GÉRARD Isabelle

Par Bernard Thiéry

Née le 25 juin 1959 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; analyste-programmeur, formatrice au CUCES de Nancy, puis professeure de lettres en collège ; militante du comité Rouge lycéen à Nancy, militante au MAS puis à l’UNEF-ID ; militante à la LCR de 1977 à 1982 puis de 1992 à 2009, membre du comité central en 1999-2000 ; militante féministe ; militante du PS de 1982 à 1991, secrétaire de la section de Nancy de 1987 à 1990, conseillère municipale de 1989 à 1995 ; militante syndicaliste CFDT de 1983 à 1989, puis du SNES-FSU tendance EE à partir de 1995, membre de la CA académique du SNES et du conseil délibératif départemental de la FSU jusqu’en 2021.

Isabelle Gérard
Isabelle Gérard

Son père, né à Neufchâteau (Vosges) en 1935, était fils d’un ingénieur de la sidérurgie, lui-même fils d’épiciers, et sa mère « femme au foyer ». Après vingt années d’enseignement comme professeur de lettres classiques, il devint directeur de plusieurs centres régionaux de documentation pédagogique (CRDP). Il avait milité à l’UNEF notamment contre la guerre d’Algérie, été proche du PSU de Michel Rocard puis avait adhéré au SGEN-CFDT, en opposition à ses parents qui étaient de droite.

Sa mère, née à Nancy en 1936, était fille d’agriculteurs ; elle avait assuré la comptabilité de l’exploitation agricole de ses frères puis, au gré des mutations professionnelles de son mari, été employée dans divers rectorats.

Les parents d’Isabelle Gérard étaient des « cathos de gauche », militants du mouvement d’éducation populaire « Vie nouvelle » dans les années 1970. Elle avait un frère et trois sœurs qui devinrent respectivement, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), travailleuse en infographie, cadre de la Fonction publique territoriale, technicienne commerciale dans l’industrie du meuble.

Isabelle Gérard effectua sa scolarité élémentaire, de 1965 à 1970, à l’école privée catholique Notre-Dame de Lourdes à Nancy, ce qui contribua paradoxalement à forger son anticléricalisme. Ses études secondaires se déroulèrent au collège-lycée Georges de la Tour à Nancy. En 1973, au lycée, elle rencontra Gérard Billy, son professeur d’allemand, cadre de la Ligue communiste (LC) puis d’autres militants de cette organisation, tels que Paul et Michaël Lévy et François Horn.

Ses débuts de militante s’effectuèrent avec les actions de solidarité avec le peuple chilien après le coup d’État de Pinochet de septembre1973. Elle s’impliqua fortement dans les grèves lycéennes contre les lois Debré et Fontanet en 1973 puis contre la loi Haby en 1975. Elle devint militante du comité Rouge lycéen qui publiait La Brèche, petit journal ronéotypé diffusé dans les lycées de l’agglomération. Les comités Rouge poursuivaient autour de son hebdomadaire Rouge, l’activité de la LC dissoute après la manifestation du 21 juin 1973 contre le meeting raciste d’Ordre nouveau. Isabelle Gérard milita dans le « groupe femmes » créé en 1974, participa aux campagnes nationales pour le droit à l’avortement et à la contraception, pour la pénalisation du viol, contre les publicités sexistes.

Elle obtint son baccalauréat (série D) en juin 1977, quitta le foyer familial et, à partir de la rentrée de septembre, suivit des études de lettres à Nancy puis à Reims (Marne) jusqu’à la licence obtenue en septembre 1981. Elle milita au MAS (Mouvement d’action sociale) puis à l’UNEF-ID et en 1977 adhéra à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) créée en décembre 1974, vendit Rouge sur la faculté, contribua à la création des Jeunesse communistes révolutionnaires (JCR), participa aux différentes campagnes de la LCR, telles celles en soutien à la révolution nicaraguayenne en 1979, à Solidarnosc en 1981. De septembre 1981 à septembre 1982, elle prépara un DUT d’informatique à l’IUT de Reims. Pendant ses études à Reims, elle poursuivit ses activités féministes. Elle dut financer ses études par différents emplois précaires.

