GAMONDÈS Andrée, Marie, Louise

Par Pierre Bonnaud

Née le 26 juillet 1921 à Miramas (Bouches-du-Rhône), morte le 31 juillet 2012 à Vinezac (Ardèche) ; institutrice remplaçante puis permanente à l’UFF de l’Ardèche, puis ouvrière dans une entreprise de cartonnage ; secrétaire départementale de l’UFF de l’Ardèche (1959-1971), déléguée puis membre du conseil national de l’UFF (1953-1969), membre du bureau fédéral du PCF (1957-1968).

Célina Ville, Andrée Gamondès et à droite Yvonne Barruel
Célina Ville, Andrée Gamondès et à droite Yvonne Barruel

Andrée Gamondès était la fille des militants communistes Marius Gamondès, employé au PLM, et Augusta Gaillard, ouvrière dans une entreprise textile, Andrée Gamondès. Sa famille, originaire du Teil, revint s’installer dans cette localité cheminote de l’Ardèche vers le milieu des années 1920. Andrée Gamondès y effectua ses études primaires à l’issue desquelles elle obtint le certificat d’études primaires.

Les cellules de la région du Teil constituaient l’un des foyers les plus organisés du communisme ardéchois, intégré dans la région Drôme-Ardèche à partir de 1925. Le militantisme du père d’Andrée Gamondès devint celui de toute sa famille.

En 1936, tandis que sa mère adhérait au Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, Andrée fut l’une des fondatrices de l’Union des jeunes filles de France (UJFF) en Ardèche. Elle devint la trésorière du cercle du Teil et participa à l’organisation de collectes de solidarité pour les républicains espagnols.

En 1939, au moment de l’entrée en guerre, elle s’inscrivit à l’école primaire supérieure de Privas en qualité d’interne. Les vicissitudes de la guerre lui firent interrompre sa scolarité en 1941 pour chercher du travail. Elle devint employée dans les services de statistiques démographiques à Lyon. En 1942, elle put préparer et obtenir le brevet supérieur. À partir de 1943, elle fut institutrice remplaçante en Ardèche. Elle le demeura jusqu’en 1948, se déplaçant sur de nombreux postes. Durant la guerre, sans être impliquée directement dans une organisation de la Résistance, elle apporta de l’aide à son père dans ses activités clandestines de cheminot résistant.

En 1947, elle adhéra au PCF. Ses responsabilités dans l’organisation communiste s’accrurent progressivement. En 1949, elle entra au comité puis au bureau de section du Teil. Elle en fut pendant quelque temps la secrétaire. La même année, elle suivit plusieurs écoles du parti, notamment l’école centrale des femmes d’un mois en région parisienne. Membre du comité fédéral en 1950, du bureau fédéral en 1957, elle y demeura jusqu’en 1968. En 1954, elle participa au congrès d’Ivry, peu de temps après l’exclusion de Lecœur*. Cette même année, elle devint correspondante de presse pour le quotidien régional Les Allobroges, proche du PCF.

C’est à l’UFF qu’Andrée Gamondès devait surtout se consacrer : elle y milita à partir de 1950, après le décès de sa mère. En 1953, elle succéda à Raymonde Verdet comme secrétaire du comité du Teil et conserva cette responsabilité jusqu’en 1971. Vers 1959, elle remplaça Marie-Ange Gaubert au secrétariat départemental, partageant cette tâche avec Célina Ville* puis Yvette Peschier* jusqu’en 1964 puis l’exerçant seule jusqu’en 1971. Sans emploi depuis 1948, Andrée Gamondès fut pendant quelques années demi-permanente (de 1961 à 1966) puis à nouveau bénévole. De 1953 à 1969, elle participa à tous les congrès nationaux. Durant les années 1950, chaque 8 mars, elle fut l’une des responsables de l’organisation de la journée internationale des femmes. Dans le contexte de la guerre froide, en mars 1951, elle participa, avec une importante délégation (une quarantaine de femmes ardéchoises), à « l’Assemblée nationale des femmes pour le désarmement » qui se tint à Genevilliers. À partir de 1953, elle fut déléguée par le conseil national pour « suivre » un groupe de départements : la Savoie, la Haute-Savoie, puis le Rhône. Membre à part entière du conseil national, elle eut la responsabilité du Jura, du Vaucluse, des Alpes-Maritimes, du Var puis, en 1965-1966, du Lot et du Tarn-et-Garonne.

