SIMON Jeannine, Félicité, Cécile, née THOMAS

Par André Delestre

Née le 13 mars 1932 à Bois-Robert (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; employée de maison ; militante de la Confédération syndicale des familles (CSF) ; militante de la FCPE ; PS, membre du comité fédéral de Seine-Maritime ; conseillère municipale de 1977 à 2001 de Grand-Quevilly ; DDEN ; Action catholique générale féminine (ACGF)

Jeannine Simon, présidente de la FCPE
Jeannine Simon, présidente de la FCPE
En 1973, lors de la manifestation à Rouen

Les parents de Jeannine Thomas étaient cultivateurs à Sainte-Foy (Seine-Inférieure). Elle fut l’aîné d’une fratrie de deux sœurs, nées en 1934 et 1936, et d’un frère, né en 1935. En juin 1940, lors de l’exode, la mère et les quatre enfants, avec les grands-parents partirent et atteignirent avec difficultés Orthez, en zone libre, ou ils furent accueillis et hébergés à Sainte-Suzanne (Pyrénées-Atlantiques). Son père resta à la ferme familiale. Deux mois après, la famille remonta en train jusque Longueville-sur-Scie. En 1943, suite au divorce des parents, elle vécut avec ses grands-parents à Torcy-le-Petit. Son frère mourut en août 1944, à Saint-Ouen-du-Bailly, en pleine débâcle allemande.
Après le certificat d’études, malgré son souhait de devenir institutrice, Jeannine Thomas fut employée de maison dans des familles bourgeoises du secteur d’Arques-la-Bataille. Elle participa à des activités avec la Jeunesse agricole catholique (JAC).
Fin août 1952, lors des festivités commémoratives de la Libération de Rouen, pendant ses congés payés, elle rencontra Camille, Marie Simon. Né le 3 décembre 1927 à Saint-Joachim (Loire-Atlantique), celui-ci, ouvrier-machiniste aux Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire-Penhoët, se trouvait en détachement professionnel aux Chantiers de Normandie de Grand-Quevilly. Ils se marièrent en avril 1953. Face aux aller-retours professionnels et la difficulté de trouver un logement décent et accessible, le couple vécut dans une forme de précarité. Ayant obtenu une mutation aux Chantier de Normandie, puis la naissance des enfants, Jean-François en 1955, Philippe en 1957 et Dominique en 1959, Camille Simon s’engagea assidûment dans les cours du soir afin de progresser professionnellement. Plus tard, il devint agent de maîtrise puis ingénieur assimilé. À Saint-Nazaire, il avait milité à la JOC et fut très proche du mouvement syndical.
Après la Révolution hongroise de 1956 et la répression qui s’en suivit, le couple aida des réfugiés politiques, hébergés à la caserne Richepanse de Rouen, avant leur exil pour le Canada.
En 1961, la famille acquit une maison, dans un nouveau quartier à Grand-Quevilly, au cœur d’un lotissement de 135 maisons, piloté par le Foyer quevillais, coopérative d’Habitations à loyer modéré (HLM).
Le couple fut en contact avec l’Action catholique ouvrière (ACO) naissante sur Rouen. Puis en lien, avec les prêtres Roger Taccouen et Paul Tabary, Janine Simon fit le catéchisme et elle s’engagea à l’Action catholique générale féminine (ACGF).
Afin d’accueillir toutes ces familles aux nombreux enfants, Jeannine Simon fonda, avec d’autres femmes, dont Andrée Couralet, Lucile Delestre, un comité local de la Confédération syndicale des familles (CSF). Dans la ville en construction et afin de répondre aux besoins des familles populaires, l’ASF organisa un service d’entraide et de conseil administratif et juridique, des cours pour la réussite scolaire des enfants, la mutualisation et l’achat groupé de produits de première nécessité, des prêts de machine à tricoter, l’accès aux clubs de sport, aux loisirs et aux colonies de vacances... Elle tint des permanences tous les jeudis au centre socio-culturel. Lors des fêtes de l’Aïd, elle aida à obtenir les papiers sanitaires nécessaires et les autorisations. Elle soutint les démarches de la communauté sénégalaise afin de se constituer en association, les hommes travaillant à l’usine Renault de Cléon et vivant à Grand-Quevilly.
Face à la difficulté d’accueillir dans de bonnes conditions, tous les enfants dans les écoles du primaire et du secondaire, Jeannine Simon rejoignit la Fédération Cornec, Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). Les services de la ville voulait l’aiguiller vers l’Amicale laïque Césaire Levillain (ALCL), "je suis tenace, je n’ai pas cédé à créer la FCPE, pour l’intérêt général". Elle en présida le comité de Grand-Quevilly, avec des listes de candidats dans toutes les élections de comité des parents d’élèves. Elle multiplia les initiatives de lettres aux autorités municipale et préfectorale, pétitions, conférences de presse et manifestations publiques, tantôt pour accélérer les travaux du 3e collège Edouard Branly pour une ouverture en septembre 1972, ici pour obtenir des moyens humains en professeurs, le gardiennage du collège Jean Texcier. En avril 1973, elle anima, pour la FCPE, l’action face à la menace de suspension par le recteur de Françoise Ruffier, directrice du collège Claude Bernard, pour "incompatibilité entre ses fonctions et son activité syndicale" au SGEN-CFDT.
En 1967, après une nouvelle vague de licenciements aux Chantiers de Normandie, Camille Simon retrouva du travail à l’usine d’engrais Rhône-Progil de Grand-Quevilly. Le 12 juillet 1997 à Grand-Quevilly, il décéda, victime de l’amiante suite à une exposition professionnelle, au cœur des machineries des bateaux.
En 1974, dans le cadre des assises du socialisme, elle participa à une réunion du comité local du PSU de Grand-Quevilly, en présence de Michel Rocard, Alain Tanay, et Jean-Marie Guersent. Elle adhéra au PS. Elle se souvient d’une réunion de section ou "nous étions une douzaine de militants rocardiens parmi près de 400 militants socialistes. Très intimidée et inexpérimentée, je devais présenter notre motion et Alain Tanay, militant syndical à la CFDT, la défendre, assis en face de la tribune, alignés, Tony Larue, Laurent Fabius, Marc Massion, Pierre Giovanelli".

