FORGAS Isidore, Raphaël

Par André Balent

Né le 24 janvier 1894 à Ur (Pyrénées-Orientales), mort le 10 février 1975 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; militaire de carrière puis agent d’une Compagnie d’assurances ; militant du Parti socialiste SFIO, du PSOP, du PCF à Perpignan (Pyrénées-Orientales), animateur de la Bataille socialiste puis de la Gauche révolutionnaire dans les Pyrénées-Orientales, trésorier fédéral du Parti socialiste SFIO, animateur du Comité du « Continental-Bar » d’Aide à l’Espagne républicaine ; résistant (FTPF).

Isidore Forgas naquit à Ur, un village de Cerdagne, sur la frontière espagnole où ses parents s’étaient mariés le 16 mars 1893. Son père, Pierre Forgas, agriculteur de Porta, autre village de Cerdagne, âgé de quarante-cinq ans en 1893, avait épousé Françoise Naudo (trente ans en 1893), fille d’agriculteurs d’Ur où le couple s’installa.

Isidore Forgas se maria à Perpignan le 20 octobre 1916 avec Joséphine, Rose Rey, alors qu’il était momentanément inapte au service armé à la suite d’une blessure. Leur fils Jean, né en 1920, réfractaire du STO en novembre 1943, fut dirigé par Georges Delcamp, un grand ami d’Isidore Forgas, vers le regroupement de jeunes que les FTPF du Conflent organisaient au plateau d’Embullà.

Le 24 janvier 1913, il signa un engagement dans l’armée à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Il intégra aussitôt le 24e Régiment d’Infanterie coloniale (RIC). Nous noterons ici que, bien que natif de la Cerdagne, une région qui fut pendant la Première Guerre mondiale une terre de désertion et d’insoumission, Isidore Forgas fit une carrière militaire honorable. « Aux armées », dès le 8 août 1914, il accéda au grade de sergent le 11 août 1915. Il fut blessé une première fois à la nuque dès le 23 août 1914, et une seconde, au thorax, le 2 juillet 1916. Dans les deux cas, il conduisait l’attaque (1914) ou la contre-attaque (1916) de sa demi-section « avec beaucoup d’entrain ». Ces faits d’armes lui valurent deux citations élogieuses et justifièrent l’attribution de la croix de guerre, avec étoile vermeil et avec étoile de bronze. Jusqu’en juillet 1916, il combattit dans son régiment, le 24e RIC. Déclaré inapte au service armé pour un mois, par la commission de réforme de Perpignan, le 29 juillet 1916, il demeura dans cette ville jusqu’à la fin du mois de décembre 1916. Le 30 de ce mois, il fut affecté au 54e bataillon sénégalais au camp de Courneau. Il gagna à nouveau le front le 31 mars 1917. Fait prisonnier le 15 juillet 1918, il fut rapatrié d’Allemagne le 28 décembre 1918 et réintégra aussitôt le 24e RIC à Perpignan. Rengagé pour trois ans le 9 mai 1919, il contracta par la suite plusieurs rengagements et fut rendu à la vie civile le 10 juin 1928 après avoir été promu adjudant le 1er mai 1924 puis adjudant-chef le 1er avril 1926. Du 16 octobre 1920au 28 novembre 1922, il fut affecté en AOF, au Niger, au 3e bataillon sénégalais. Débarqué à Port-Vendres, il retrouva aussitôt, le 24e Régiment de tirailleurs sénégalais, nouvelle dénomination de son régiment initial. Par la suite, il fut affecté au Maroc du 22 juin au 28 novembre 1922. Il appartint quelques semaines au 14e RTS à la fin de 1926 et au début de 1927 avant de retrouver son régiment d’origine.

