GARNIER Paul

Par Jean-Michel Steiner

Né le 3 novembre 1901 à Terrenoire (Loire), mort le 28 mars 1944 à Dora-Buchenwald ; ouvrier mineur, délégué mineur, syndicaliste CGT-U puis CGT ; militant communiste.

Fils de Marcellin, ouvrier mineur, et de Jeanne Marie Louise Vallon, devideuse, fille et sœur d’ouvrier mineur, Paul Garnier a grandi dans le quartier de Patroa, dans la commune de Terrenoire, rattachée en 1970 à Saint-Étienne (Loire).

En 1911, la famille comptait 5 enfants : Jean né en 1900, Paul, en 1901, Marie, en 1905, Jeannette, en 1907 et Jeanne en 1909. Le 22 mai 1912, après la naissance de Marie Jeanne, Marcellin Garnier était « père de six enfants vivants ». Il fut néanmoins touché par l’ordre de mobilisation générale et envoyé, le 11 novembre 1914, au 102è Régiment d’Infanterie territoriale. Le 11 février 1915, il fut affecté dans son entreprise, les Houillères de la Loire. Son épouse, Jeanne Marie Louise, mourut le 1er mai 1915.

Paul Garnier qui avait fréquenté l’école primaire jusqu’à 11 ans, fut ensuite « placé à maître » chez des cultivateurs jusqu’à 13 ans, puis travailla jusqu’à 15 ans en usine. C’est en 1916 qu’il fut embauché par la Compagnie des Houillères de Saint-Étienne où il demeura jusqu’en 1940. Le 16 avril 1921, il fut incorporé au 16è bataillon du Génie, puis au 32è bataillon du Génie le 1er mai 1923. Le 21 novembre 1925, il épousa à Saint-Étienne, Antoinette Imbert, fille d’un ouvrier mineur et orpheline de mère. Selon son registre de matricule, Paul Garnier habitait encore à Patroa en 1930. Il vint habiter à Saint-Étienne pour travailler au puits Saint-Louis dans le quartier du Soleil. En 1938, il habitait rue Gauthier Dumont. En 1940, il avait cinq enfants âgés de 16, 8, 6, 4 et 2 ans.

Il adhéra au syndicat des Mineurs CGT en 1935 et au Parti communiste en 1936. Le 28 février 1937, il présida l’assemblée générale du syndicat unique des mineurs de la Loire. En mars 1937, il fut élu délégué de son puits avec 888 voix. Le 22 avril il signa la demande d’autorisation de manifester déposée par le syndicat pour le 25, jour où il présida le meeting dans la grande salle de la Bourse du Travail. Il était à la tribune du 2è congrès du syndicat unique des mineurs de la Loire du 20 mars 1939 au cours duquel il prit la parole. À l’issue du congrès il fut réélu au bureau du syndicat. Paul Garnier appartient donc au groupe des jeunes militants qui, autour de Claudius Delorme, ont permis au PCF de prendre le contrôle du syndicat réunifié des Mineurs de la Loire à partir de 1937 et d’amoindrir l’influence de Pierre Arnaud.

Le pacte germano soviétique (26 août 1939) et la dissolution des organisations liées au PCF (26 septembre 1939) firent de Paul Garnier une cible des autorités. Le 24 janvier 1940, le préfet demanda sa radiation de son affectation spéciale aux Houillères de la Loire en précisant : « le départ immédiat de ce militant communiste s’impose d’urgence. Sa présence dans cet établissement où il fait une propagande très active en faveur du parti dissous est susceptible de préjudicier gravement à notre défense nationale ». Arrêté le 3 juin 1940, Paul Garnier fut envoyé au camp de Saint-Angeau (Cantal) le lendemain, puis transféré à l’automne au camp de Chibron (Var) avant d’arriver le 15 mars 1941, au camp de Fort Barreaux (Isère)
Quand le 7 avril 1941 Paul Garnier fit une demande de libération, le préfet de la Loire, Georges Potut, s’y opposa totalement. Le 2 mai, reprenant des extraits d’un rapport du commissaire du 3è arrondissement de Saint-Étienne, il écrivit au préfet de l’Isère : « Garnier, ex-membre du bureau du rayon communiste de Saint-Étienne, poursuit inlassablement sa propagande révolutionnaire d’une manière très adroite. D’un tempérament violent, il est partisan des méthodes extrémistes d’action directe. On le rencontrait continuellement à la tête des mouvements d’action. Malgré la dissolution des organisations communistes, il persista à défendre les mots d’ordre de ce parti et continua à se livrer à une certaine propagande dans les milieux d’ouvriers mineurs ». Toutefois le préfet n’avait pas retenu les remarques du policier qui considérait Garnier « capable de l’organisation des plus graves sabotages », ainsi que les mentions de plusieurs condamnations par le Tribunal correctionnel pour “violences et voies de fait” (27/12/1920), “coups et blessures et port d’arme prohibée” (2/10/1923), “rébellion à agents” (28/11/1931).