En 1977, lors des élections municipales, elle fut élue conseillère sur la liste d’Union de la gauche PS/PC. Elle fut réélue en 1983, en 1989 et en 1995, avec successivement Tony Larue, Laurent Fabius puis Marc Massion comme maires. Elle participa assidument à la commission scolaire, enfance, loisirs. Elle fut mandaté par la ville aux conseils des collèges C. Bernard, E. Branly et J. Texier. En 2001, elle choisie, lors d’un entretien avec Marc Massion, de ne plus se représenter. Elle resta au CCAS, jusqu’en 2014, comme représentante de la CSF.
Elle fut membre du bureau départemental du PS, avec Pierre Bourguignon, député (1981-1993, 1997-2012) et maire (1989-2014) de Sotteville-lès-Rouen et Luce Pane, lors des réunions qui se déroulaient à Yvetot.
Depuis 1980, elle est Déléguée départementale de l’Éducation nationale (DDEN), et pendant une vingtaine d’années fut présidente départementale. Face à la baisse du nombre de DDEN, elle constata, avec regret, "que l’engagement militant et le bénévolat ne faisaient plus recettes".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article248050, notice SIMON Jeannine, Félicité, Cécile, née THOMAS par André Delestre, version mise en ligne le 11 mai 2022, dernière modification le 26 mai 2022.

Par André Delestre

Jeannine Simon, présidente de la FCPE
Jeannine Simon, présidente de la FCPE
En 1973, lors de la manifestation à Rouen
Elle préside le congrès des DDEN
Elle préside le congrès des DDEN
A sa gauche, Laurent Fabius, maire de Grand-Quevilly, ville accueillant les délégués départementaux

SOURCES : État civil. — Entretien avec l’auteur. — Archives privées. — Michel Croguennec, 1893-1987, les Chantiers de Normandie aux Éditions Petit à Petit. — Le Monde des 11 et 28 avril 1973.

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