Rendu à la vie civile, Isidore Forgas habita d’abord à Toul (Meurthe-et-Moselle). Il revint vivre à Perpignan en avril 1929. En 1934, il était domicilié 9 rue du Paradis, dans le quartier Saint-Jacques. Il travailla comme agent d’une compagnie d’assurances. Nous ignorons comment il forgea de solides convictions qui firent de lui un militant de premier plan d’une extrême gauche antimilitariste et pacifiste alors que sa carrière militaire indiquait apparemment une acceptation des exigences de l’institution.

Isidore Forgas fut, dans les années 1930, un militant syndical et, surtout, politique, de tout premier plan. Il adhéra au syndicat CGT des employés des deux sexes et, dès 1930, il siégeait, en qualité de suppléant au comité général de la Bourse du Travail. Il contribua également, par son activité, au développement de la caisse primaire d’assurances sociales, « Le Travail des Pyrénées-Orientales » dont il fut élu secrétaire en février 1930 et réélu le 28 septembre 1930 (le président de cet organisme était Joseph Berta).

Isidore Forgas militait également à la SFIO. De 1931 à 1933, il s’occupa essentiellement des Jeunesses socialistes, alors en plein essor. Le 5 juin 1931, la section socialiste SFIO de Perpignan proposa son nom comme membre adulte du comité fédéral mixte des Jeunesses socialistes SFIO des Pyrénées-Orientales. Le congrès fédéral extraordinaire du 27 septembre 1931 le confirma dans ces fonctions auxquelles il fut réélu successivement par les congrès fédéraux du 30 octobre 1932 et du 9 juillet 1933 (à cette date, Ferdinand Baylard accéda également au comité fédéral mixte des JS). Le 30 octobre 1932, il fut également élu à la commission de contrôle de la fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales. Le 8 novembre 1931, il fut élu (avec Estivill*) trésorier des Jeunesses socialistes SFIO de Perpignan.

À partir de 1933, Isidore Forgas participa, de façon active et très militante, aux débats internes de la fédération des Pyrénées-Orientales et aux luttes de tendances. Il allait bientôt s’opposer vigoureusement à Jean Payra*, leader incontesté de la SFIO dans les Pyrénées-Orientales depuis le congrès de Tours. Jean Payra* fut une première fois mis en minorité au congrès fédéral du 9 juillet 1933. Tenté par le « Néo-socialisme », il appuya la motion que Renaudel défendait lors de la préparation du congrès national. Mais il fut, lors de cette bataille de congrès, abandonné par certains militants qui avaient été ses plus fidèles soutiens (voir Clément Francès*). Isidore Forgas, pour sa part, s’associa bientôt à la Bataille socialiste qui commençait à se structurer dans les Pyrénées-Orientales. À certains de ses camarades de tendance d’alors, tels Marcel Maynéris*, il apparaissait comme un « socialiste doctrinaire » mais « sans compromissions » (entretien avec M. Marcel Maynéris* en juillet 1982). Jean Payra* qui avait pu jauger sa combativité, le traitait avec dérision de « traîneur de sabre » (selon le témoignage de Marcel Maynéris*, 10 juillet 1983). Dès le congrès fédéral du 4 février 1934, Isidore Forgas soutenait la motion de la « Bataille socialiste ». Mais, avec quelques-uns de ses camarades « oppositionnels », il comprit bientôt qu’il fallait organiser la nouvelle tendance si elle voulait s’emparer de la direction fédérale et évincer Jean Payra* et ses amis. Dès le mois de mai ou de juin 1934, fut créé à Perpignan, un « centre d’études marxistes » dont le secrétaire était Pascal Bernole et le trésorier Isidore Forgas. Le siège de cette organisation était fixé au café Solanes, 6 route d’Espagne.