Le 16 août 1941, conjointement avec Claudius Delorme, Paul Garnier fut condamné « pour abus de confiance au préjudice du syndicat des mineurs de la Loire » à 6 mois d’emprisonnement, ce qui repoussa la date de sa libération au 9 novembre. Un jugement qui résultait des règlements de compte internes au syndicat des mineurs. Le 11 novembre 1941, peu de temps après son retour à Saint-Étienne, son épouse, Antoinette Imbert, mourut.

Paul Garnier a sans doute repris une activité résistante clandestine. Le 18 décembre 1943, la police allemande l’arrêta à 20h, à Terrenoire. Une fiche de renseignements envoyée au préfet par le commissaire central de Saint-Étienne, montre que les autorités françaises ne furent pas mises au courant.
Depuis quelque temps les mineurs étaient au centre des préoccupations des autorités d’occupation. Le 10 novembre des tracts avaient été diffusés autour des puits appelant à « la grève des bras croisés pour une augmentation de 50% » et à noyauter le syndicat de la Charte du Travail : « adhérer en masse au syndicat pour stimuler votre organisation ». Le 10 décembre, avec l’assassinat de Pierre Arnaud, disparaissait l’un des plus farouches opposants à l’influence communiste dans le monde des mineurs stéphanois. Le samedi 11 décembre, « près du puits Villiers, des bandits armés » s’emparèrent de la paye des mineurs. S’agissait-il d’un coup de mains de la Résistance ? Les autorités allemandes avaient retourné un résistant, Louis Meussbburger, qui connaissait bien les milieux ouvriers de la ville et fut à l’origine de plusieurs rafles. Selon Pascal Chambon, citant les mémoires de Heinz Eckert, un des chefs de la police allemande locale : « après avoir aidé avec zèle à détruire le groupe de résistance 93 de Saint-Étienne, il échangea les Polonais suspects de Saint-Étienne contre quelques billets de 1 000 F, puis ce fut le tour des ouvriers en imprimerie et enfin des mineurs ».

Paul Rémy Garnier a vraisemblablement été victime des dénonciations de Meussbburger. Emprisonné à Lyon, puis à Compiègne, il fut embarqué le 22 janvier 1944 dans un convoi pour Buchenwald, où il mourut le 23 mars suivant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24946, notice GARNIER Paul par Jean-Michel Steiner, version mise en ligne le 12 mars 2009, dernière modification le 15 mars 2021.

Par Jean-Michel Steiner

SOURCE : Stéphane Courtois, thèse, op. cit., annexe n° 10. - Arch. Dép. Saint-Étienne : 1 R 1404, classe 1896, matricule n°1929 ; 1 R 1784, classe 1921, matricule n° 1161 ; 4M592, radiations de l’affectation spéciale ; 112 W 81 ; 6 M 699 recensements Saint-Étienne sud-est 1936 - Arch. Mun. Saint-Étienne : 2 E 34 TERR naissances, 1899-1904 ; 3 E 1 TERR mariages. (1899-1904) ; Recensements Terrenoire, 1 F 9 TERR (1901), 1 F 11 TERR (1911) ; 2 E 139, naissances (janvier-30 juin 1905).
BIBLIOGRAPHIE : Nathalie Forissier, La Déportation dans la Loire. 1940-1944. Le Mémorial des Déportés, Saint-Étienne, PUSE, 2005 - Collectif, Une ville française. Saint-Étienne de 1939 à 1945, Saint-Étienne Ville d’Art et d’Histoire,
2014.

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