FREYSSINET Jacques

Par Alain Monchablon

Né le 26 juillet 1937 à Jœuf (Meurthe-et-Moselle) ; universitaire spécialiste des questions sociales ; syndicaliste étudiant du Rhône, président national de l’UNEF, syndicaliste SNESup, militant du PSU de l’Isère ; conseiller municipal de Saint-Égrève (Isère) puis de Gières (Isère).

[Coll. privée J. Freyssinet, photo transmise par A. Dalançon]

Né en Lorraine mais précocement installé à Lyon (Rhône), Jacques Freyssinet était fils d’un aide comptable ensuite établi à son compte et d’une institutrice devenue comptable, soit une famille peu politisée. De tradition catholique, il fréquenta la Paroisse universitaire (indépendante de la JEC) dès son arrivée à la faculté de Droit à la rentrée 1954, pensant d’abord devenir expert comptable ; il en devint le coresponsable en 1956-1957. En 1957-1958, il fut élu vice-président de l’Association générale des étudiants (AGE) de Lyon, la plus importante des associations de l’UNEF et qui avait contribué au triomphe de la gauche « mino » au sein de cette dernière.

Sans appartenance politique, Jacques Freyssinet se consacra au militantisme syndical, grandement fait de gestion de services matériels, ce qui n’excluait pas des engagements essentiels, tant contre la guerre d’Algérie que sur la démocratisation de l’enseignement. Président de l’AGE de Lyon en 1958-1959, il fut licencié et diplômé, lorsqu’il dut accepter en juillet 1959 la présidence nationale de l’UNEF, le président élu à Pâques ayant vu son sursis militaire résilié. Il fut ainsi un des rares présidents de l’UNEF d’origine provinciale. Aussitôt élu, il dut faire face à la crise des sursis, remis en cause à l’été 1959 par le gouvernement. L’active défense des sursis étudiants, en liaison avec les confédérations syndicales, sans justifier le privilège étudiant d’alors, mena le milieu étudiant à contester majoritairement la guerre en Algérie. Fort de ce succès (les sursis furent rétablis), Jacques Freyssinet poussa l’UNEF, à son congrès du printemps 1960, à demander des négociations avec le FLN et à préparer la réconciliation publique avec les étudiants nationalistes algériens ; lui–même n’avait pas craint, en janvier 1960, de rencontrer publiquement les dirigeants de l’UGEMA réfugiés à Tunis. L’UNEF était alors à son apogée.

À l’été 1960, la période étudiante était terminée pour lui. Marié (sa femme, étudiante en droit, était aussi à l’AGE de Lyon), il déclina les sollicitations politiques à l’issue de son mandat et, thèse achevée (1963), poursuivit une carrière universitaire vouée aux questions sociales, d’abord à l’Institut du Travail de Strasbourg (1960-1963), puis à Grenoble (1965-1979), enfin à Paris où, professeur à Paris I, il fut directeur de l’Institut des sciences sociales du Travail (1979-1988), puis mis à disposition pour diriger l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) de 1988 à sa retraite en 2002. Ses activités et ses nombreux travaux universitaires portent en effet sur l’emploi et le chômage. À ce titre, il présida le conseil d’administration de l’ANPE de 1981 à 1987.

Dans les années grenobloises, outre les activités syndicales au SNESup et à la FEN, il fut élu conseiller municipal de Saint-Égrève (Isère) sur une liste de gauche unitaire, chargé des finances, et adhéra alors au PSU. Mais lorsqu’il fut élu en 1977 (après un échec en 1971) à Gières, autre commune proche de Grenoble, il ne renouvela pas son adhésion. Après avoir quitté Grenoble, il ne sollicita pas d’autres mandats.

En 2009, Jacques Freyssinet était membre du comité de direction de la revue Le Mouvement Social depuis 1980 et membre du jury du Prix Jean Maitron.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24890, notice FREYSSINET Jacques par Alain Monchablon, version mise en ligne le 7 mars 2009, dernière modification le 21 mars 2009.

Par Alain Monchablon

[Coll. privée J. Freyssinet, photo transmise par A. Dalançon]

ŒUVRE : (en collaboration avec Henri Hatzfeld), L’emploi en France, Éditions Économie et Humanisme, 1964, 271 p. — Le concept de sous-développement, Paris-La Haye, Éditions Mouton, 368 p., 1re éd. 1966, 5e ed. 1980. — Politiques d’emploi des grands groupes français, Presses universitaires de Grenoble, 1982, 235 p. — Le chômage, Paris, Éditions La Découverte, 128 p., 1re éd. 1984, 11e éd. 2004. — Pour une prospective des métiers et des qualifications, Rapport du groupe de travail présidé par Jacques Freyssinet, Commissariat général du Plan, La Documentation Française, septembre 1991, 236 p. — Le temps de travail en miettes : vingt ans de politique de l’emploi et de négociation collective, Paris, Éditions de l’Atelier, 1997, 272 p. — Travail et emploi en France. État des lieux et perspectives (avec la collaboration de Jean-Louis Dayan, Annette Jobert et Pierre Volovitch), Paris, La Documentation française, 2006, 139 p.

SOURCES : Arch. de l’UNEF déposées à la BDIC et aux Arch. Nat. — Entretien des 29 avril et mai 1981 avec l’auteur. — Entretien du 29 novembre 1993 avec Jean-Yves Sabot.

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