Mais bientôt (pendant l’été 1934), les militants de la « Bataille socialiste », pour la plupart des « jeunes » qui rejetaient l’« électoralisme » de Payra et de ses amis, mirent sur pied un organe de presse, En avant, et un « groupe d’études et d’action socialistes des Pyrénées-Orientales », plus large, dans son recrutement, que le « centre » créé par Pascal Bernole et Isidore Forgas. Ces deux militants furent d’ailleurs deux des fondateurs d’En avant qui groupait, entre autres militants, Marcel Maynéris*, un combatif rédacteur de préfecture, François Gaillarde*, un facteur des PTT, Ferdinand Baylard, Robert Bazerbe, Pierre Delpont, Jean Canal, Dominique Parsuire*, jeunes instituteurs socialistes. Le combat interne mené par le groupe d’En avant (en fait la « Bataille socialiste » locale) porta bientôt ses fruits puisqu’elle obtint la majorité des mandats lors du congrès fédéral ordinaire du 2 juin 1935 (voir aussi Clément Francès*). Mais Jean Payra*, qui soutenait la motion de la fédération du Nord, demanda de renvoyer au congrès extraordinaire de septembre 1935 le renouvellement des organismes fédéraux (CAF, commissions des conflits et de contrôle) car son ami Georges Pézières*, secrétaire fédéral, déclara devant le congrès n’avoir pas eu le temps d’établir son rapport moral. Les militants de la « Bataille socialiste » estimaient, pour leur part, qu’après le vote d’orientation politique (qui leur avait été favorable), rien ne s’opposait au renouvellement, à la proportionnelle, des organismes fédéraux de direction et que la proposition de Jean Payra était, de ce fait, irrecevable. Toutefois, ce dernier soumit sa proposition au vote du congrès, non un vote nominal limité aux seuls délégués dûment mandatés par leurs sections, mais un vote à mains levées auquel participèrent des auditeurs non délégués. Le président du congrès déclara la proposition de Jean Payra* adoptée, en dépit des protestations des militants de la « Bataille socialiste ». Aussi, le 7 juin 1935, quatre d’entre eux – Jean Canal, Pascal Bernole, Isidore Forgas et Marcel Maynéris* – écrivirent-ils à Paul Faure, secrétaire de la SFIO, pour lui relater le déroulement du congrès du 2 juin 1935 et demander à la commission nationale des conflits de prescrire le renouvellement de ces organismes conformément à l’article 19 du règlement du parti, c’est-à-dire sur la base de la représentation proportionnelle. Dans l’attente d’une décision de la commission nationale des conflits, ils donnèrent au secrétaire fédéral sortant, Georges Pézières*, les noms des onze délégués de la « Bataille socialiste » à la CAF (parmi eux Isidore Forgas) et l’invitèrent à les réunir ainsi que les neuf délégués à cet organisme auquel avait droit, selon les règles de la proportionnelle, la tendance minoritaire au congrès du 2 juin 1935, c’est-à-dire les « payratistes » qui s’étaient comptés en votant pour la motion de la fédération du Nord. Le dimanche 7 juillet 1935, les onze représentants de la majorité fédérale se réunirent dans un café, à Perpignan, et sur proposition du député de Prades, Joseph Rous* qui défendait lui aussi les thèses de la « Bataille socialiste », procédèrent au renouvellement du bureau fédéral et des commissions fédérales. Isidore Forgas, pour sa part, fut désigné trésorier fédéral et membre de la commission des conflits. La liste des membres du bureau et des commissions fédérales fut publiée dans le n° 12 d’En avant et le procès-verbal – qui ne fut pas rendu public – de la réunion du 7 juillet 1935 fut signé par Isidore Forgas, Marcel Maynéris*, Pascal Bernole et Joseph Rous*.

Cette réunion du 7 juillet 1935 fut particulièrement importante car elle marqua le point de départ d’une grave crise au sein de la fédération des Pyrénées-Orientales qui aboutit à la « scission » de Joseph Rous et de ses partisans.

