GAILLARDE Raymond [Jean, Raymond, Joseph]

Par André Balent

Né le 5 mars 1888 à Llo (Pyrénées-Orientales), mort le 5 avril 1959 à Llo ; agriculteur ; militant communiste des Pyrénées-Orientales ; résistant.

Raymond Gaillarde naquit dans un petit village de Cerdagne. C’était le fils aîné d’Isidore Gaillarde, cultivateur (trente-quatre ans en 1888), et de Marie Bonaventure Olive, son épouse (trente-six ans en 1888). Il se maria à Llo le 24 février 1914 avec Marie Angèle Olive, de Llo, née le 8 août 1889 et morte le 9 août 1976. Ils eurent une fille qui fut institutrice.

Le 8 octobre 1909, il fut incorporé au 142e Régiment d’Infanterie (unité stationnée à Lodève, Hérault) mais fut réformé dès le 6 juin 1910, par la commission siégeant à Montpellier (Hérault), pour « tuberculose au testicule gauche ». Ayant demandé une pension à l’État, il demeura incorporé jusqu’au 13 septembre 1910 après que, le 12 août, sa demande eut été rejetée par décision ministérielle.

Cette réforme ne l’empêcha pas d’être appelé sous les drapeaux en 1915. Ne s’étant pas présenté au conseil de révision, il fut déclaré « bon absent » et, le 9 novembre 1915, il fut affecté au 81e RI (le régiment de Montpellier), puis, le 28 mai 1917, au 176e RI (régiment en campagne dans les Balkans). À l’Armée d’Orient, il s’embarqua le 17 août 1917, fut rapatrié le 26 janvier 1919 et démobilisé le 1er mai 1919.

Militant du Parti communiste (nous ignorons la date de son adhésion), il demeura très discret, s’impliquant à fond, avant 1939 dans des activités clandestines révélées par l’enquête orale et le recoupement de témoignages. S’il participa peut-être au passage en France d’Asturiens fugitifs, à la suite de la répression de l’insurrection d’octobre 1934, il fut un des maillons essentiels de la « filière cerdane » mise en place par le PC afin d’aider l’Espagne républicaine et d’assurer le passage de la frontière à des volontaires des Brigades Internationales. Cette activité ne put s’épanouir que lorsque le pouvoir de la FAI eut été éliminé de Puigcerdà, en Cerdagne espagnole, à la fin du mois d’avril 1937. En Cerdagne française, il travaillait de concert avec Victor Kapler, selon Josep Mas i Mas dont le témoignage ne recoupe pas celui d’Antoine Cayrol. Il était déjà en contact avec Josep Mas i Tió, militant du PSUC à Ripoll qui s’occupait à la fois du passage de volontaires des Brigades Internationales et de l’acheminement d’armes avec la complicité de douaniers socialistes ou communistes (voir Aubin Cristofol et François Vidal*) qui fermaient les yeux. À partir du 10 mars 1938 et pendant quelques semaines, la levée temporaire par le gouvernement français des exportations de matériel militaire en Espagne républicaine dont une partie – seize avions canadiens « Grumman G-23 » en pièces détachées expédiés du Havre – arrivait par chemin de fer à la gare internationale de Latour-de-Carol, intensifia encore les flux que contrôlaient discrètement de concert Gaillarde et Mas et que dénonçaient avec vigueur le PPF local et le correspondant cerdan du quotidien montpelliérain de droite L’Éclair.

Pendant la Seconde guerre mondiale, Raymond Gaillarde fut un agent efficace des réseaux de passages vers l’Espagne, au service de la Résistance non communiste extérieure, de Londres ou d’Alger. Il était en relation avec le groupe de l’AS à Prades, en particulier avec le sous-préfet Debia, ce dernier membre du réseau « Brutus » très ramifié dans les Pyrénées-Orientales. Il fit partie de « Kléber » qui, en grande partie, recoupait localement « Akak ». Raymond Gaillarde fut un agent actif et un des responsables locaux de ce réseau créé et animé en Cerdagne par Victor Kapler. Raymond Gaillarde fit le lien entre les résistants français et le groupe de guérilleros de Josep Mas i Tió présent dans la commune de Llo à partir de la fin de 1942. Ainsi, se reconstituaient les réseaux qui avaient fonctionné pendant la guerre civile espagnole. Mais d’après Antoine Cayrol, des tensions se seraient manifestées entre Gaillarde et Mas pendant la clandestinité. Raymond Gaillarde fut aussi très proche d’André Parent* (Claude) qui participait aux actions de la même filière cerdane avec le réseau « Akak » (réseau « américain ») et les guerrilleros de Mas. En mars 1943, d’après le témoignage de Claude Parent (Llorenç Torrent, Cercant la llibertat…, p. 131), Raymond Gaillarde cachait dans sa ferme de Llo un radiotélégraphiste canadien qui était en relation avec Londres. Par la suite, il prit des dispositions afin de pouvoir, à tout moment, quitter sa ferme, où il évitait de dormir en permanence, et rejoindre le maquis de Josep Mas. Pour la transmission du courrier d’Akak vers Barcelone, son principal agent était le communiste Méliton Sala*, arrêté en février 1944.

Raymond Gaillarde demeura après la Seconde Guerre mondiale un militant discret du PCF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24930, notice GAILLARDE Raymond [Jean, Raymond, Joseph] par André Balent, version mise en ligne le 10 mars 2009, dernière modification le 8 mai 2014.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 5 Mi 281, registre de l’état civil de Llo ; 2 M 262, listes électorales Llo, 1939 ; 1 R 493, registre matricule, f° 1583. — Émilienne Eychenne, Les Portes de la liberté. Le franchissement clandestin de la frontière espagnole dans les Pyrénées-Orientales de 1939 à 1945, Toulouse, Privat, 1985, p. 109, 112 et 215. — Ramon Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, vol. IIa : Els Alemanys fa (pas massa) temps, Prades, Terra Nostra, 1996, p. 400 ; IIb : De la résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, p . 473 et 592. — Jean Massé, Des avions pour l’Espagne ! La guerre civile aérienne vue de France, Saint-Estève, Les Presses littéraires, 2006, p. 105. — Ferran Sánchez Agusti, Espías, contrabando, maquis y evasión. La II guerra mundial en los Pirineos, Lérida, Editorial Milenio, 2003, en particulier p. 256. — Llorenç Torrent, Cercant la llibertat. Anys perillosos, Santa Pau, Grup cultural i esportiu Passabigues, 1998, p. 131. — Entretien avec Antoine Cayrol, Saillagouse, 12 juillet 2004. — Entretien avec Josep Mas i Mas, fils de Josep Mas i Tió, ancien guerrillero (1943-1946) sous les ordres de son père, Sant Pere de Torelló, 21 août 2004. — Entretien avec Roger Sala, fils de Méliton Sala, Bourg-Madame, 26 juillet 2004.

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