DELEFOSSE Émile, écrit aussi DELFOSSE

Par Annie Pennetier

Né le 16 septembre 1902 à Haisnes-lez-La Bassée (Pas-de-Calais), guillotiné le 28 novembre 1944 à Munich (Allemagne)  ; gendarme  ; résistant au sein du réseau OCM-Centurie ; déporté NN.

Émile Delefosse était le fils de Jean-Baptiste Delefosse, né en 1860 et de
Marie Deleemer (1866-1946), parents de neuf enfants. Émile Delefosse était pupille de la Nation, deux de ses cinq frères (Charles et Jean) furent tués pendant la première guerre mondiale. Titulaire du certificat d’études primaires, il fit son service militaire dans l’Infanterie 43e RI, puis rejoignit le 205e peloton de gardes à Abbeville et devint gendarme.
Il épousa Marine Célestine MARIA (1904-1997) le 28 juillet 1923 à Annezin (Pas-de-Calais) et était père de deux enfants, dont un fils, Jean, qui rejoignit les Forces françaises libres en 1940. Lui-même fit la traversée du Pas-de-Calais le 3 juin1940, puis repartit de Plymouth le 6 juin pour arriver à Brest le 7 juin 1940.
Gendarme à Vitry-en-Artois (Pas-de-Calais), il appartenait à la 1ère Légion de gendarmerie. Il participait à la résistance dans son département rattaché au commandement militaire allemand de Bruxelles. En mars 1943, le mouvement de résistance Voix du Nord intégré à l’OCM reçut la mission et le soutien du BOA Bureau des Opérations aériennes de réceptionner des parachutages. La mission Arquebuse dirigée par le commandant Yeo Thomas réussit deux atterrissages et dix parachutages de containers entre mars et octobre 1943. Henri Duflot avait la responsabilité de la recherche des terrains dans le secteur, avec Georges Detrez membre du comité départemental et Désiré Facon de Corbehem pour le canton de Vitry-en-Artois.
Émile Delefosse était membre d’une équipe dont il était chargé d’assurer la protection, au cours du parachutage d’armes de mai 1943 sur Sailly-en-Ostrevent commune limitrophe à Vitry-en-Artois. Deux parachutages trop proches du terrain d’aviation de Vitry échouèrent.
Les 1er et 2 juin 1943, Macquet fut arrêté puis le lendemain Cauchois.
Émile Delefosse fut arrêté avec trente résistants ou considérés comme tel lors de la rafle de la nuit du 13 au 14 septembre 1943, qui suivait les arrestations d’Arras et de Douai. L’Abwehr avait infiltré les réseaux.
Les prisonniers furent incarcérés à la prison de Cuincy (Nord) et interrogés par la SD de Douai (Nord). Personne ne parla mais Pierre Lesage y mourut sous la torture. Quatre furent relâchés et quatre furent déportés le 23 septembre. (Macquet, Cauchois, Facon, Berten),
Émile Delefosse fit partie du convoi du 18 octobre 1943 au départ de Loos-lès-Lille (Nord) à destination de la prison Saint-Gilles de Bruxelles (Belgique), puis interné en Allemagne sous statut "Nacht und Nebel" dans les prisons d’Essen, le 22 novembre 1943, d’Esterwegen (ouest de Brême), le 22 juin 1944, de Gross Strehlitz, à Kaisheim, le 16 septembre 1944 à Straubing, puis le 16 novembre 1944 à Munich-Stadelheim. Il avait été condamné par le tribunal du peuple (Volksgerichtshof VGH), le 16 septembre 1944 à Munich, avec chef d’accusation « avantages procurés à l’ennemi et préparatifs à haute trahison ».
Avec lui furent condamnés à mort d’autres membres de son réseau : Les gendarmes de Vitry-en-Artois, Louis Défontaine et Émile Seneuze, Eugène Dumont artisan- commerçant, René Grodecoeur ouvrier d’usine, Jules Jambart instituteur-secrétaire de mairie, Léon Javelot chef de bureau, André Serrure receveur percepteur, René Vazé ouvrier métallurgiste.
Les neuf condamnés à mort furent guillotinés dans la prison de Munich le 28 novembre 1944 à partir de 16 heures, Émile Delefosse le dernier à 16h16. Les corps furent incinérés au crématorium de l’Ostfriedhof, les urnes furent rapportées à Vitry-en-Artois en mai 1947.
L’aumônier qui les avait assistés rapporta leurs dernières paroles et leurs lettres d’adieu furent retrouvées.
Voici celle d’Émile Delefosse :

« Je vais te quitter pour toujours, parce que j’ai aimé ma Patrie et que je suis une victime du devoir. C’est pour que nos enfants soient heureux à l’avenir, je ne meurs pas tout seul. En ce moment, à mes côtés se trouvent : DÉFONTAINE, SENEUZE, JAVELOT, DUMONT, JAMBART, VAZE, SERRURE, GRODECOEUR, sans compter les mille braves qui, en ce moment, sont en train de libérer la Patrie pour toujours. »

Émile Delefosse a été reconnu Mort pour la France , et homologué déporté interné résistant (DIR) au sein des Forces françaises combattantes (FFC), réseau Centurie. Dans la résistance, il avait été P1 du 1er septembre 1942 au 13 septembre 1943 puis P2 le 14 septembre 1943, grade chargé de mission 3e classe et donc homologué sous-lieutenant à titre posthume, décret du 26 avril 1948, paru au JORF 12 mai 1948.

La mention « Mort en déportation » lui fut attribuée par l’arrêté du 15 février 1988.
Il a été élevé au grade de Chevalier Légion d’honneur à titre posthume et décoré de la Médaille de la Résistance par décret du 14 juin 1946, paru au JO du 11 juillet 1946.

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la gendarmerie de Vitry-en-Artois aux côtés de ses deux collègues résistants Louis Défontaine et Pierre Seneuze et dans la crypte des décapités de Munich, située à la sortie de Vitry-en-Artois, en direction de Sailly-en-Ostrevent au lieu-dit « le Mont Métier », où reposent les cendres de neuf membres de l’organisation de Résistance mise sur pied par Georges Detrez et Désiré Facon.
Ramenées en France en mai 1947, les neuf urnes furent quelques temps exposées dans le chœur de l’église Saint-Martin, puis abritées dans le mémorial, inauguré le 8 octobre 1950 par le général de Larminat.


Vitry-en-Artois (Pas-de-Calais), crypte des décapités de Munich le 28 novembre 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article248057, notice DELEFOSSE Émile, écrit aussi DELFOSSE par Annie Pennetier, version mise en ligne le 21 mai 2022, dernière modification le 1er septembre 2022.

Par Annie Pennetier

SOURCES : AVCC, AC 21P 115586 et AC 21P 442076 .— SHD, Vincennes, GR 16P 169600. — FMD, liste I.158. — Concours national scolaire sur la Résistance et la déportation, département du Pas-de-Calais, 1982, transmis par René Liétard à la demande de Christian Hermy, mars 2022.

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