En effet, nombre de militants de la « Bataille socialiste » et parmi eux Isidore Forgas et Marcel Maynéris qui le 7 juillet 1935, avaient eu accès à de hautes responsabilités au sein du bureau fédéral, se rendirent rapidement compte que cette réunion n’avait aucun caractère réglementaire puisque la décision du congrès du 2 juin 1932 (le non-renouvellement des organismes fédéraux) qu’ils contestaient n’avait toujours pas été cassée ni par la CAP de la SFIO, ni par la commission nationale des conflits. Joseph Rous et quelques membres de la « Bataille socialiste » parmi lesquels Jean Canal et (pour peu de temps) Pascal Bernole pensèrent (quelquefois rétrospectivement) que les décisions prises le 7 juillet étaient valables. Ils les utilisèrent dans leur lutte contre Jean Payra* et Georges Pézières* lors de la procédure de désignation de candidats de la SFIO aux élections sénatoriales d’octobre 1935.

D’autres, comme Isidore Forgas et Marcel Maynéris*, pensèrent, dans un but d’apaisement et sûrs de triompher enfin, qu’il fallait se rendre au congrès fédéral extraordinaire convoqué pour le 8 septembre 1935 par les « payratistes » et la direction fédérale en place avant le 2 juin.

Le 27 juillet 1935, Isidore Forgas fut élu ainsi qu’un « payratiste », Michel Carola à la commission de contrôle et d’administration de la sous-section socialiste du quartier Saint-Jacques de Perpignan. Cela montre bien qu’en dépit de l’affrontement entre les tendances, il n’envisageait nullement la rupture avec les partisans de Jean Payra*. Joseph Rous* et les militants du groupe d’En avant qui, tels Jean Canal, Robert Bazerbe, instituteur et membre de la section de Vernet-les-Bains, soutenaient ce dernier, ne semblaient pas souhaiter dans un premier temps l’épreuve de force avec Jean Payra*, Georges Pézières* et leurs partisans. Tous se rendirent au congrès du 8 septembre. Ce congrès désigna, à une forte majorité, Jean Payra* et Georges Pézières* comme candidats de la SFIO aux élections sénatoriales. Joseph Rous* fut battu. Jean Payra* avait été désigné, dès le 31 mai 1935, à l’unanimité des membres de la section de Perpignan, comme candidat aux sénatoriales. Cela signifiait en clair que les membres de la « Bataille socialiste » adhérents à la section de Perpignan, et parmi eux ceux qui critiquaient le plus l’« électoralisme » de Payra* (Isidore Forgas, Marcel Maynéris*…) avaient voté en faveur de sa candidature. Ce vote du 31 mai émis par la section de Perpignan qui détenait 41 mandats fut comptabilisé, le 8 septembre, en faveur de la candidature de Jean Payra*. Ce ne fut que vers le mois d’août 1935 (ou du moins au début du mois de septembre 1935) que Joseph Rous* et les militants de la « Bataille socialiste » qui l’appuyaient, commencèrent à attaquer, dans les rangs du parti et à l’extérieur (auprès de délégués sénatoriaux), l’opportunité de la candidature de Jean Payra*. Ce ne fut qu’après qu’il ait été battu lors du congrès du 8 septembre 1935 que Joseph Rous* se mit à contester la validité de cette assemblée, en se référant à l’assemblée de la majorité issue du congrès du 2 juin tenue au café Maribaud à Perpignan le 7 juillet 1935 (qui l’avait élu au poste de secrétaire fédéral, en même temps qu’elle désignait Isidore Forgas à celui de trésorier fédéral). À ce moment-là, Joseph Rous* et ceux qui l’appuyaient s’engageaient dans la « dissidence ». Dès le 15 octobre 1935, la commission fédérale des conflits prononçait son exclusion de la SFIO pour avoir maintenu sa candidature aux élections sénatoriales du 20 octobre 1935 en dépit de la désignation de Jean Payra* et de Georges Pézières* par le congrès du 8 septembre. Cette procédure ne devait aboutir que quelques mois plus tard. En attendant, tous les membres du groupe d’En avant se retrouvaient dans les rangs de la SFIO.

