LATINUS Albert

Par Daniel Grason

Né le 6 mars 1911 à Bruay-sur-Escault (Nord), mort le 9 septembre 1999 à Massy (Essonne) ; mécanicien ajusteur ; communiste ; résistant ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils de Joseph et d’Alcidie Clique, Albert Latinus était titulaire du Certificat d’études primaires, veuf, sans enfant, il vécut à Valenciennes dans le Nord et depuis 1933 au 85, avenue de la République à Villejuif (Seine, Val-de-Marne).
Il travaillait depuis le 24 juillet 1933 à la compagnie des compteurs au 10 place des Etats-Unis à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine). A la suite de la distribution de tracts dans l’entreprise, la police enquêta, Albert Latinus était connu de la direction de l’entreprise comme un « agitateur et meneur de grèves ». Le 15 septembre 1941 des policiers du commissariat de Montrouge l’interpellèrent et perquisitionnèrent son domicile.
Furent saisis des tracts et un rapport écrit par Albert Latinus dans lequel il relatait les actions du Parti communiste clandestin dans l’entreprise depuis février 1941. Il était connu de la police, le 27 août 1939 il avait été interpellé lors d’une distribution de tracts sur la voie publique. De plus, son nom et son adresse figuraient sur la liste des membres du Comité de Section de Montrouge de la Région Paris Sud saisie en 1939.
Connu dans l’entreprise comme un militant actif du parti communiste désormais interdit, il était apprécié par la direction comme un excellent ouvrier. Lors de son interrogatoire, il déclara avoir trouvé des tracts dans son placard à l’usine.
Dans une note du 22 septembre 1941 un inspecteur de police écrivit : « Malgré la dissolution du Parti communiste, il est resté fidèle aux doctrines Moscoutaires et a continué son activité en diffusant les mots d’ordre de la IIIème Internationale et en distribuant des tracts de propagande révolutionnaire ».
Albert Latinus assuma son activité politique lors de son interrogatoire par le commissaire de police de Montrouge et par le juge d’instruction. Un scellé relatait l’activité politique d’Albert Latinus, furent saisis :
1°) Une brochure intitulée « La vie du Parti » année 1941 n° 2 et n° 3.
2°) Deux tracts intitulés « Le métallo de Montrouge », sans date.
3°) « Pour la libération de la France » édité par le Comité local du Kremlin-Bicêtre sans date.
4°) Quatre Bulletins d’information n° 1 du 20 août 1941 « Message de Roosevelt et de Churchill à Staline ».
« 5°) Un tract La Vie Ouvrière n° 51 du 30 août 1941.
« 6°) Deux exemplaires de l’Humanité n° 123 du 7 août 1941 et n° 126 du 28 août 1941.
Dans un deuxième scellé deux notes manuscrites, la première relatait les difficultés du parti communiste, la deuxième s’adressait à « Monsieur le Curé de Montrouge ».
Au cours de son interrogatoire, il affirma avoir trouvé les tracts saisis à son domicile dans son placard de vestiaire. « Je les ai emmenés chez moi. Je le savais quoi en faire. Je voulais les brûler ». Il reconnut que « depuis la dissolution du parti » son action s’était bornée « à redistribuer les tracts que je trouvais dans mon placard ».
Le commissaire lui fit remarquer que « Les constatations faites [étaient] en contradiction avec [ses] déclarations. […] Si vous aviez cessé toute activité, on ne serait pas venu vous dicter la pièce relative aux difficultés actuelles de la propagande ? » Albert Latinus esquiva et répondit « Lorsqu’on a pu voir que je redistribuais les tracts on a pensé que je ne refuserais certainement pas de faire ce travail anodin ». Le dernier mot fit sursauter le commissaire.
Inculpé de « menées communistes » il a été conduit au dépôt et mis à la disposition du Procureur de la République. Le 22 octobre 1941 la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris le condamna à dix ans de travaux forcés, aux frais envers l’État et au maximum de la contrainte par corps.
Emprisonné, il était le 27 avril 1944 dans le convoi de 1652 hommes à destination de Buchenwald (Allemagne). Albert Latinus participa aux actions de solidarité à l’intérieur du camp qui étaient autant d’actes de résistance à la barbarie. Le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Le Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Huit cent dix-huit déportés moururent, Albert Latinus rentra. Il a été homologué Déporté et interné de la résistance (DIR), et au titre de la Résistance intérieure française (RIF) mouvement de Résistance Front National.
Albert Latinus mourut le 9 septembre 1999 à l’âge de 88 ans à Palaiseau dans l’Essonne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article248085, notice LATINUS Albert par Daniel Grason, version mise en ligne le 12 mai 2022, dernière modification le 12 mai 2022.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z-4-13 dossier 120. – Arch. PPo. BA 2057. – Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 341097. – Service historique de la Défense Caen SHD/AC 21P 586807. – Le Matin du 23 octobre 1941. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Site internet Match ID. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977.

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