EXBRAYAT Raoul, Adrien

Par Antoine Olivesi

Né le 1er février 1908 aux Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône), mort le 9 octobre 1972 à Marseille (bouches-du-Rhône) ; syndicaliste et militant communiste ; secrétaire du syndicat CGTU, puis CGT des produits chimiques ; secrétaire de l’UD-CGT des Bouches-du-Rhône pendant la clandestinité, puis secrétaire adjoint en 1945.

Raoul Exbrayat était le fils d’un employé de la compagnie du Gaz de Marseille. Orphelin de mère à neuf ans, il arrêta ses études après le certificat d’études primaires et entama une vie active assez décousue. Ouvrier savonnier en 1924, il travailla à la coopérative des débitants de boissons gazeuses de 1927 à 1931, revint dans le secteur de la savonnerie de 1931 à 1933, à l’entreprise de boissons gazeuses Motte-Tourtel entre 1933 et 1935, période au cours de laquelle il fut souvent chômeur.

Dès son premier emploi, Raoul Exbrayat adhèra à la CGTU. En 1925, par détermination personnelle, il rejoignit les rangs du Parti communiste. Il fut délégué du personnel puis secrétaire du syndicat des produits chimiques à la CGTU tout d’abord, à la CGT à partir de janvier 1936. Devenu permanent, il joua un rôle actif pendant les grèves et les négociations de 1936 à 1938. En application des accords Matignon, il contribua notamment en 1937, aux côtés de Charles Nédelec, à l’élaboration à Paris des conventions salariales concernant les ouvriers de l’industrie chimique. Il participa à de nombreux congrès et meetings, en particulier en Algérie en 1937, laissant le souvenir d’un grand orateur. Poursuivi ou arrêté à plusieurs reprises durant quelques jours en raison de ses activités, il fut relâché faute de preuve.
Lorsque la guerre éclata, Raoul Exbrayat travailla pendant un an à la SNCASE (actuellement Eurocopter). Il exerça les fonctions de secrétaire de l’UD-CGT clandestine des Bouches-du-Rhône et fut chargé plus particulièrement avec David Peyrot de la liaison avec les maquis.
Raoul Exbrayat fut élu secrétaire adjoint de l’UD-CGT lors du premier congrès de l’après-guerre qui se tint à Marseille les 9 et 10 juin 1945. Comme Lucien Molino*, le secrétaire général, séjournait le plus souvent à Paris dans le cadre de ses fonctions nationales à la CGT et au comité central du PCF, ce fut lui qui assuma la direction de l’UD. Les années suivantes, A l’issue du XXVIe congrès des 29 et 30 juin 1946, Raoul Exbrayat dut partager cette fonction avec Pierre Gabrielli* (XXVIe congrès des 29 et 30 juin 1946), puis avec ce dernier et Maurice Milhau* (4-6 juillet 1947). En 1948, après la scission de Force ouvrière et durant une semaine particulièrement riche en événements (grève générale lancée par la CGT, blocus de Berlin par les Soviétiques et pont aérien américain, condamnation de Tito), , le XXVIIIe congrès de l’UD (25-27 juin), le poste de secrétaire général adjoint disparut. Raoul Exbrayat demeura cependant membre du bureau.
Au cours de ces trois années, Raoul Exbrayat avait été constamment sur la brèche pour faire appliquer par les syndicats les mots d’ordre de production et de reconstruction nationales. Il fit notamment la distinction entre « le nouvel esprit » de la CGT et celui de 1936 « …À chaque période exceptionnelle, il faut une position exceptionnelle… Notre formule nouvelle, c’est tout pour la guerre, d’abord produire, revendiquer ensuite ». Il dut réitérer ces directives lors des grèves qui se produisirent dans divers secteurs, notamment en mai-juin 1945 contre la hausse des prix. Il s’efforça de canaliser les mouvements, les impatiences des travailleurs, de leur démontrer le caractère négatif et parfois provocateur de certaines actions revendicatives, mais dut en même temps négocier avec le préfet Veyren* pour obtenir une augmentation des salaires.

Si, en février 1946, Raoul Exbrayat expliquait toujours dans Le Midi syndicaliste, la même ligne prioritaire de production, il s’inquiétait en revanche de l’échec du référendum du 5 mai qui ouvrait, écrivait-il, « une période particulièrement difficile de notre histoire ». En juillet, face au gouvernement dirigé par Georges Bidault, il anima plusieurs meetings (à Port de Bouc, Berre, Châteaurenard et à Marseille) pour soutenir les revendications salariales des « 25 % ». Il dut intervenir également lors des bagarres consécutives à la grève de la poste centrale Colbert, le 2 août, puis surtout pendant la grève des services publics en février 1947.