Pour leur part, Isidore Forgas et son camarade Marcel Maynéris* qui, depuis plus d’un an, étaient les « activistes » les plus en vue de la « Bataille socialiste » en pays catalan, avaient fait un autre choix. Nous avons vu qu’ils avaient douté de la validité des désignations prononcées par l’assemblée de la « majorité fédérale » le 7 juillet 1935 à laquelle ils avaient assisté et dont ils avaient été, avec Joseph Rous*, les promoteurs. Ne cachant nullement leur opposition politique avec Jean Payra*, ils passèrent une sorte de compromis avec lui. Sûrs d’accéder, à l’issue du congrès du 8 septembre 1935 convoqué par les « payratistes », à la direction de la section de Perpignan, ils acceptèrent que le député-maire de Perpignan devînt sénateur. Dans leur esprit, Payra*, en accédant au Palais du Luxembourg se désintéresserait désormais des « affaires » courantes de la fédération des Pyrénées-Orientales. L’avenir montra que leur calcul était pleinement fondé.

Le congrès du 8 septembre, qui désigna les candidats aux élections sénatoriales, procéda également au renouvellement des organismes fédéraux sur la base du vote d’orientation intervenu lors du précédent congrès (2 juin 1935). Comme prévu, la « Bataille socialiste » eut droit à onze représentants à la CAF et les partisans de la « motion du Nord » – c’est-à-dire les « payratistes » – à neuf. Comme prévu, Jean Payra* – et Georges Pézières* – ayant obtenu ce qu’ils voulaient – leur désignation comme candidats de la SFIO aux élections sénatoriales – ne mirent plus aucun obstacle à la désignation de dirigeants fédéraux d’une tendance qui leur était opposée.

Isidore Forgas fut, le 8 septembre 1935, élu, au titre de la « Bataille socialiste », à la CAF et à la commission fédérale des conflits (parmi les élus de la « Bataille socialiste » à ce dernier organisme, notons également Ferdinand Baylard et Pascal Bernole qui allait soutenir, pendant quelque temps, la « dissidence » de Joseph Rous).

La CAF, lors de sa réunion du 22 septembre 1935, élut Isidore Forgas trésorier fédéral à la place du « payratiste » Pierre Dulcère*.

Isidore Forgas et Marcel Maynéris* en se détachant de Joseph Rous* s’étaient-ils pour autant ralliés à Jean Payra* ? Joseph Rous* l’a prétendu dans un document dactylographié rédigé par lui après son exclusion de la SFIO par la commission fédérale des conflits. Jean Payra* lui-même aurait déclaré à deux militants de la section socialiste SFIO de Bourg-Madame, peu avant le congrès fédéral du 8 septembre 1935 (il s’agit du douanier Blanqué et du garagiste Christofol) que « Maynéris* et Forgas étaient devenus ses hommes ». Peut-être en eut-il l’illusion, le fait est que ni Forgas, ni Maynéris* ne devinrent les « hommes » de Jean Payra* même s’ils soutinrent ce dernier contre Joseph Rous* lors des élections sénatoriales d’octobre 1935. Jean Payra*, d’ailleurs, après son accident, fut réduit à l’inaction.

Isidore Forgas siégea à la commission fédérale des conflits qui prononça à l’unanimité, le 15 octobre 1935, l’exclusion de Joseph Rous* (qui fit appel auprès des organismes nationaux de la SFIO). Au début de 1936, il « enquêta » en Capcir où Sébastien Soubielle*, un partisan de Joseph Rous*, avait créé neuf sections dans cinq communes de cette région. À la suite de cette enquête il s’avéra que nombre d’adhésions étaient fictives.

Plus tard, Joseph Rous* et ses amis ayant créé une organisation « dissidente », Isidore Forgas mena d’autres batailles, anima d’autres débats.

À la fin de 1935 (ou au début de 1936), nombre d’animateurs catalans de la « Bataille socialiste » se détachèrent de cette tendance et passèrent à la « Gauche révolutionnaire ». Isidore Forgas allait devenir rapidement un des leaders les plus actifs du « pivertisme » dans les Pyrénées-Orientales.

