PUERTO BURGOS Fidel, alias « commandant Rámon »

Par André Balent

Né le 16 mai 1910 à Alcuéscar (province de Cáceres, Estrémadure, Espagne), mort en action de combat entre le 19 et le 28 octobre 1944 au Val d’Aran (Catalogne, Espagne) ou dans les jours qui suivirent le 12 novembre en Ribagorça (province de Lérida, Catalogne et province de Huesca, Aragon) ; militaire de l’Armée populaire de la République espagnole (1936-1939) ; militant du Parti communiste d’Espagne (PCE) ; résistant de l’Ariège affilié à l’UNE (Unión nacional española) et à l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles) ; cadre du 3e bataillon de la 3e brigade (Ariège) de l’AGE ou maquis espagnol de la Crouzette (commune d’Esplas-de-Sérou, Ariège) ; chef d’état-major de le 264e brigade de l’AGE engagée au Val d’Aran

Fidel Puerto naquit à Alcuéscar, un gros village d’Estrémadure, quasiment au centre géographique de cette région, au sud de la province de Cáceres, à la limite de celle de Badajoz. On ignore ses antécédents familiaux et professionnels jusqu’à la guerre civile (1936-1939). Il était marié. On sait peu de choses, aussi, sur sa participation à ce conflit si ce n’est qu’il fut « militaire » dans le camp républicain (l’était-il antérieurement ?). Au début de 1939, il appartenait à coup sûr à une unité engagée en Catalogne puisque, lors de la Retirada, il entra en France, dans les Pyrénées-Orientales et fut interné au camp d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). Sans doute avait déjà adhéré au PCE.

Le 16 octobre 1940, il quitta le camp d’Argelès-sur-Mer et intégra la 124e CTE (compagnie de travailleurs étrangers) sur laquelle on sait peu de choses. Transformées par Vichy à l’automne 1940 en groupements de travailleurs étrangers (GTE), elles connurent des destins divers. Fidel Puerto finit par aboutir en Ariège, dans le Couserans. Il n’a pas perdu le contact (ou a pu renouer) avec le PCE ce qui lui permit d’adhérer à ses organisations de masse, créées dans la clandestinité, l’UNE et l’AGE. Lorsque l’AGE créa un bataillon (le 3e) de de sa 3e brigade (Ariège), on mit visiblement à profit ses antécédents militaires afin d’encadrer le maquis créé à proximité du col de la Crouzette. Il en fut de même pour Alfonso Mohedano.

Au maquis espagnol de la Crouzette (un maquis français des FTPF était installé à proximité de celui de l’AGE et agissait de concert avec lui), Fidel Puerto était l’adjoint d’Alfonso Soto (alias « Barbero »). Le troisième, dans la hiérarchie était Alfonso Mohedano un autre communiste. Le quatrième, issu de la CNT était Aquilino Baselga qui avait sans doute acquis des compétences militaires dans les rangs de l’Armée populaire de la République espagnole. Dans le cadre des opérations du maquis de la Crouzette, Baselga participa au dur combat victorieux du 21 juillet 1944 contre les forces allemandes, de Vichy (Groupes mobiles de réserve, GMR) et des collaborationnistes ultra (Milice et PPF saint-gironnais), avec la participation de l’intendant de police milicien de Toulouse, Pierre Marty.

Mais, quelques jours plus tôt, le 15 juillet, il fut mêlé aux expéditions décidées par les directions des deux maquis, espagnol et français, de la Crouzette pour arrêter dans divers villages du piémont septentrional de l’Arize de vrais collaborationnistes ou des civils innocents et des résistants affublés à tort du même qualificatif (Voir Esplas-de-Sérou, col de la Crouzette et les amener devant le « tribunal du peuple » créé par les deux maquis français et espagnol. Une de ces expéditions aboutit aussi au massacre de la Casace (commune de Castelnau-Durban).

