FOUCHÈRE Berthe. Pseudonymes : « La Rebelle », TAURY Irma

Par Gilles Morin Justinien Raymond

Née le 25 janvier 1899 à Urzy (Nièvre), morte le 20 avril 1979 à Montataire (Oise) ; institutrice ; syndicaliste et militante socialiste SFIO, PSA, PSU puis PS de la Nièvre et de l’Oise.

Fille d’un charpentier, Berthe Fouchère, institutrice dans la Nièvre, qui exerça notamment à Poil, entra, au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans l’action syndicale, alors illégale pour les fonctionnaires, et dans l’action politique au sein du Parti socialiste SFIO. Elle siégeait à la Bourse du Travail de Nevers, étant trésorière du Syndicat des instituteurs. Elle collaborait au Socialiste nivernais sous le pseudonyme de « La Rebelle » puis d’« Irma Taury » et attaquait sur tous les plans la politique du Bloc national. Elle défendait l’amnistie, luttait contre la politique de classe au-dedans et contre l’occupation de la Ruhr au-dehors ; elle défendait l’Union soviétique et préconisait l’adhésion à la IIIe Internationale. Acquittée d’abord par le tribunal correctionnel de Nevers, elle fut néanmoins suspendue de ses fonctions et poursuivie à nouveau en janvier 1923 pour deux articles de novembre 1921 et d’avril 1922, articles dirigés contre la loi de 1920 réprimant toute propagande anticonceptionnelle.

Rayée des cadres de l’enseignement, elle travailla à l’étranger en Algérie, en Roumanie, en Allemagne. Selon le témoignage de Jean-Pierre Biondi, après avoir quitté le Parti communiste, Berthe Fouchère rallia la « Deuxième Internationale et demi » dont le leader était Otto Bauer. Elle travailla à ses côtés presque deux ans à Vienne (sur les questions féminines notamment). Bauer fut, avec Marceau Pivert, la grande référence de sa vie idéologique. Elle y gagna une formation élargie et une connaissance de la langue allemande.

Réintégrée dans l’enseignement en 1925, elle fut nommée à Thury-sous-Clermont (Oise) ; elle termina sa carrière à Montataire. Militante très active de l’École émancipée, elle le fut au plein sens du terme, par la parole et par la plume. Elle combattit vivement les communistes qui la traitaient de « renégate ». Elle collabora au Cri populaire de l’Oise, au Populaire, organe de la SFIO. Elle signa la motion de l’Oise parue dans Antiguerre, bulletin social d’études et d’action pacifistes d’avril-juin 1933 qui se terminait par ces mots : « En cas de mobilisation, grève générale, refus de partir et insurrection ». Elle fut déléguée à plusieurs congrès nationaux, notamment au XXXIIe (Mulhouse, juin 1935), à Paris en 1936, où elle se dressa « contre toutes les guerres », et au XXXIVe (Marseille, juillet 1937) où elle défendit la motion Marceau Pivert* réclamant un « Front populaire » de combat et condamnant la participation socialiste au cabinet Chautemps. Elle se rangeait dans la tendance de gauche du Parti socialiste, la « Bataille socialiste » d’abord. Mais elle s’en séparait par son pacifisme qui voulait empêcher la guerre par l’insurrection. Aussi suivit-elle Marceau Pivert à la « Gauche révolutionnaire ». Mais lorsque ce dernier et ses amis furent exclus par le congrès de Royan, elle demeura et appela à demeurer au sein du Parti socialiste. Elle avait appartenu au comité de rédaction de la Tribune des femmes socialistes publiée à partir de janvier 1936 par le Comité national des femmes socialistes. En 1937 et 1938, elle fut élue suppléante à la commission administrative permanente du Parti socialiste. Elle fut déléguée fédérale de la motion "Redressement" en février 1939. Le 22 avril 1938 dans Juin 1936, dans un article, elle indiquait que le rassemblement de minorités dans le cadre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes devait s’effectuer "dans la paix" et que, notamment en raison de l’absence de démocratie en Tchécoslovaquie, « si les Allemands des Sudètes réclament leur rattachement au Reich, nous ne pouvons être contre » (cité dans le rapport sur le trotskisme, 28 juillet 1938).

Déplacée en Bretagne puis révoquée par le gouvernement de Vichy, elle fut réintégrée à la Libération et retrouva son poste à Montataire au groupe scolaire de filles.