Au congrès fédéral du 26 janvier 1936, il défendit avec Jean Canal (un partisan de Joseph Rous*, sur le point de suivre ce dernier dans la « dissidence ») et Pierre Villeroge*, la motion soumise aux débats par la Gauche révolutionnaire. Celle-ci obtint la majorité des mandats (87 voix, 44 mandats contre 74 voix et 36 mandats à la motion présentée par la CAP). Ce même congrès fédéral élut Isidore Forgas au conseil national de la SFIO.

Au congrès fédéral du 24 mai 1936, il fut élu à la CAF sur la base du texte présenté par la Gauche révolutionnaire. Cette tendance perdit ce jour-là la majorité. Elle obtint 118 mandats contre 138 à la motion dite de « Thuir » soutenue par Louis Noguères*. Parmi les élus de la Gauche révolutionnaire à la CAF figuraient également : Henri Abbadie, Ferdinand Baylard, Jean Canal et Robert Bazerbe (ces deux derniers, partisans de Joseph Rous*, exclu de la SFIO et réélu député de Prades). À partir de ce moment-là, d’anciens militants du groupe d’En avant qui avaient participé aux combats de la « Bataille socialiste » puis, pendant la première moitié de 1936, à ceux de la « Gauche révolutionnaire », se rallièrent au maire de Thuir, Louis Noguères*. Marcel Maynéris* et Dominique Parsuire* (de la section de Ponteilla) étaient de ceux-là. La Gauche révolutionnaire en fut affaiblie d’autant. Isidore Forgas n’abandonna pas le combat au sein de la fédération « officielle » de la SFIO. Il le poursuivit dans des conditions de plus en plus difficiles avec des militants comme Henri Abbadie, Ferdinand Baylard, Pierre Fabresse ou Pascal Bernole. Un militant pivertiste très actif, Jean Canal, qui milita dans la fédération « dissidente » de Joseph Rous*, assistait pourtant aux réunions de la tendance et participait à ses actions spécifiques, comme celles du soutien à l’Espagne républicaine (voir ci-dessous).

Devant le conseil de la fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales réuni le 7 février 1937, Isidore Forgas défendit vigoureusement, les orientations de la Gauche révolutionnaire dont le texte était en opposition avec celui qui émanait des sections SFIO de la circonscription de Céret. il critiqua l’action du gouvernement de Front populaire et l’accusa de pratiquer l’« union sacrée » et la « paix sociale ». Selon lui, le Front populaire ne pouvait « agir » que sous la « pression des masses ». Il expliqua également que les militants de la SFIO devaient combattre les « bureaucraties du parti ». Maurice Jaquier*, de passage à Perpignan, défendit également, devant le conseil fédéral, le texte de la Gauche révolutionnaire qui recueillit 39 mandats contre 209 à celui des sections de la circonscription de Céret. Désormais la Gauche révolutionnaire était « marginalisée » au sein de la fédération des Pyrénées-Orientales.

Isidore Forgas œuvra à l’organisation de sa tendance et au renforcement de sa cohésion interne. Dans le Socialiste des Pyrénées-Orientales du 23 décembre 1937, il signa un texte où il abordait le problème posé par le rôle des tendances dans le parti SFIO. Des réunions d’information de la Gauche révolutionnaire, réservées aux seuls membres du parti, furent organisées. Ainsi le 28 décembre 1937, Isidore Forgas y traitait de la « question espagnole » ; alors que Pascal Bernole faisait un rapport de « politique générale ».

