RELET Jean, Yves, Daniel, André

Par Bernard Geay

Né le 16 novembre 1945 au Poiré-sur-Vie (Vendée), mort le 13 octobre 2021 à Nantes (Loire-Atlantique) ; ouvrier électricien puis vidéaste professionnel ; militant syndical CFDT au chantier naval Dubigeon à Nantes, co-fondateur et président de la maison des Hommes et des Techniques de Nantes (1994-2018).

Jean RELET en 1997
Jean RELET en 1997

Son père, Louis Relet, fut journalier agricole en Vendée puis, à partir de 1955, ouvrier à l’usine Péchiney de Paimboeuf (Loire-Atlantique). Sa mère, Geneviève Bouron, était couturière et se consacra à ses douze enfants (trois filles et neuf garçons),Jean étant le troisième de la fratrie. De ce fait, la famille vécut en permanence dans une situation économique très précaire.
Après l’école primaire de Paimboeuf, Jean Relet entra en pension au petit séminaire de Guérande (Loire-Atlantique) à l’âge de onze ans. Puis, il fréquenta le séminaire des Couëts à Bouguenais (Loire-Atlantique) où il fit sa scolarité jusqu’au baccalauréat. Il intégra en 1963 le grand séminaire de Nantes.
Marqué par son histoire familiale, notamment celle de ses grands-parents, domestiques en Vendée, Jean Relet développa très jeune une conscience sociale aigüe, sensible aux inégalités de classe et aux injustices. Cela lui donna un tempérament contestataire et rebelle ainsi qu’une solide indépendance de jugement. Au milieu des années 1960, il s’intéressa au mouvement renaissant des prêtres-ouvriers. C’est ainsi qu’après le service militaire, effectué en1967, il décida de quitter le séminaire pour entrer dans le monde du travail.
Son premier emploi fut ouvrier à la raffinerie de sucre Say à Chantenay, quartier populaire de Nantes, où il se syndiqua à la CFDT. Jean Relet y vécut le mouvement de mai-juin 1968 dans lequel il s’engagea à fond et où il fut en première ligne en tant que militant syndical. C’est à ce moment-là, lors d’une manifestation, qu’il rencontra sa future épouse Martine Airiau, née le 26 juillet 1948 à Nantes, elle aussi ouvrière chez Say. Ils se marièrent le 10octobre 1969 et eurent trois filles : Myriam née en 1970, Katia en 1975, Sandra en 1977.
A l’automne 1968, la raffinerie Say ferma définitivement ses portes et le personnel fut licencié. Jean Relet s’orienta alors vers des emplois non qualifiés dans des entreprises de la métallurgie, chez Saunier-Duval d’abord puis chez Aviatube. Afin d’acquérir un métier, il entreprit ensuite une formation d’électricien-frigoriste au centre de formation professionnelle pour adultes (FPA) de Saint-Herblain (Loire-Atlantique), ce qui lui permit d’être embauché en 1974 au chantier naval Dubigeon-Normandie à Nantes.
Militant CFDT, Jean Relet fut élu en juin 1977 titulaire au comité d’entreprise de Dubigeon, dont Marcel Guihéneuf était le secrétaire depuis 1953. Il en anima la commission Culture avec Gérard Tripoteau. C’était d’abord un militant de terrain, toujours sur la brèche. Il appréciait particulièrement la camaraderie ouvrière et la fierté collective que suscite la construction des grands navires.

Jean Relet participa activement aux réflexions, animées par Serge Perrin, secrétaire de l’Union locale CFDT de Nantes, qui débouchèrent sur la création en 1982 de l’Association des comités d’entreprise de Nantes et région (ACENER), visant à mutualiser les moyens entre les CE des grandes et des petites ou moyennes entreprises. En 1983, il devint délégué syndical CFDT chez Dubigeon.

Dans les années 1970, sous l’effet de la concurrence asiatique, la situation de la construction navale française se dégrada rapidement. Au chantier Dubigeon de Nantes, les restructurations s’enchaînèrent. En septembre1977, l’entreprise connut la grève dite « des pendules », déclenchée par l’installation de pointeuses au plus près des lieux de travail. Le conflit dura deux mois et se termina par un échec douloureux sur fond de division syndicale. A l’été 1985, un plan de suppressions d’emplois fut annoncé. Jean Relet et ses camarades menèrent la lutte contre les licenciements à travers une série d’actions fortes et spectaculaires mais ne purent empêcher le déclin du chantier.
Fin 1985, soit peu avant la fermeture de Dubigeon intervenue en 1987, Jean Relet quitta le chantier naval dans le cadre d’un congé de conversion. Il entama alors une formation dans les techniques de l’audio-visuel pour devenir vidéaste professionnel, métier qu’il exerça en tant qu’intermittent du spectacle jusqu’à son départ en retraite. Il continua à militer à la CFDT comme adhérent au SNE-CFDT. En 1989, il fut assistant-réalisateur sur le film de Jean-Pierre Thorn « Je t’ai dans la peau », tourné à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il réalisa également en 1993 un documentaire sur la reconversion professionnelle des anciens de la Navale, intitulé « Moi aussi, j’y retournerais ». Il resta syndiqué CFDT
Jean Relet milita activement pour la conservation du patrimoine industriel du chantier naval. Il fut à l’origine de la création de l’association « Histoire de la construction navale à Nantes » dont l’action permit de sauver de la destruction les outillages, les plans, les photos… du chantier Dubigeon. En 1994, sous son impulsion, avec les anciens de la Navale et avec le soutien de la municipalité nantaise conduite par Jean-Marc Ayrault, fut fondée la Maison des Hommes et des Techniques, installée sur le site et chargée de valoriser le patrimoine sauvegardé. Il en assuma la présidence durant de nombreuses années.
L’action opiniâtre de Jean Relet et de ses camarades permit de sauver le bâtiment de direction « Ateliers et Chantiers de Nantes », la grue Titan, les cales de lancement et la grande nef que les pouvoirs publics de l’époque voulaient raser. Plus tard, étant très attaché à l’identité industrielle du site des chantiers navals, il ne vit pas d’un bon œil l’arrivée des activités de loisirs sur ce lieu, mais ne put s’y opposer. Il fut à la charnière des années 1970-1980, durant quelques années, adhérent au Parti socialiste.
Touché par la maladie, Jean Relet fut contraint de réduire ses activités. En 2018, Marcel Gautier lui succéda ainsi à la présidence de la Maison des Hommes et des Techniques. Il décéda le 13 octobre 2021 à l’âge de soixante-quinze ans. Ses obsèques furent célébrées le 19 octobre en l’église de Bouguenais (Loire-Atlantique)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article251005, notice RELET Jean, Yves, Daniel, André par Bernard Geay, version mise en ligne le 22 septembre 2022, dernière modification le 22 septembre 2022.

Par Bernard Geay

Jean RELET en 1997
Jean RELET en 1997

Sources : Arch. Centre d’Histoire du Travail et Maison des Hommes et des Techniques de Nantes : fonds CFDT Dubigeon. — Entretien avec Martine Relet en mai 2022.

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