BONNET-dit-RIVET Pierre [Pseudonyme dans la Résistance : Rivet]

Par Pierre Bonnaud, complément Jean-Luc Marquer

Né le 21 août 1919 à Le Teil (Ardèche), mort en prison des suites d’absence de soins le 2 juillet 1942 à Nîmes (Gard) ; manœuvre (ou apprenti des ateliers SNCF ?), militant communiste ; résistant, homologué Résistance intérieure française (RIF), mouvement "Front National".

Pierre BONNET dit RIVET
Pierre BONNET dit RIVET
Arch Dep. Ardèche, fonds du Musée de la Résistance en Ardèche, 70J

Pierre Bonnet-dit-Rivet (nom officiel, inscrit sur l’acte de naissance) était le fils unique de Jacques, Louis Bonnet-dit-Rivet, (surnommé le « grand Jacques »), chef de train, et de Noémie Chaudenson, son épouse, femme de peine.
À sa naissance, le couple habitait 7, rue Kléber au Teil (Ardèche). Par la suite, la famille Bonnet logea Place des Sablons (aujourd’hui place Pierre-Sémard), à proximité de la gare du Teil.
Pierre Bonnet avait reçu en héritage le sobriquet de « Rivet », attaché à sa famille depuis plusieurs générations ( le père et le grand-père de Pierre étaient désignés de la sorte). La famille Bonnet était bien connue dans la région du Teil pour son militantisme communiste.
A la veille de la seconde Guerre mondiale, alors que les publications communistes venaient d’être interdites, la répression frappa Pierre Bonnet. Le 30 août 1939, Pierre Bonnet et son camarade René Grand furent interpelés par le commissaire de police du Teil : ils avaient été vus et dénoncés après une distribution de tracts du PCF dans les villages d’Aubignas et Alba, à proximité du Teil. Transférés à Privas (Ardèche), ils furent inculpés puis traduits en correctionnelle où ils écopèrent d’un mois d’emprisonnement.
Avec la liberté retrouvée, Pierre Bonnet participa à la reconstruction clandestine des organisations communistes. Selon Henri Chaze, au début de l’année 1941, Pierre Bonnet et « Momon » Boiron (Joseph Boiron dit Edmond) vinrent le contacter alors que Chaze se trouvait à Thueyts (Ardèche) pour lui demander de participer à la direction clandestine du PCF en Drôme-Ardèche.
Fin mars 1941, Pierre Bonnet fut victime d’une nouvelle dénonciation dont le commissaire de police du Teil rendit compte en ces termes : ce « militant très actif des Jeunesses communistes du Teil avait été vu , alors qu’il avait pris place dans l’express de Lyon-Nîmes , remettre un pli à une personne vêtue de bleu de travail (…) en gare de Viviers (…) par deux personnes ayant assisté à la remise du pli. »
Pierre Bonnet fut arrêté le 6 avril 1941,ainsi que, quelques jours plus tard, son correspondant, Gédéon Nogier. Les perquisitions conduites au domicile des deux jeunes militants révélèrent qu’ils diffusaient L’humanité clandestine et entretenaient des liens suivis avec le Parti communiste.
Condamné à deux ans de prison par le tribunal correctionnel de Privas (Ardèche), Pierre Bonnet vit sa peine aggravée à trois ans et dix ans de privation de droits civiques par le tribunal spécial de Nîmes (Gard). Son camarade Gédéon Nogier fut condamné à 6 mois d’emprisonnement.