L’épreuve de force entre la Gauche révolutionnaire et la direction de la SFIO eut lieu lors de la préparation du congrès national de Royan, avec pour toile de fond l’« affaire » de la dissolution de la fédération de la Seine. Dans les Pyrénées-Orientales, Isidore Forgas mena la bataille devant le congrès fédéral du 29 mai 1938. Il fut aidé par Pascal Bernole qui défendit également la motion de la Gauche révolutionnaire. Pour sa part, Isidore Forgas demanda, sous forme de motion préjudicielle, le rejet pur et simple du rapport du secrétaire général de la SFIO et l’annulation des sanctions prises contre la fédération de la Seine. Il demanda également « le retour à une politique basée sur la lutte des classes et répudiant l’Union nationale et sa consoeur, l’Union sacrée ». À Louis Noguères*, secrétaire fédéral, qui lui demandait quelle était sa position face au projet de « dissidence » [pivertiste] au congrès de Royan, Isidore Forgas répondit en affirmant sa volonté de « servir le parti ». Sa motion préjudicielle recueillit 67 mandats sur 304. Lors du vote général d’orientation, les mandats de la Fédération des Pyrénées-Orientales se répartirent ainsi : motion « Pyrénées-Orientales » (175), motion « Bataille socialiste » (71), motion « Gauche révolutionnaire » (38), divers (1), abstention (1). À l’issue de ce congrès, Isidore Forgas fut élu suppléant à la CAF et membre de la commission de contrôle et des conflits.

Après le congrès national de Royan, Isidore Forgas adhéra au PSOP (sur le groupe perpignanais du PSOP (voir Ferdinand Baylard). Il milita dans les rangs de ce parti – qui n’eut guère le temps de se structurer dans les Pyrénées-Orientales, car ses adhérents furent trop « accaparés » surtout à partir de janvier 1939, par la guerre d’Espagne et ses conséquences locales – jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Isidore Forgas participa très activement, à partir de juillet 1936, aux activités du « comité du Continental-Bar » (voir Ferdinand Baylard) que créèrent les pivertistes perpignanais au début de la guerre civile espagnole. Il était présent lorsque Maurice Jaquier*, délégué national du Front populaire, rencontra, sans doute au début du mois d’août 1936, les militants du « comité du Continental-Bar ». Ce fut Isidore Forgas qui tendit à Maurice Jaquier* une convocation du préfet des Pyrénées-Orientales après la retentissante affaire du passage de la frontière franco-espagnole entre Cerbère (Pyrénées-Orientales) et Port-Bou, les douaniers ayant été enfermés dans leur guérite, alors que passaient les camions du « comité du Continental-Bar », chargés d’armes pour les combattants révolutionnaires. Isidore Forgas participa à d’autres réunions clandestines qui bafouaient la politique de non-intervention en Espagne du gouvernement de Léon Blum. Il assura avec Maurice Jaquier* et d’autres pivertistes perpignanais le franchissement de la frontière franco-espagnole de deux camions chargés de dix tonnes d’obus destinés à la ville espagnole de Puigcerda, en empruntant les routes de la Cerdagne française qu’il connaissait bien, étant natif d’Ur, situé à 3 km de Puigcerdà.

Isidore Forgas et les autres membres du « comité du Continental-Bar » aidèrent les militants espagnols, notamment ceux du POUM qui fuyaient leur pays, en février 1939, avec des dizaines de milliers d’autres réfugiés.

Le 10 févier 1941, un rapport de police le qualifiait de « trotskyste » et signalait qu’il se réunissait toujours au « Continental bar » avec ses amis de l’ex-PSOP et quelques autres. Le 9 janvier 1942, il était considéré comme « anarchiste » et porté comme tel sur la « liste d’individus dangereux ».

En 1942, après la grande manifestation unitaire de la Résistance perpignanaise du 14 juillet 1942, il se rapprocha des positions défendues par le Parti communiste. En 1942, il réussit à adhérer, dans la clandestinité, à ce parti. Il ne faisait toutefois pas partie du groupe d’anciens pivertistes perpignanais qui adhérèrent au PC à peu près à la même époque (voir Fernand Cortale, Georges Delcamp, Émile Masnou*).