Au Teil, Andrée Gamondès, surnommée affectueusement « Dédée » par ses camarades, était entourée d’une solide équipe : Frédérine Sanial, présidente du comité, Raymonde Verdet, adjointe au maire, Georgette Montérémal, Yvonne Nogier, Aimée Ducros*, etc. En 1956, le comité UFF du Teil regroupait 390 adhérentes (l’UFF en Ardèche en comptait 2 969 à la même date). Il fut un point d’appui majeur pour l’organisation à l’échelle du département et ses activités mêlaient souvent les deux niveaux, local et départemental. Durant deux décennies, la vie d’Andrée Gamondès se confondit pratiquement avec l’histoire de l’organisation féminine. Elle milita aussi au Mouvement de la paix, au secours populaire, participa à la diffusion de la presse communiste dont elle s’était fait, avec son père Marius, une spécialité.

Sur le plan social, les initiatives du comité UFF du Teil auxquelles prit part Andrée Gamondès furent très nombreuses. Dans le domaine de l’enfance, avec le soutien de la municipalité Joseph Thibon*, une colonie de vacances fut organisée sur le plateau ardéchois à Chavagnac à partir de 1948. Andrée Gamondès y travailla pendant dix ans. Avec la municipalité conduite par René Montérémal*, l’expérience fut prolongée et un projet plus ambitieux aboutit à la construction de locaux entièrement neufs à Grozon (commune de Saint-Barthèlemy-le-Pin) où furent accueillis de nombreux enfants. À partir de 1955, le comité UFF, en relation étroite avec les comités locaux d’Aubenas et d’Annonay, se fit l’ardent propagandiste des méthodes de l’accouchement sans douleur, non sans succès auprès des femmes de la région du Teil. À la fin des années 1950, Andrée Gamondès participa à la constitution d’une « Association d’aide familiale de l’UFF ».Cette association départementale, qui siégeait au Teil, mit en place un réseau d’aide-ménagères.

Lors des grands mouvements sociaux, le comité du Teil organisa la solidarité ouvrière : durant le conflit de l’été 1953, Andrée Gamondès contribua au rassemblement des femmes des cheminots grévistes afin d’aider la vie quotidienne et la résistance des familles. En 1963, le comité accueillit les enfants des mineurs grévistes du bassin cévenol, renouvelant son geste de 1948.

Andrée Gamondès déploya toute son énergie dans la lutte pour la paix en Algérie. En 1955, suivant le modèle national et départemental mis en œuvre dans l’UFF, le comité du Teil suscita en son sein une commission de la paix. Puis il s’efforça d’élargir le mouvement avec la création de divers comités largement ouverts : « comité de défense et de soutien aux mobilisés du Teil » bientôt transformé en « comité pour le cessez-le-feu immédiat, la paix en Algérie par la négociation, et le retour des soldats ». La protestation s’organisa autour du refus de l’envoi à la guerre des appelés du contingent lié à la dénonciation de la situation coloniale.

Les 7 et 27 septembre 1955 se tinrent au Teil des meetings au cours desquels Andrée Gamondès prit la parole : « … laisserons-nous sans protester, sans agir, les jeunes gens de notre ville partir un à un pour une guerre cruelle ? […] Pour ceux d’entre nous qui n’avons jamais accepté que le gouvernement français réduise d’autres peuples en esclavage, nous sentions grandir la volonté de résistance à l’oppression des peuples de l’Afrique du Nord et nous pensions : le jour où la colère explosera, ce sera terrible. Et voilà, l’explosion est arrivée… »

