ALCAN Michel

Né le 21 mars (ou le 21 mai) 1811 à Donneley (Meurthe), mort le 26 janvier 1877 à Paris. Ingénieur, représentant de l’Eure à la Constituante de 1848.

Son père était soldat de l’Empire et appartenait à une famille israélite pauvre. (Toute sa vie, d’ailleurs, Michel Alcan devait s’occuper activement des intérêts des Israélites de France.) Dans son enfance, il se livra aux travaux des champs, puis entra en apprentissage chez un relieur de Nancy (Meurthe-et-Moselle). En même temps, il suivait des cours. En 1827, encore apprenti, il reçut une médaille d’argent de la Société des amis du travail de Nancy. Il réussit à entrer à l’École centrale des Arts et Manufactures.

À Paris, il combattit sur les barricades de juillet 1830. Reçu ingénieur civil, il n’en fit pas moins son tour de France à pied. Il se fixa à Louviers (Eure), chez un « constructeur d’usines ». Il s’occupa activement des questions techniques touchant la filature et le tissage, et on lui doit plusieurs inventions et perfectionnements qui font de lui un des créateurs de la technologie industrielle.

Toutefois, et c’est un de ses titres à figurer dans un Dictionnaire du mouvement ouvrier, il se refusait à séparer le progrès technique de l’amélioration de la condition ouvrière. Dans cet esprit, il établit, à Elbeuf (Seine-Inférieure), un cours gratuit de sciences élémentaires pour les ouvriers.

En 1845, il fut nommé professeur de filature et de tissage à l’École centrale. Candidat aux élections à la Constituante dans la Seine et dans l’Eure, en 1848, il fut élu dans ce département, 7e sur 11, avec un programme destiné, à la vérité, à satisfaire l’électorat paysan « nourricier » et « client le plus important du travailleur de nos ateliers », et qui avait reçu le patronage de Dupont de l’Eure.

À la Chambre, il siégea avec les plus modérés de la gauche, et, s’il fut un des membres les plus actifs du Comité du travail, ce fut pour s’y montrer adversaire du « communisme » et des théories qui prévalaient à la Commission du Luxembourg. Il intervint dans les projets touchant l’organisation et l’hygiène des habitations ouvrières. Comme remède au chômage, il proposait que l’on accordât des facilités aux exportations et se montra résolument hostile au libre échange. Il demanda, également, que l’âge minimum de l’embauche dans les manufactures fût fixé à 12 ans et la durée de la journée de travail limitée à 12 heures. Il réclama aussi la création de sociétés de secours mutuels, subventionnées par l’État. Enfin il proposa une modification à la législation sur les brevets d’invention pour que la durée de ceux-ci fût ramenée de 15 à 25 ans, et, en même temps, la constitution d’un fonds de réserve, destiné à donner des secours aux ouvriers réduits au chômage par le progrès technique.

Alcan devait intervenir dans les projets de liquidation des Ateliers nationaux. Il n’est donc pas surprenant de le voir soutenir la dictature de Cavaignac. Le 28 juin 1848, il vota le décret contre les clubs, le 25 septembre contre l’impôt progressif et pour l’impôt proportionnel, le 25 novembre pour l’ordre du jour de félicitations à Cavaignac. Par contre, le 9 août, il vota contre le rétablissement du cautionnement, et le 26, contre les poursuites dirigées contre Louis Blanc*, au sujet de l’affaire du 15 mai.

Il fut un de ceux grâce à qui, le 5 juillet 1848, la Constituante vota un crédit de 3 millions destiné aux associations ouvrières. Il aurait voulu, à la fois, favoriser les associations purement ouvrières et les associations groupant patrons et ouvriers. Sa proposition fut réduite par l’Assemblée soucieuse d’abord d’aider les ouvriers qui s’associeraient entre eux. Il fit alors partie du « Conseil d’encouragement pour les associations ouvrières », constitué par le ministère de l’Agriculture et du Commerce pour la répartition de ce crédit de 3 millions. Il y siégeait avec les « Buchéziens », Ott*, Dainguy, Corbon*, Feugueray*. C’est grâce à lui que, le 20 juin 1849, une des premières coopératives de production, celle des bijoutiers en doré (fondée en 1834), bénéficia d’une allocation de 24 000 F.

Le 16 avril 1849, il vota contre l’expédition de Rome et, le 11 mai, pour la demande de mise en accusation du président et de ses ministres. Hostile à la politique de l’Élysée, il ne se représenta pas aux élections à la Législative.
Il reprit alors ses cours à l’École centrale et au Conservatoire des Arts et Métiers et poursuivit ses recherches scientifiques. Lors de l’Exposition de 1855, il accepta la Légion d’honneur et devint président de la Société des Ingénieurs civils. Il mourut, à Paris, le 26 janvier 1877.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24998, notice ALCAN Michel , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 28 octobre 2012.

ŒUVRE : Alcan a écrit de nombreux rapports et des notices dans le Bulletin de la Société d’encouragement à l’Industrie nationale. Il a collaboré aussi au Dictionnaire des Arts et Manufactures.
On lui doit des ouvrages sur les problèmes économiques et sociaux : De l’influence et de l’avenir des sociétés industrielles, 1866, in-4°. Rapport sur un mécanisme pour remplacer le travail des enfants dans l’industrie des châles, 1873.

SOURCES : Arch. Nat., F 12/4618 et 4619. — Robert, Bourloton et Cougny : Dictionnaire des Parlementaires français. — Balteau, Barroux, Prévost..., Dictionnaire de Biographie française, tome I, col. 1328. (Cet ouvrage donne une importante bibliographie.) — O. Festy : Les Associations ouvrières encouragées par la Deuxième République, Paris, 1917.

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