EVRARD Raoul

Par Justinien Raymond

Né le 3 juin 1879 à Denain (Nord), mort le 29 février 1944 à Paris ; mineur ; militant et député socialiste du Pas-de-Calais.

Raoul Évrard était le fils de Florent Évrard qui fut longtemps secrétaire général du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais, et le frère de Rieul et Just Évrard. Aîné d’une famille de trois enfants dans un foyer plus que modeste du siècle dernier, il était impérieusement destiné à une vie de travail précoce. En attendant l’âge de descendre au fond de la mine, il vendit tour à tour des journaux et des légumes du jardin paternel pour apporter quelques sous à la maison. Mineur de fond à douze ans et pour deux ans seulement car, au lendemain des grèves de 1893, il fut congédié. Il gagna quelque temps son pain comme ouvrier agricole dans les fermes de Meurchin, puis comme garçon boucher à Paris. Ces expériences variées ajoutées à l’exemple paternel ont fait de Raoul Évrard un socialiste convaincu quand, en 1909, il regagne le Pas-de-Calais. Sans négliger l’action syndicale, il va privilégier le combat politique. Il adhéra au Parti ouvrier puis à la Fédération autonome du Nord et du Pas-de-Calais, créa des sections de Jeunesses socialistes, des sections adultes, s’instruisit par un effort personnel, aiguisa l’art de parler en réunion publique, collabora à l’hebdomadaire socialiste Le Citoyen qu’il dirigera et, en 1912, donnera quelques articles à l’Humanité. Après l’unité de 1905, il était un des militants notables de la Fédération socialiste SFIO du Pas-de-Calais. Il assura un moment le secrétariat du député socialiste Raoul Briquet*. En 1913, il devint délégué permanent de la Fédération socialiste du Pas-de-Calais qui, à la veille de la Première Guerre mondiale, comptait 77 sections et 4 600 adhérents.

Bien que dispensé d’obligations militaires, Raoul Évrard s’engagea volontairement en 1914 au 127e régiment d’infanterie. Blessé deux fois en 1915, plus grièvement en 1916, il fut rendu à la vie civile et s’attacha à l’organisation à Paris des réfugiés du Pas-de-Calais. Dans la partie non occupée du département, il maintint l’organisation socialiste fédérale. Aussi, la paix rétablie, il devint, en 1919, secrétaire général de la Fédération socialiste du Pas-de-Calais. Pour les élections législatives du 16 novembre 1919, il figura au 3e rang des huit candidats socialistes menés par Basly* dans le 1er secteur du Pas-de-Calais. Il fut élu avec tous ses colistiers, recueillant personnellement 63 285 voix sur 125 137 votants, la moyenne de la liste du Bloc national s’élevant à 54 709. Ce succès ouvrait à Raoul Évrard une carrière parlementaire ininterrompue, de dix-sept ans. Il entra aux commissions des Régions libérées et des Travaux publics. Il appartiendra plus tard à celles des Mines et du Travail. Au sein d’un groupe parlementaire socialiste dans lequel médecins, avocats, instituteurs et professeurs devaient occuper une place croissante, il était un élément d’origine prolétarienne. Cependant, il se classait dans la tendance réformiste du Parti socialiste et quand après 1924, le problème se posera, il défendra derrière Renaudel, la participation ministérielle des socialistes. Dans un département ouvrier où était vive la compétition entre communistes et socialistes, ouvrier lui-même, il professait sans complexe un anticommunisme vigilant. Aux élections législatives de 1924, avec le même mode de scrutin qu’en 1919, il fut réélu sur une liste socialiste qui enleva six des huit sièges du département : il obtint 70 207 voix sur 149 106 votants. Il était alors et le resta longtemps, directeur politique de l’Éclaireur du Pas-de-Calais. Il appartint épisodiquement à la CAP (Commission Administrative Permanente) du Parti socialiste (suppléant en 1921, suppléant en 1925 puis titulaire après la démission d’un titulaire, titulaire en 1926, puis en 1930 – minorité –, 1931 – motion du Var –, 1932 – motion de la Seine –, suppléant en 1933 – motion Renaudel –, titulaire en 1935 – motion Renaudel –, titulaire en 1935 – motion du Nord –, 1936 – motion Paul Faure –, 1937 – idem –, 1938 – motion Blum). Il représenta le groupe parlementaire socialiste dans la délégation de la SFIO au congrès de Vienne de l’Internationale ouvrière socialiste du 25 juillet au 1er août 1931. De 1925 à 1928 il fut conseiller municipal de Lens et, à compter de 1929, conseiller municipal d’Hénin-Liétard.

En 1928, malgré le retour au scrutin d’arrondissement, il avait été réélu au 1er tour, député dans la 5e circonscription de Béthune avec 8 385 voix contre 3 501 à Ramette, communiste, 3 401 à Boulanger, candidat de droite, sur 15 532 votants. Néanmoins, sa base électorale allait s’amenuiser. En 1932, sur 18 070 inscrits, il ne recueillit que 6 865 voix et ne fut réélu qu’au second tour par 7 014 suffrages contre 4 428 au communiste Quinet et 4 377 au candidat modéré. Face à la crise qui frappait de plein fouet le Pas-de-Calais minier et industriel, il déploya une grande activité au bénéfice des travailleurs, proposant une amélioration de la retraite des mineurs, la création d’une caisse spéciale de chômage, l’institution de la semaine de 40 heures et l’établissement des conventions collectives de travail. Il développa, au cours des débats, les vues du Parti socialiste sur le chômage et la crise charbonnière. Fortement attaché aux organisations ouvrières et à son Parti, il demeura fidèle à ce dernier lors de la scission néo-socialiste de 1933.

Cette activité et cette fidélité ne l’empêchèrent pas de perdre son siège de député en 1936. Au premier tour, il rassembla 5 580 voix, devancé par le communiste Quinet, qui en obtint 6 865 et pour lequel il se désista, assurant son élection au ballottage par 10 170 électeurs contre 5 822 au candidat de droite. Raoul Évrard redevint simple militant jusqu’à ce que Marx Dormoy devenu ministre de l’Intérieur du gouvernement Léon Blum en fasse son chef de cabinet.

Après l’Occupation de 1940, il fit face pour la seconde fois de sa vie à la présence d’un envahisseur. Il était sur son lit de mourant quand, en 1944, son domicile fut l’objet d’une perquisition policière : la perspective de sa mort proche lui évita sans doute la déportation.

Franc-maçon, il était membre de l’Association fraternelle des journalistes. Raoul Évrard avait épousé le 25 mai 1901 à Lens, Mathilde Psaute qui lui donna un fils, né le 14 juin 1902 et mort le 19 juin 1917.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24821, notice EVRARD Raoul par Justinien Raymond, version mise en ligne le 4 mars 2009, dernière modification le 15 avril 2020.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Nat. F7/13084, rapports du 30 décembre 1928, du 30 janvier 1929. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 175, 176, 177, 179, 182, 2372, 5221. — Revue du Nord, n° 227 de 1975. — Comptes rendus des congrès du Parti socialiste. — J. Jolly, Dictionnaire des Parlementaires. — L’Espoir, hebdomadaire de la Fédération socialiste du Pas-de-Calais, Édit. spéciale pour les élections de 1958. — Michel Gaudart de Soulages et Hubert Lamant, Dictionnaire des francs-maçons français, Paris, 1980. — Marc Sadoun, Les Socialistes sous l’Occupation, Paris, FNSP, 1982.

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