DANS André Victor, Joseph. Pseudonyme dans la Résistance : André Malraux, Etienne Marcel, Rimsky.

Par Jules Pirlot

Seraing (pr. et arr. Liège), 31 octobre 1919 – Liège, décembre 1989. Enseignant, militant communiste, dirigeant local du Parti communiste de Belgique, dirigeant local puis régional de la Centrale générale des services publics Enseignement de Seraing, conseiller communal de Seraing, conseiller provincial de Liège.

Né dans une famille de petits commerçants d’opinion socialiste, André Dans poursuit des études d’instituteur à l’École normale Jonfosse de Liège. C’est là qu’il adhère, en 1935, à la section des Enseignants socialistes qui pratique le syndicalisme étudiant dans le cadre du Parti ouvrier belge (POB). En 1939, diplômé instituteur, il remplace le secrétaire de la section des Enseignants socialistes de Seraing parti pour l’armée. Il est secrétaire du groupe provincial des jeunes et étudiants du Rassemblement universel pour la paix (RUP) et fait partie de la délégation liégeoise au congrès de Paris du RUP en 1938. Son désaccord avec la ligne du POB, incarnée par Paul-Henri Spaak* et Henri De Man, et l’expression d’opinions communisantes entraînent son exclusion du parti en 1940.

André Dans adhère alors officiellement au Parti communiste de Belgique (PCB) dont il est membre clandestin depuis 1936. Il assume l’édition des Cahiers rouges des Étudiants communistes et s’occupe de la revue littéraire Antigone. Il travaille comme employé.

André Dans ne figure pas sur la liste des communistes établie par la police et le Parquet. C’est pourquoi il échappe aux arrestations de 1940 et de 1941. Il vit au grand jour et peut s’occuper clandestinement, dans le bassin de Seraing, des Comités de lutte syndicale, des publications communistes et de la constitution du Front wallon qui s’élargira en Front de l’indépendance (FI). Tenté par l’action armée, il entre dans le réseau Solidarité (Croix Rouge du FI) qui n’hésite pas à recourir à la manière forte pour subvenir aux besoins des résistants. Il se sert de l’École normale Jonfosse comme point d’appui de ses actions.
André Dans est contraint de passer à la clandestinité totale en 1942. Le service sanitaire qu’il dirige devient en 1943 le 21ème régiment des Partisans armés (PA). Il est alors adjoint à Robert Lejour, commandant de corps des PA dans la province de Liège. C’est à ce titre qu’il dirige des opérations, en Ourthe-Amblève, destinées à chasser les autorités belges inféodées aux occupants et à mener des actions militaires à l’arrière des armées allemandes en pleine retraite pendant les combats pour la libération de Liège en septembre 1944.

Après la Libération, André Dans devient directeur du journal borain L’Unité patriotique puis se retrouve sans travail. Il habite chez ses sœurs à Horion-Hozémont (pr. et arr. Liège) où il conduit la liste communiste aux élections communales de 1946. Il tente de vivre de sa plume puis trouve enfin un poste d’instituteur à Seraing. Il y rentre en 1948 et devient secrétaire politique de la section du PCB et est élu secrétaire du secteur Enseignement de la Centrale générale des services publics (CGSP) pour Seraing.

André Dans commence une quadruple carrière : instituteur puis maître de morale, responsable syndical, militant politique et écrivain. Malgré la « guerre froide » et sa position difficile de communiste dans un milieu majoritairement socialiste, il tente de garder une ligne de conduite qui garde toutes ses chances à l’unité syndicale. S’appuyant sur une base qui lui est acquise à Seraing suite aux luttes syndicales locales, il devient, en 1957, secrétaire du sous-secteur communal puis, en 1961, secrétaire de tout le secteur Enseignement de la régionale CGSP de Liège conjointement avec le socialiste François Noppens*. Il assume dès lors une série de mandats : bureau de la CGSP liégeoise, présidence de la régionale wallonne de la CGSP Enseignement et enfin présidence de la régionale liégeoise de la CGSP.
Cette période se caractérise par la croissance des effectifs du syndicat des enseignants de la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB – syndicat interprofessionnel) et des succès comme la révision générale des barèmes à la hausse. Retraité en 1973, Dans continue d’assumer des responsabilités syndicales et se spécialise dans la défense des pensionnés.

Sur le plan politique, après les luttes liées à l’affaire royale et l’assassinat de Julien Lahaut, André Dans, comme responsable communiste, participe au déclenchement de la grève de solidarité avec les jeunes miliciens qui refusent la prolongation de leur service militaire à 24 mois. Le mouvement, à Seraing, part du charbonnage de Thier-Potet où le « syndicat unique » des mineurs refuse son intégration à la FGTB. C’est d’ailleurs dans cette mine, la première du bassin à être condamnée à la fermeture, que se déroule une occupation du fond par les grévistes. En 1953, sa section se lance dans un combat pour faire reconnaître la culpabilité patronale dans la catastrophe du Many ce qui permet d’obtenir des indemnités complémentaires pour les veuves et orphelins et une condamnation (avec sursis) du directeur du charbonnage.
En 1958, André Dans est élu conseiller communal mais ne peut siéger vu sa qualité d’instituteur de la commune. En 1962, il devient conseiller provincial. Réélu en 1964, il est vice-président du conseil provincial pour cette législature. Il siège au conseil provincial jusqu’en 1974.
Après les grèves de 1960-1961, André Dans entre au comité central du PCB et accède au bureau politique de 1973 à 1976. Il se pose en conciliateur dans le conflit qui oppose la direction nationale et celle de la fédération liégeoise, sans succès. Sa santé s’est affaiblie. Il annonce en janvier 1976 qu’il abandonne toute activité politique. Fédéraliste, il est également membre du Mouvement populaire wallon (MPW).

André Dans est l’auteur d’une série de livres, romans ou essais inspirés de sa vie militante (voir ŒUVRE). Il est titulaire de nombreuses distinctions belges, britanniques, soviétiques et allemandes (République démocratique allemande - RDA).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article248955, notice DANS André Victor, Joseph. Pseudonyme dans la Résistance : André Malraux, Etienne Marcel, Rimsky. par Jules Pirlot, version mise en ligne le 16 juin 2022, dernière modification le 16 juin 2022.

Par Jules Pirlot

ŒUVRE : Le sang des autres, Liège, Horizons nouveaux, 1944 – Le camarade Fabvre, Liège, Horizons nouveaux, 1946 – « Carrefour », feuilleton publié dans L’Unité patriotique (édition du FI du Borinage fin 1944 - début 1945) – 80 heures au fond de la mine, Bruxelles, SPE, 1954 (récit de la grève en occupation du Thiers-Potet d’après l’agenda du militant Dexelet) – L’école et l’enfant, Bruxelles, SPE,1956 – En deçà du malheur, Liège, Petit pas, Bomal-Biblio, 1966 – Du sang dans les veines, Liège, Biblio,1968.

SOURCES : CArCoB, papiers Pirlot, entrevues avec André Dans en 1984 ; dossier CCP n° 2294 – RIKIR M., « Dans André », dans Site Web : Institut Destrée. The Wallonia policy lab, rubrique « Notices biographiques », s.d. (page consultée le 22 mai 2022).

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