Isidore Forgas intégra les rangs FTP en septembre 1943. Il fut membre du comité militaire régional des FTPF et devint chef du détachement « Valmy » de la 411e compagnie de FTPF (quatre groupes, effectif de 22 hommes au printemps 1944). Il fut arrêté une première fois par les Allemands en décembre 1943 à la suite du refus de son fils Jean d’aller au STO : il fut alors remplacé par Émile Leccia alias "Sampierre" à la tête du détachement "Valmy". Il fut arrêté une seconde fois le 28 juillet 1944 par la Milice de Perpignan. Il fut interné dans ses locaux, à la rue Foch et sauvagement torturé sous la direction du milicien Marcel Paraire. Transféré à Montpellier (Hérault), il fut interné à la caserne de Lauwe, quartier général de la Milice montpelliéraine. Le 11 août, peu avant la Libération, il dut y subir une nouvelle séance de tortures particulièrement dures..Il fut libéré en même temps qu’Henri Durrieu de Madron, le 16 août 1944, par un groupe de maquisards (maquis Bir Hakeim, AS) près de Lavérune (Hérault) alors que l’Intendance de police de Montpellier les transférait à Toulouse. Du 16 au 21 août 1944, il fit partie des milices patriotiques de l’Hérault. Isidore Forgas reçut la médaille de la Résistance.

Isidore Forgas milita au PCF à Perpignan de 1944 à sa mort, mais n’eut jamais aucune responsabilité dans ce parti. Il fut candidat du PCF pour la liste des grands électeurs aux élections du 24 novembre 1946.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24841, notice FORGAS Isidore, Raphaël par André Balent, version mise en ligne le 5 mars 2009, dernière modification le 2 septembre 2017.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 1 R 523, registre matricule ; 31 W 47, liste d’« individus dangereux ». ― Arch. Com. Ur, état civil. — Arch. Com. Perpignan, état civil. ― Arch. privées André Balent : rapport (ronéoté) de Marcel Mayneris, secrétaire de la SFIO (3 décembre 1935) intitulé « Rapport sur l’affaire Joseph Rous député des Pyrénées-Orientales exclu du Parti socialiste par la commission fédérale des conflits » (13 p.) ; « Défense à la sentence d’exclusion prononcée contre le camarade Joseph Rous par une commission des conflits des Pyrénées-Orientales » (rapport dactylographié (16 pages) rédigé fin 1935 par Joseph Rous ; lettre dactylographiée du 26 janvier 1936 (5 pages) de la Fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales rédigée par son secrétaire, Marcel Mayneris) et adressée à Albert Jamin, secrétaire de la commission nationale des conflits. — Maurice Jaquier, Simple militant, Paris, Denoël, Lettres nouvelles, 1974, p. 126, 137. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, t. I : Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, p. 74, p. 342. — Georges Sentis, Les Archives des FTP catalans (hiver-printemps 1944), Lille, Marxisme/Régions, 1984. — Georges Sentis, Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales, t. II : Le difficile combat vers la libération nationale, Novembre 1942-août 1944, Lille, Marxisme/Régions, 1985, p. 72 et p. 89-90. — Georges Sentis, Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales. Biographies, Lille, Marxisme/Régions, 1994, p. 87. — L’Action syndicale, organe mensuel des syndicats confédérés de Perpignan et des Pyrénées-Orientales, février et novembre 1930, janvier 1931. — Le Cri socialiste, hebdomadaire de la fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales (1931-1936). — Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, hebdomadaire de la fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales (1936-1938). — En avant, organe des groupes d’études et d’action socialistes des Pyrénées-Orientales (Perpignan), 12 juillet 1935. — Le Républicain, quotidien, Perpignan, 24 septembre 1944, article : "Comment des miliciens se sont acharnés sur des patriotes dans leur caserne de Perpignan". — Le Travailleur Catalan, hebdomadaire du PCF, 22 novembre 1946. — Témoignages de Ferdinand Baylard (1978) et de Fernand Cortale (1974), anciens militants pivertistes de Perpignan. — Entretiens avec Marcel Mayneris, ancien secrétaire fédéral administratif de la SFIO (juillet 1982, 6 octobre 1982, 10 juillet 1983).

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