NESIC Jacques, François, Camille dit Jonas,

Par André Delestre

Né le 18 janvier 1947 à Sarreguemines (Moselle), mort le 1er février 1991 à Elbeuf (Seine-Maritime) ; employé, mineur puis mécanicien ajusteur ; militant trotskiste ; Pouvoir ouvrier puis LCR ; CFDT ;

Jonas Nesic
Jonas Nesic
préparation de l’appareil photo, outil du militant.

Le père, Voin Nesic, réfugié yougoslave, mineur de fond, marié à Irène née Meyer, mourut d’un accident du travail, alors que Jacques avait trois ans et son frère aîné Charles, cinq ans.
Sa mère s’étant remariée, elle fut agent de service au lycée Le Verrier à Saint-Lô (Manche). Jacques Nesic y suivit des études secondaires jusqu’en première. Dans la période d’adolescence, il se surnomma "Jonas" et Charles devint "Karl". Son engagement politique débuta en classe de seconde. Avec son frère et d’autres camarades, dont Annie Fossey, Jonas Nesic constitua une cellule révolutionnaire "aux buts et moyens indécis", selon le témoignage de Annie. Repérés par des professeurs socialistes, ils créèrent une section des Jeunesses socialistes SFIO, afin de disposer d’une tribune. La section se développa et organisa deux réunions publiques sur le Parlementarisme et la Commune de Paris. Contactés par des militants de Pouvoir Ouvrier, dissidents de Socialisme ou Barbarie, issu d’une scission de la IVème Internationale trotskiste, ils assurèrent au groupe, une formation au sein du Cercle d’études marxistes créée à cet effet. En 1964, Jonas Nesic adhéra à Pouvoir Ouvrier. Son frère aîné, Karl fut le théoricien de la fratrie, Jonas étant davantage porté sur l’action, à la culture politique forte.
Il fut garçon de laboratoire dans un lycée à Lisieux. Puis passa le concours des PTT. En 1968, en stage à Paris, il participa au mouvement de Mai 68. Muté, il travailla au tri postal de Rouen-gare et milita à la CFDT. Il adhéra à la LCR, bien implantée à Rouen, et pris le pseudo "Voia". En 1969, il fut sanctionné pour faits de grève.
Après un bref passage à Bordeaux pour soutenir une candidature LO/LCR, il rejoignit la Lorraine et se fit embauché comme mineur de fond aux Houillères du Bassin de Lorraine (HBL). Il rejoignit la CFDT et côtoya nombre de militants du PSU, issus des mouvements de l’Action catholique. En 1973, toujours à la LCR, il se présenta comme suppléant aux élections législatives au côté de Robert Durn dans la 3e circonscription de Moselle ou le communiste César Depietri fut élu député. Il anima une cellule à Forbach, distribua des tracts autour des casernes, vers les appelés du contingent. Les collages d’affiche et la rédaction de slogans sur les murs en ville lui valurent une arrestation pour dégradation de biens publics. Il fut défendu par Me Antoine Comte.
En 1974, de retour à Rouen, il passa un CAP de mécanicien ajusteur au Centre de formation pour adultes (FPA) de Rouen. Il participa à la campagne présidentielle de Alain Krivine et témoigna à la télévision. Reparti en Lorraine en 1975, il travailla dans une petite imprimerie mais fut licencié, les Renseignements généraux (RG) ayant informé le patron de ses activités. Un temps, il fut mineur en Allemagne. Début 1977, il revint à Rouen et travailla comme aide éducateur à l’Association rouennaise d’éducation de la jeunesse (AREJ), intervenant sur un camp de gens du voyage. Puis, il se fit embaucher par des boîtes d’intérim sur divers chantiers. Souvent en déplacement, il prit ses distances avec les engagements militants durant les années 1980. Embauché à Rhône-Poulenc à Saint Aubin-les-Elbeuf (Seine-Maritime) comme mécanicien ajusteur fin 1980, il se syndiqua, se rapprochant à nouveau de la LCR. Dés mars 1984, il alla soutenir les mineurs britanniques en grève et œuvra à la solidarité. Lors de ses funérailles, une délégation anglaise fut présente. Il participa aux manifestations contre la guerre en Irak. A l’âge de 44 ans, Jonas Nesic se donna la mort.
En 1969, il se maria à Annie Fossey. En 1972 le couple eut une fille. En 1976, ils divorcèrent.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article251024, notice NESIC Jacques, François, Camille dit Jonas, par André Delestre, version mise en ligne le 14 septembre 2022, dernière modification le 15 septembre 2022.

Par André Delestre

Jonas Nesic
Jonas Nesic
préparation de l’appareil photo, outil du militant.

SOURCES : Jean-Paul Salles, La LCR (1968-1981), x Presses Universitaires de Rennes, op. cit. — Antoine Artous, La France des années 1968, Syllepse, 2008. — Yann Kindo, La LCR en Moselle et le bassin de Longwy (1968-1986), Mémoire de Maîtrise, Université de Metz, 1996, 2 volumes. —Notes de Annie Fossey.

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