Fidel Puerto participa ensuite aux combats de la libération de Saint-Girons (20 et 21 août 1944), puis à ceux de Rimont (21 août) et de Castelnau-Durban (22 août) contre la colonne allemande qui, après avoir quitté Saint-Girons, poursuivait sa route vers Foix mais dut capituler après la destruction de Rimont (21 août) et après avoir été mise en échec par l’ensemble de la Résistance ariégeoise renforcée par des effectifs venus de l’Aude et de la Haute-Garonne. Dans l’ouvrage dirigé par Narcís Falguera (op.cit, p. 123), on affirme, de façon erronée, que Fidel « Bueno » (sic) Burgos fut une des victimes de la Libération de Saint-Girons.

Après la Libération de la ville, Fidel Puerto fut désigné commandant militaire de la place de Saint-Girons, fait exceptionnel car ces fonctions étaient en principe réservé à un résistant français et non à un étranger. Il fut bientôt appelé à participer à l’opération Reconquista de España. Il devint le chef d’état-major de la nouvelle 364e brigade de l’AGE formée, pour l’essentiel, à partir du 3e bataillon de la 3e brigade, celui du Couserans et de la Crouzette.

Le 14 octobre 1944, une partie de la 468e brigade pénétra en Espagne, dans le Val d’Aran, depuis le village pyrénéen de Sentein (Couserans, Ariège). Ils traversèrent avec difficulté le territoire aranais, d’est en ouest, pour atteindre sur le versant sud des Pyrénées (le Val d’Aran, rattaché à l’Espagne, forme la haute vallée de la Garonne), la vallée de la Noguera Ribagorçana, au niveau du tunnel routier de Vielha qui unit cette vallée au Val d’Aran. Après le départ vers la France du commandant de la brigade, Mohedano, souffrant, il Fidel Puerto le remplaça à ce poste, et son adjoint à l’état-major, Ricard Escrich, son second.

Emilia Sánchez Andrieu (op.cit., 2006) a publié des extraits des souvenirs de son père Miguel qui participa à l’expédition de l’AGE au Val d’Aran. Il assista aux derniers jours de Fidel Puerto qui mourut des suites de blessures alors que, apparemment, ils se trouvaient déjà sur le versant sud de la chaîne des Pyrénées (le Val d’Aran est au nord), dans la vallée de la Noguera Ribagorçana. À la p. 15, on trouve cet extrait : « Un jour, ainsi qu’à l’habitude, nous nous séparâmes. Certains partirent avec le
capitaine Ramón
[Fidel Puerto Burgos]. Ils s’arrêtèrent dans une maison. Pendant qu’ils mangeaient d’autres soldats arrivèrent. Ils crurent que c’étaient des leurs. Hélas ! C’étaient des franquistes. Ramón empoigna rapidement son pistolet mitrailleur mais celui-ci s’enraya et l’autre lui tira dessus, le blessant grièvement. » Aquilino Baselga le remplaça à la tête de la brigade contrainte de se disperser afin d’obéir à l’ordre de repli (28 octobre 1944) vers la France ordonné par Vicente López Tovar. Puerto aurait été mortellement atteint le 12 novembre 1944, lors de la dispersion de la brigade et son retour en France, par petits groupes jusqu’à la mi-décembre 1944.

Il n’y a pas de dossier à son nom au Service historique de la Défense, ni à Vincennes, ni à Caen.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article248517, notice PUERTO BURGOS Fidel, alias « commandant Rámon » par André Balent, version mise en ligne le 30 mai 2022, dernière modification le 23 juin 2022.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 1260 W 55, fiches d’internés au camp d’Argelès-sur-Mer. — Arch. dép. Ariège, 64 J 123, fonds Claude Delpla, tableau des maquisards de la Crouzette (AGE). — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2019, 514 p. [p. 40, 263]. — Narcís Falguera (dir.), Guérilleros en terre de France. Les républicains espagnols dans la Résistance française, Pantin, Le Temps des cerises, 2004, 316 p. [p. 118, 123]. — Ferran Sánchez Agustí, Maquis en el Alto Aragón. La guerrilla española. La guerrilla en los Pirineos centrales (1944-1949), Lérida, Editorial Milenio, 2011, 391 p. [p. 24-30]. — Emilia Sánchez Andrieu, Parcours du guérillero Miguel Sánchez lors de l’opération du Val d’Aran, Saint-Girons, édition à compte d’auteur, 26 p., 2006 [p. 7, 15] (PDF en ligne).

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