En juin 1982, elle revint à Nancy. À la fin de l’année, elle adhéra au Parti socialiste (PS) dans le courant de Jean Poperen.
En janvier 1983, elle fut embauchée comme analyste-programmeur à la Société nationale des aciéries de Pompey (SNAP), entreprise de plus de 3 000 salariés. Elle adhéra dès 1983 à la section d’entreprise de la CFDT. Elle apprit la fonction de déléguée du personnel auprès de Bernard Ancé et de Jean Leblanc était ministre des Droits des femmes du gouvernement Mauroy et jusqu’en 1987, pendant les années de cohabitation, lorsque la loi du 19 juin 1987 portée par Philippe Seguin, ministre des Affaires sociales et de l’Emploi abandonna la perspective de réduction du temps de travail et s’engagea dans la flexibilisation du travail, ouvrant le débat sur le travail de nuit des femmes jusqu’alors interdit. Elle démissionna du PS en 1991, après la décision de François Mitterrand et du gouvernement Rocard d’intervenir militairement en Irak.

Elle adhéra à nouveau à la LCR en 1992, participa avec Gérard Billy à l’action de l’ALSPEY (Association lorraine de solidarité avec les peuples de l’ex-Yougoslavie) au moment de la guerre en ex-Yougoslavie. Elle participa à une rencontre internationale du « Réseau femmes noires » à Belgrade (Serbie) puis, en 1995, à un convoi de solidarité internationale pour la ville de Tuzla (Bosnie-Herzégovine), organisé principalement par des militants trotskistes français, anglais et espagnols de différents courants.

Aux élections municipales de juin 1995, elle fut en tête de la liste « Nancy 100% à gauche » avec Marielle Aynault, militante anti-fasciste. Elle fut à nouveau tête de liste aux élections municipales de 2001, avec Michel Ancé, militant CGT (3,46% des voix).

En juin 1995, Isabelle Gérard obtint le CAPES de lettres et enseigna au collège de Gondrecourt-le-Château (Meuse) puis dans le quartier d’habitat social du Haut-du-Lièvre à Nancy au collège Claude Le Lorrain et enfin au collège Jean Moulin de Tomblaine (arr. de Nancy) jusqu’en février 2021.

En 1995, suite aux mobilisations contre les réformes Juppé portant sur les retraites et la sécurité sociale, Isabelle Gérard fit partie des nombreux militants qui quittèrent la CFDT. Elle rejoignit le SNES-FSU, et adhéra à la tendance École émancipée (EE).
Elle participa à la longue grève contre la réforme des retraites en 2003. Dans son établissement, elle animait le travail syndical et, pour construire les mobilisations, militait pour l’unité syndicale et la jonction entre les établissements du secteur.
Elle fut membre de la direction de ville de la LCR de 1995 à 2005 et siégea à son Comité central (CC) en 1999 et 2000. Entre 2000 et 2005, elle était membre d’une cellule de la LCR, construite à Pompey, qui disparut à l’auto-dissolution de la LCR en janvier 2009, précédent la fondation du NPA. Isabelle Gérard vota contre la dissolution de la LCR, n’adhéra pas au NPA et resta adhérente de la section française de la Quatrième internationale.

Elle fut membre de la commission administrative académique (CAA) du SNES-FSU et du conseil délibératif départemental de la FSU jusqu’en 2021. En 2022, elle restait adhérente du SNES-FSU et représentait son syndicat dans le réseau Education sans frontières (RESF) de Nancy et contribuait à l’animation d’un collectif de solidarité avec les migrants sur le bassin de Pompey.

Depuis juin 2000, Isabelle Gérard partageait sa vie avec Alain Chartier.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article248951, notice GÉRARD Isabelle par Bernard Thiéry, version mise en ligne le 16 juin 2022, dernière modification le 16 juin 2022.

Par Bernard Thiéry

Isabelle Gérard
Isabelle Gérard
Manifestation des JCR et LCR : Isabelle Gérard à droite vendant Rouge
Militante de la Cdft à Pompey, au premier plan en pantalon
Au premier rang à gauche, formatrice au CUCES

SOURCES : Renseignements et documents fournis par l’intéressée. — Archives SNES et FSU. ; témoignages divers de militants de la FSU. — Jean-Paul Salles, La ligue communiste révolutionnaire 1968-1981 Instrument du Grand soir ou lieu d’apprentissage, Presses universitaires de Rennes, décembre 2005. — Hélène Adam et François Coustal, C’était la Ligue, Syllepse, novembre 2018.

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