BOLLOCH Serge

Par Jean-Paul Salles

Né le 24 mai 1945 à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 4 septembre 2022, militant de la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR) avant Mai 68 puis de la Ligue communiste (LC) à Rouen (Seine-Maritime), grièvement blessé par les fascistes d’Occident, journaliste à Paris-Normandie puis au journal Le Monde.

Serge Bolloch en 2019. Collection privée, droits réservés.

Né à Rouen, Serge Bolloch vécut dans cette ville une enfance heureuse dans une famille d’origine bretonne. Scolarisé au lycée Fontenelle à Rouen, passionné de théâtre, il fréquenta le milieu des jeunes acteurs-actrices, soucieux comme lui d’introduire un peu de fantaisie dans cette ville bourgeoise.
Étudiant en histoire à la faculté des Lettres de l’Université de Rouen, il adhéra à la JCR peu après sa création, le 2 avril 1966 à Paris. Comme ses camarades, il militait activement contre l’intervention américaine au Vietnam, dans le cadre du Comité Vietnam National (CVN) créé le 30 novembre 1966 par la JCR et des personnalités comme Laurent Schwartz ou Pierre Vidal-Naquet. C’est au cours d’une distribution de tracts appelant à un meeting (« Six heures pour le Vietnam »), devant le restaurant universitaire de Mont-Saint-Aignan, qu’il fut sauvagement agressé avec ses camarades par des militants d’extrême droite, le 12 janvier 1967. Deux militants de la JCR furent gravement blessés, Laurent Marx et Serge Bolloch. Ce dernier, hospitalisé dans le coma, souffrait d’une fracture du crâne. Il en sera très marqué physiquement et psychologiquement. Aux cris de « Occident vaincra », une quarantaine de nervis armés de barres de fer avaient mené l’attaque. La presse nationale (radios, télés, presse écrite) ayant informé sur cette action de commando, la police mena l’enquête et arrêta la plupart de ses membres, des Rouennais mais aussi des militants venus de Paris. Soupçonnés d’être les instigateurs de l’attaque, Patrick Devedjian, Gérard Longuet et Alain Madelin, fondateurs d’Occident furent inculpés pour « complicité de violences et voies de fait avec armes et préméditation ». Ils furent condamnés à des amendes. Ils seront amnistiés en juin 1968.

En 1970, marié et père de famille, Serge Bolloch devint journaliste à Paris-Normandie. Mais lorsque Robert Hersant racheta le quotidien normand issu de la résistance, avec d’autres journalistes il démissionna. Ils créèrent alors un hebdomadaire, La Tribune de l’agglomération de Rouen à la durée de vie éphémère. Installé désormais à Paris, il fut d’abord pigiste et délégué de l’Association Presse Information Jeunesse (APIJ). Cet intérêt pour les questions d’éducation et de jeunesse lui permit d’être recruté par Le Monde de l’Éducation, supplément du quotidien Le Monde, en 1979, chargé de suivre dans un premier temps l’actualité de l’enseignement supérieur.
Au début de l’année 1986, il s’installa à Lyon pour quelques mois afin de participer au lancement du Monde-Rhône-Alpes. Il poursuivit le traitement de l’information régionale au supplément du Monde « Heures locales ». Passionné de sports, pratiquant lui-même la voile et l’alpinisme, il a couvert en tant que journaliste plusieurs Tours de France cyclistes, les Jeux olympiques, des Coupes du monde de football et le Paris-Dakar. De l’année 2003 jusqu’à sa retraite en 2008, il participa à la rubrique « Aujourd’hui » du Monde, où s’entremêlaient informations sportives et touristiques, informations scientifiques et médicales.

Une fois retraité, après près de 30 ans passés au journal Le Monde, il rejoignit l’équipe des médiateurs de la Ville de Paris, tentant de résoudre les conflits entre les Parisiens et leur administration. Après son agression, il acheta puis rénova une maison dans le hameau de Corbier sur la commune de Saint-Pardoux (Corrèze). Avec sa femme Joëlle, ils en firent un lieu chaleureux et accueillant. Leurs enfants, Hugues, Cécile, et leurs conjoints, y convergent volontiers, de même que les amis des années militantes, les collègues et amis du journal Le Monde. Attentif et discret, Serge Bolloch était fidèle en amitié, appelant régulièrement ses amis pour prendre des nouvelles.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article250998, notice BOLLOCH Serge par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 13 septembre 2022, dernière modification le 14 septembre 2022.

Par Jean-Paul Salles

Serge Bolloch en 2019. Collection privée, droits réservés.

SOURCES : Nombreux articles écrits par Serge Bolloch. — Carnet du Monde annonçant son décès et son incinération au Père-Lachaise, 9 septembre 2022. — Françoise Chirot, « Serge Bolloch. Ancien journaliste du Monde », Le Monde, 10 septembre 2022, p.31, 2 colonnes. — Sur l’agression du 12 janvier 1967 : Gérard Filoche, 68-98. Histoire sans fin, Flammarion, 1998, p.49.

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