LAFIÈVRE Henri

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 21 mai 1903 à Saint-Méry (Seine-et-Marne), mort le 10 mars 1958 à Paris ; facteur des PTT domicilié à Valenton (Seine-et-Oise, Val-de-Marne) ; militant socialiste puis trotskiste, syndicaliste CGT puis autonome.

Henri Lafièvre
Henri Lafièvre
Communiqué par sa fille, Jeannine Ramelet.

Issu d’un milieu paysan (Théophile Lafièvre et Louis Martin), orphelin à l’âge de trois ans, placé dans une famille d’accueil, Henri Lafièvre travailla aux champs tout en fréquentant l’école primaire de Saint-Méry. Bon élève, il obtint le certificat d’études primaires, fut un temps apprenti chaudronnier, et réussit à entrer dans les PTT, le 1er juillet 1928, comme facteur intérimaire. L’administration le nomma à Paris en mai 1929 et il s’installa dans une bicoque d’un lotissement de la banlieue sud-est, à Pompadour, commune de Valenton (Seine-et-Oise). Marié, le couple eut quatre enfants : Daniel (né le 14 décembre 1927 à Montereau), Monique, Jeannine, Bernard.
C’est un homme d’un mètre 65, châtain, les yeux marrons.

Facteur intérimaire à Montereau (1928-1929), puis dans le XIIe arr. de Paris en 1929, à Saint-Maur et Créteil en 1930, devenu facteur à Choisy-le-Roi en 1931, il s’intéressa à l’action du Parti communiste dans cette ville avant de s’inquiéter de sa politique « sectaire » et de rallier le Parti socialiste SFIO. C’est vers 1932-1933 qu’il constitua une section socialiste à Valenton, localité où habitaient de nombreux cheminots de Villeneuve-Saint-Georges. Sa liste s’opposa sans succès à celle du Parti communiste lors des élections municipales de mai 1935. Ses sympathies allaient à la Gauche révolutionnaire du Parti socialiste où il fit connaissance de militants trotskistes.

Secrétaire de la section CGT des employés des PTT de la banlieue sud en 1935, Henri Lafièvre participa au congrès de fusion des Fédérations unitaire et confédérée au début de l’année 1936, mais, selon le témoignage de son fils, « il adopta une attitude critique face aux embrassades de la réunification et au partage des places entre réformistes et ex-unitaires ». Les fonctionnaires étant restés à l’écart des grèves de juin 1936, c’est sur le plan de la politique locale qu’il déploya son activité. La section socialiste locale organisa des réunions avec le Parti communiste français et contribua à la création d’un patronage laïque. Henri Lafièvre n’était pas en accord avec l’ensemble de la politique gouvernementale, mais il ne cachait pas son admiration personnelle pour Léon Blum, aussi certaines critiques de ses amis trotskistes qui rejoignirent le Parti ouvrier internationaliste le heurtaient. Il quitta le Parti SFIO en 1938 pour adhérer au Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert. Dans les débats internes, son soutien alla aux thèses trotskistes. Il rejoignit le POI au début de la guerre et milita avec Marcel Pennetier qui tirait dans sa cave du 17 rue de Normandie à Créteil le journal La Vérité.

Facteur dans le XIIIe arr., il utilisa les possibilités que lui offrait son travail pour distribuer des tracts dès 1941. En octobre 1943, l’organisation clandestine trotskiste fut touchée par une vague d’arrestations dont firent partie Marcel Hic, Roland Filiâtre et Yvonne Filiâtre. Tous trois déportés, Marcel Hic mourut à Elrich.

À la Libération, son engagement dans le Parti communiste internationaliste fut complet. Il créa la cellule locale de Choisy-le-Roi et se présenta aux élections législatives de novembre 1946 en Seine-et-Oise. Son parti lui demanda également de prendre la parole dans des réunions publiques du XIIIe arr.