Incarcéré à la prison centrale de Nîmes, mal nourri, malade et mal soigné, Pierre Bonnet décéda le 2 juillet 1942. Ses obsèques , promptement organisées, très surveillées, eurent lieu au Teil le 3 juillet 1942, entre 18 et 19 heures. Elles rassemblèrent une foule importante : entre 500 personnes (selon le commissaire des RG) et un millier (selon le délégué à l’information et à la propagande du Régime de Vichy). Ce dernier expédia un rapport à l’intendant de police de Lyon intitulé « Une manifestation communiste au Teil » (qui déclencha une polémique au sein de l’administration de Vichy). On pouvait y lire notamment : « la population assista à une parade jamais encore vue dans la localité. » (…) Au cimetière furent prononcés deux discours très violents comportant des menaces à peine voilées et l’affirmation de changements prochains . »
Le commissaire des renseignements généraux de l’Ardèche apporta au préfet des précisions qui tempéraient la dénonciation (rapport du 8 juillet 1942) : « Devant la tombe, deux discours furent prononcés, l’un par Grand Louis, Joseph, retraité de la SNCF, demeurant à St. Marcel d’Ardèche, ex-militant communiste qui a été interné un certain temps au centre de séjour surveillé de St. Sulpice–La-pointe (Tarn) » (il s’agissait du père de René Grand), « l’autre par Fauchier Marius, retraité comme secrétaire de mairie du Teil (…) inconnu des services de police. Ces deux discours n’auraient pas eu une tendance manifeste. Cependant, quelques phrases prononcées par Grand auraient eu un caractère équivoque. Il aurait dit notamment : « Un jour le sacrifice de sa mère prendra fin et elle pourra à nouveau relever la tête. »
Pierre Bonnet dit Rivet obtint la mention « Mort pour la France » (mention en marge de l’acte de naissance).
Il fut homologué résistant, membre de la Résistance intérieure française (RIF), mouvement "Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France".
Il est enterré dans une tombe collective au cimetière du Teil, aux côtés de son père, Jacques Bonnet, mort une semaine avant lui, Lucette OLIVIER, Henri Demoulin, Louis Mathon et Italico Sabadini.
La mémoire de Pierre Bonnet est demeurée vive au Teil où une rue porte son nom, qui figure également sur la monument aux morts de la commune.


Voir : Le Teil (Ardèche)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article250134, notice BONNET-dit-RIVET Pierre [Pseudonyme dans la Résistance : Rivet] par Pierre Bonnaud, complément Jean-Luc Marquer, version mise en ligne le 17 août 2022, dernière modification le 13 septembre 2022.

Par Pierre Bonnaud, complément Jean-Luc Marquer

Pierre BONNET dit RIVET
Pierre BONNET dit RIVET
Arch Dep. Ardèche, fonds du Musée de la Résistance en Ardèche, 70J
Obsèques de Pierre Bonnet, tête du cortège, 3 juillet 1942.
Obsèques de Pierre Bonnet, tête du cortège, 3 juillet 1942.
Arch. Dép. Ardèche, fonds du Musée de la Résistance en Ardèche, 70J
La mère de Pierre Bonnet, née Noémie Chaudenson (à gauche sur la photo) internée au camp de Brens (Tarn) en 1943.
La mère de Pierre Bonnet, née Noémie Chaudenson (à gauche sur la photo) internée au camp de Brens (Tarn) en 1943.
Arch. Dép. Ardèche, fonds du Musée de la Résistance en Ardèche, 70J

SOURCES : AVCC, Caen, AC 21 P 315829 (base victimes civiles, nc). — SHD, Vincennes, GR 16 P 72147 (nc). — Arch.Dép. Ardèche 72W 363 ; 70J 4 (fonds du Musée départemental de la Résistance en Ardèche). — Le journal d’Aubenas, 2 septembre 1939. — Adolphe Demontès, L’Ardèche martyre, imp. Mazel, Largentière, 1946, p.154. — Louis-Frédéric Ducros, Montagnes Ardéchoises dans la Guerre, T1, pp. 87 -102, Valence, 1974. - Henri Chaze, Un communiste ardéchois dans le siècle, p. 68, Aubenas, 1994. — Mémorial ANACR, 3ème édit. , imp.Lienhart, Aubenas, 1994, p.105. — Notices Pierre Bonnaud in CD-Rom AERI, 2004 et Musée de la Résistance en ligne. — Pierre Bonnaud, L’Ardèche dans la Guerre,1939-1945, pp.31, 96, 169-170, 183, 343, De Borée, 2017. — Jacques Marqueyrol, La vie des Teillois pendant la deuxième Guerre mondiale, Patrimoine et traditions, Le Teil, 2017, p.42. — Maitron : notice BONNET Jacques Louis dit Rivet par Roger Pierre et notice BONNET jacques dit Rivet, note de jean-Yves Mollier. — Mémoire des hommes. — Mémorial Genweb. — Geneanet. — État civil, acte de naissance n°48.

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