Après la victoire du front républicain et le vote des pouvoirs spéciaux par les députés communistes au gouvernement Guy Mollet au début de l’année 1956, Andrée Gamondès fut, aux côtés de Marie-Ange Gaubert, Yvette Peschier, Célina Ville, l’une des organisatrices ardéchoises du rassemblement du 11 mars 1956 au parc Charnot à Marseille pour le « cessez-le-feu immédiat, la paix en Algérie par la négociation et le retour des soldats ». Le retournement de la politique algérienne de Guy Mollet entraîna de vives tensions. Le 25 juin 1956, les comités locaux de l’UFF participèrent avec l’ensemble des organisations de masse proches du PCF à des actions qui, en bloquant les transports publics, visaient à retarder le départ des permissionnaires ou des appelés du contingent. À la suite de ces manifestations, les époux de quatre adhérentes de l’UFF, tous militants communistes de la région d’Aubenas, furent arrêtes et emprisonnés au Fort Montluc à Lyon (voir Marcel Berge*, Ernest Boiron*, Yves Corbier* et Pierre Renoux*).

La riposte s’organisa au Teil le 3 juillet 1956 : un meeting fut organisé pour la « paix en Algérie et la libération des quatre emprisonnés de l’Ardèche ». Andrée Gamondès prit la parole et déclara notamment :

« Nous devons dire la fierté de notre UFF de compter dans les rangs de ses militantes ces jeunes femmes courageuses, combatives compagnes fidèles de la lutte de leurs maris dans les heures les plus difficiles, ces mamans de jeunes enfants qui pensent aux grands fils de vingt ans des autres mères et appellent à l’union de toutes pour gagner la paix […].

« Parce que nous aimons notre pays nous ne pouvons accepter qu’il subisse la honte d’apparaître comme le bourreau du peuple algérien. Parce que nous pensons à son avenir nous demandons que la vie de notre jeunesse soit sauvegardée. »

Pour la première fois l’assise des organisations et des personnalités qui appelaient au rassemblement s’élargissait : à côté de l’UFF, du comité pour le cessez-le-feu en Algérie, de la CGT et des organisations communistes, figuraient aussi le SNI, la FEN, la Libre-pensée. Le rassemblement était placé sous la présidence d’un dissident prestigieux du Parti socialiste : Édouard Froment, ancien député SFIO, conseiller général de l’Ardèche, l’un des « quatre-vingts » du refus à Vichy.

Outre l’organisation des rassemblements Andrée Gamondès participa à des actions diversifiées qui ne devaient plus s’arrêter jusqu’à la fin du conflit : pétitions, délégations auprès des autorités préfectorales, harcèlement des élus qui soutenaient le gouvernement.

En 1969, Andrée Gamondès se fit embaucher comme ouvrière dans l’entreprise de cartonnage Milou à Montélimar et, en 1970, après avoir pris sa carte du PCF dans la fédération de la Drôme, elle constitua une cellule d’entreprise. Elle travailla et milita dans ce cadre nouveau pendant dix ans. Adhérente à la CGT, elle fut élue déléguée du personnel de 1970 à 1976. En 1975, un grave accident du travail la priva de l’usage de sa main droite. En Ardèche où elle continua de résider au Teil, le PCF la présenta à deux reprises sur sa liste aux élections municipales en 1971 et 1977.

En 1980, elle prit sa retraite et fit son retour dans les organisations ardéchoises. Résidant toujours dans le quartier populaire du Frayol, au Teil, elle représentait dans les années 2000 une figure de la mémoire ouvrière de cette cité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24939, notice GAMONDÈS Andrée, Marie, Louise par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 10 mars 2009, dernière modification le 5 mars 2021.

Par Pierre Bonnaud

Célina Ville, Andrée Gamondès et à droite Yvonne Barruel
Célina Ville, Andrée Gamondès et à droite Yvonne Barruel

ŒUVRE : Articles de presse dans Les Allobroges (1954-1956) et dans À travers l’Ardèche, le supplément hebdomadaire de l’Humanité-Dimanche, publié par la fédération de l’Ardèche du PCF (1957-1958).

SOURCES : Arch. comité national du PCF, fiches de la SMC, composition du comité fédéral de l’Ardèche (1953-1968). — Archives du conseil national de l’UFF, les délégations départementales aux congrès nationaux (1949-1968). — Notes, correspondance et archives personnelles d’Andrée Gamondès l’UFF. — Périodiques cités. — Entretien avec l’intéressée. — État civil de Miramas.

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