Militant actif de la Fédération postale CGT, il entraîna le bureau central du XIIIe arr. dans la grève, début août 1946. Le comité central de grève réuni les 16 et 17 août à Montrouge repoussa sa motion du « Front ouvrier », « pour le redressement de la CGT », par 99 mandats contre 24. Une scission intervint en octobre : Henri Lafièvre représenta les positions syndicalistes révolutionnaires du « Front ouvrier » au Comité de vigilance pour la défense de la démocratie et de l’indépendance syndicale ; mais, en décembre 1947, il refusa de rejoindre FO et resta secrétaire de la section CGT de Paris XIIIe arr. Il siégea comme minoritaire à la commission exécutive et participa activement aux grèves de décembre 1947. Abandonnant la tactique traditionnelle trotskiste du redressement de la CGT, il rejoignit le syndicalisme autonome en construction, fin 1952. La grande grève d’août 1953 le trouva parmi les dirigeants de la Fédération nationale des syndicats autonomes (FNSA) et fut un animateur de l’intersyndicale avec le cegétiste Georges Frischmann, en contact, au sein du PCI, avec la tendance Chaulieu (qui donnera naissance à Socialisme ou Barbarie) Henri Lafièvre ne suivit pas ses amis hors du parti en 1948. Il quitta le PCI au début des années 1950 tout en restant en contact avec les militants trotskistes. André Marty, exclu du Parti communiste, prit son fils Daniel Lafièvre (mort le 27 février 2022 à 93 ans) comme secrétaire parlementaire et correspondit avec lui. Il avait également trois autres enfants, Jeannine, épouse Daniel Ramelet, décédée le 16 avril 2021, Monique Joachim, morte le 29 décembre 2021, Bernard Lafièvre, mort le 4 mars 2019.

Tombé gravement malade à l’automne 1957, Henri Lafièvre dut cesser son activité. Il mourut le 10 mars 1958 à l’hôpital Lariboisière à Paris (Xe arr.).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24887, notice LAFIÈVRE Henri par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 7 mars 2009, dernière modification le 29 mai 2022.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Henri Lafièvre
Henri Lafièvre
Communiqué par sa fille, Jeannine Ramelet.
Henri Lafièvre assis à gauche de Georges Frischmann pendant la grève d'août 1953
Henri Lafièvre assis à gauche de Georges Frischmann pendant la grève d’août 1953
Pendant la grève d’août 1953, conférence nationale des comités d’unité des PTT : 1er rang, Henri Lafièvre (autonome), Georges Frischmann, Sevegrand (FO) , X.
2e rang : Faivre (autonome), Mme Gaucherand (autonome), Raynal (Ind), Mlle Le Guilloux (Ind), Flament (CFTC), Courtal (FO).
Henri Lafièvre jeune (à droite) tenant le journal L’Égalité
Henri Lafièvre facteur dans le XIIIe arr.
Repas entre amis politiques à la fin des années 1940, Henri Lafièvre (troisième à gauche), Marcel Pennetier (deuxième à droite)

SOURCES : Arch. André Marty (J. Maitron). — La Vérité, notamment le numéro du 24 mai 1946. — Front ouvrier, décembre-janvier 1948. — Front ouvrier des PTT Paris XIIIe, n° 2, octobre 1947 (correspondance : Henri Lafièvre, Paris XIIIe), journal conservé à la BDIC. — PTT, organe de la fédération nationale des syndicats autonomes des PTT, avri-mai 1958 (article sur la décès d’Henri Lafièvre, historique par Louis Portès de son rôle dans la passage à l’autonomie). — Yves Le Braz [Gérard Guégan], Les rejetés. L’Affaire Marty-Tillon, 1974, 282 p. — J. Pluet-Despatin, La presse trotskyste en France de 1926 à 1968, Éd. MSH-PUG, 1978. — Témoignages de militants. — Renseignements fournis par son fils Daniel Lafièvre.

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