débats et extermination d’une génération de révolutionnaires (à paraître) ; Rosa Luxembourg, (introduction de Michael Löwy et Olivier Besancenot), Grève de masse, parti et syndicats.

SOURCES : Documents fournis par Lew Liblau. — Charles Liblau, Les Kapos d’Auschwitz, introduction de Enzo Traverso, Éd. Syllepse. — Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire 1968-1981. Instrument du Grand soir ou lieu d’apprentissage ?, Presses Universitaires de Rennes, 2005. — Hélène Adam et François Coustal, C’était la Ligue, Syllepse, 2018.

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