Parallèlement, Raoul Exbrayat s’attacha aux problèmes posés par la création des comités d’entreprise et souhaita « la formation rapide de militants capables… de permettre par leur action, la transformation de ces comités consultatifs en véritables comités de direction ». Le problème était important à Marseille où beaucoup d’usines étaient gérées depuis la Libération par les ouvriers. Il participa d’ailleurs au fonctionnement de l’école des cadres syndicaux (il assura ainsi le cours numéro 3 sur « La nation et les classes sociales » le mardi 12 octobre 1948).
En avril 1947, Raoul Exbrayat participa à la campagne pour les élections à la Sécurité sociale, mais, bien que tête de liste, fut battu au scrutin de la caisse des allocations familiales. Le 1er mai, il participa à une grande manifestation aux côtés des principaux dirigeants de la CGT et du PCF, notamment François Billoux, encore ministre pour quelques jours.

Au cours de l’été et de l’automne 1947, Raoul Exbrayat se conforma à l’évolution suivie, sur le plan national, par la CGT et le PC. Le 3 novembre, juste après la perte de la municipalité par ce dernier, il participa à une assemblée extraordinaire des cadres syndicaux de Marseille et de sa région. Il y signa avec Lucien Molino une motion attaquant vivement le gouvernement Ramadier. Le samedi 8, Raoul Exbrayat annonça le boycott des nouveaux tarifs des tramways que la municipalité RPF avait décidé d’augmenter à partir du lundi suivant. Il parla de grève immédiate dans le cas où une intervention policière viendrait à se produire. Cette crise fut à l’origine de violents incidents à Marseille. Le 12 novembre, c’est par les quatre télégrammes successifs envoyés par Raoul Exbrayat que le CCN de la CGT fut tenu au courant des événements. Dans l’un d’eux, il évoquait la libération des ouvriers arrêtés et « le drapeau syndical qui flotte sur le Palais de Justice ». Dans la soirée, il essaya vainement de calmer les jeunes manifestants de l’UJRF qui déferlèrent vers le quartier de l’Opéra. Au cours de cette manifestation, Vincent Voulant, un jeune métallo, fut tué. Les jours suivants, le mouvement marseillais se fondit dans la grève nationale généralisée.

En 1949, Raoul Exbrayat était secrétaire de l’UD-CGT et administrateur de la caisse d’allocations familiales. Il prit la parole lors de la réunion qui se tint au Central Cinéma le 10 janvier 1950 (ce jour-là le paquebot Pasteur en partance pour l’Indochine était immobilisé et une manifestation se déroulait sur la Canebière). Il demeura permanent jusqu’en 1952.
Raoul Exbrayat fut élu vice-président de la caisse des allocations familiales. Il accéda au comité fédéral du PCF. Il milita encore au syndicat de l’Alimentation jusqu’en 1964 date à laquelle, atteint de diabète, il cessa toute activité politique et syndicale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24822, notice EXBRAYAT Raoul, Adrien par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 4 mars 2009, dernière modification le 29 mai 2009.

Par Antoine Olivesi

ŒUVRE : Articles dans Le Midi syndicaliste, 22 septembre, 3, 10, 24 novembre, 8 et 29 décembre 1944, 12 janvier, 9, 30 mars, 8 juin, 27 juillet, 24 août 1945, janvier-février 1946, 3 et 10 mai 1946 (etc.) ; articles également dans Rouge Midi et dans La Marseillaise (photos).

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6 10874, rapport du 16 mai 1937, M 6 10933, 148 W 1982, rapport de police du 2 novembre 1948, dossier 148 W 302, rapports des 29 4 avril et 3 mai 1950. — Le Midi syndicaliste, 1939, 1944, 1945. — Rouge-Midi, 1er février 1938 (photo), 4 septembre 1944 et jours suivants. — La Marseillaise (nécrologie), 10 octobre 1972. — MA Stagliano, Le Midi syndicaliste, op. cit. — Renseignements communiqués par son fils en réponse au questionnaire. — Robert Menchérini, L’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône de la Libération à la scission (1948), thèse de 3e cycle dactylographiée, 2 vol., 560 p., Aix-en-Provence, 1984, (cf. références nombreuses dans l’index, à Raoul Exbrayat, notamment p. 371, 378-379, 397-398, annexe de la p. 513 sur le rapport d’activité de 1945, etc.). — Notes de Jean-Claude Lahaxe.

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