Après la Libération, elle fut chargée au niveau départemental des Groupes socialistes d’entreprise et, opposée à la mainmise communiste sur les syndicats, fut membre du comité d’organisation de FO lors de la scission. Elle avait été élue en avril 1947, sur la liste CGT, membre du conseil d’administration de la caisse d’allocations familiales de l’Oise. Elle fut élue membre du bureau de l’Union départementale CGT-FO de l’Oise lors de son congrès constitutif, en janvier 1948. En avril 1949, elle ne figurait plus dans les instances dirigeantes de cette UD.

_Berthe Fouchère appartint à la commission féminine nationale de la SFIO de 1947 à 1958, fut secrétaire générale de celle-ci de 1948 à 1952 et la représenta à la conférence féminine internationale de Copenhague en 1950. Toutefois en 1957, lors d’une réunion à Puteaux pour la Journée internationale des femmes, elle fut annoncée comme secrétaire nationale des femmes socialistes SFIO.

Dans l’Oise, elle figura sur la liste SFIO aux élections à la deuxième Assemblée nationale constituante en juin 1946. Elle n’était pas membre de la commission administrative élue en février 1945 à l’issue du premier congrès départemental tenu depuis la Libération mais le devint en décembre 1945. Elle fut déléguée aux congrès nationaux de 1951 et 1953.

Fidèle à son passé, elle condamna l’évolution de la SFIO, la dérive vers la « troisième force », les guerres coloniales.

Minoritaire, elle fut candidate non élue au comité directeur en 1947, 1949, 1953 et 1956, étant la deuxième non élue au congrès de 1953.
Elle appartint enfin à la commission des affaires internationales depuis 1945.

Ayant quitté la SFIO avec ceux qui formèrent le Parti socialiste autonome, Berthe Fouchère fut responsable fédérale du PSA en décembre 1958, celle-ci comprenant une centaine d’adhérents un an plus tard. Elle représenta le parti aux élections législatives de 1958 et participa à la campagne du mouvement pour la défense de la laïcité. Elle se présenta pour siéger à la CAP au congrès de Montrouge d’avril 1959, mais fut simplement élue à la délégation du congrès en mai 1959. Déléguée au deuxième congrès national du PSA qui précéda la fusion avec l’UGS et le groupe Tribune du communisme en mars 1960, elle fut élue secrétaire de la fédération du PSU à sa fondation en 1960 et jusqu’en 1967 au moins. Elle fut candidate aux élections cantonales à Neuilly-en-Thelle en 1964 et obtint 259 voix sur 8 349 inscrits et 5 213 suffrages exprimés, loin derrière le communiste Vogel (1 889 voix) et le socialiste Michel (615), elle ne fut pas candidate au second tour.

Elle était responsable de la Ligue de l’enseignement.

Elle fut de ceux qui rejoignirent le Parti socialiste rénové après 1971 sous l’impulsion de François Mitterrand*. Elle fut secrétaire de la fédération de l’Oise, chargée de l’information et de la coordination. Elle avait un haut souci de culture et elle organisa les journées du Livre à Saint-Leu-d’Esserent, avec un plein succès en décembre 1978.

Âgée, elle vivait en solitaire, 67 rue Jean-Jaurès, à Montataire, où on la trouva inanimée le 20 avril 1979. Le 25 avril, elle fut enterrée au cimetière du Plessis, à Creil, en présence de François Mitterrand*.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24858, notice FOUCHÈRE Berthe. Pseudonymes : « La Rebelle », TAURY Irma par Gilles Morin Justinien Raymond, version mise en ligne le 6 mars 2009, dernière modification le 19 juillet 2012.

Par Gilles Morin Justinien Raymond

SOURCES : RGASPI, 517 1 1884.— Fondation Jean Jaurès, 12 EF 60. — Frank Georgi, La première « Bataille socialiste », Histoire et portrait d’une tendance dans le Parti socialiste, 1927-1935, mémoire de maîtrise, Paris I, 1983. — Le Syndicalisme dans l’enseignement. Histoire de la Fédération de l’Enseignement, des origines à l’unification de 1935, coll. « Documents de l’Institut d’Études politiques de Grenoble, p. 235, 271, 292. — Les journaux cités dans la biographie. — L’Ouvrière, 1922-1923. — La Femme socialiste, 1927-1939. — Comptes rendus des congrès de 1935 et de 1937 du Parti socialiste SFIO — Le Courrier picard, édition de l’Oise, 21-22 avril 1979. — L’Unité, hebdomadaire du Parti socialiste, 11-17 mai 1979. — Le Réveil Républicain de l’Oise,28 janvier 1948. — Force Ouvrière, hebdomadaire de la CGT-FO, 29 janvier 1948. — DBMOF, notice de J. Raymond. — Notes de J-P Besse, M. Botella, M. Dreyfus, É. Fruit, J.Girault, G. Mader, et Cl. Pennetier.

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