AUDUC Jean-Louis, Germain, Marcel

Par Alain Dalançon

Né le 11 juin 1949 à Paris (XVe arr.) ; professeur dans le second degré puis en IUFM ; militant syndicaliste du SNES, membre de la CA et du bureau national (1983-1991), secrétaire national (1983-1985), secrétaire général adjoint (1985-1991) ; militant politique à la JC puis au PCF (1966-1968), au PSU (1969-1971), au PS (1972-2005) ; premier adjoint au maire de Méru (Oise), conseiller municipal (1988-1995) puis maire adjoint à Montreuil (Seine-Saint-Denis) (1995-2001), membre du cabinet de Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l’Enseignement professionnel (2000-2002) ; militant de la LDH ; militant de la Laïcité.

Congrès du SNES 1991

Ses parents, Lucien Auduc, tailleur de son état, et sa mère, née Odette Turbeaux, modiste, avaient des opinions politiques de droite ; son père était même proche de l’extrême droite, et sa mère, catholique traditionnaliste, était gaulliste. Jean-Louis Auduc fut donc élevé suivant une éducation catholique assez sévère. Son frère s’y conforma en devenant professeur dans l’enseignement privé catholique, tandis que lui choisit le professorat dans l’enseignement public, en étant ardent défenseur de la laïcité et militant de gauche dans différentes organisations politiques et syndicales.

Jean-Louis Auduc passa toute son enfance et son adolescence dans le IXe arrondissement de Paris où, après l’école primaire Turgot, il fut un très bon élève au lycée Jacques-Decour jusqu’au baccalauréat obtenu en 1967. Adolescent rebelle, en rupture avec l’opinion du milieu familial, il adhéra en 1966 aux Jeunesses communistes dans ce foyer de la contestation lycéenne qu’était le lycée de l’avenue Trudaine. Sa prise de conscience politique s’ancra à la fois dans la demande de libertés et dans la lutte anti-impérialiste pour soutenir les mouvements de libération nationale. Il participa ainsi à la création des CVL (Comités Vietnam lycéens) qui inquiétèrent la direction du PCF et entraînèrent une purge dans les JC, comme à l’UEC, mais il ne fut pas exclu.

Durant l’année 1967-1968, il commença ses études universitaires à la nouvelle faculté de droit et sciences économiques de Nanterre, et vécut intensément les événements du printemps 1968. Déçu par les positions du PCF auquel il avait adhéré, il passa au PSU en 1969, alors qu’il était devenu étudiant à Sciences-Po où il fit deux années d’études. Il entra alors au comité de rédaction de Tribune socialiste, se reconnaissant dans la majorité de Michel Rocard. Il cosigna des articles où se retrouvaient ses premières motivations (« Offensive de printemps » (TS, n° 495, 6 mai 1971) pour soutenir les manifestations américaines anti Vietnam ; « Sortir de la confusion » (TS, n° 539, 24 mai 1972) en faveur de l’émergence d’un mouvement révolutionnaire européen et du soutien aux luttes anti-impérialistes dans le monde. Comme beaucoup de membres du PSU, il adhéra au Parti socialiste en 1972 après la signature du programme commun de la gauche. Il resta cependant fidèle à l’esprit du journal de sa jeunesse, de sorte qu’en 2013, il apporta son soutien à l’Institut Tribune socialiste.

À partir de 1971, Jean-Louis Auduc s’orienta vers des études d’histoire à Paris 1, fut reçu au CAPES en 1973, puis à l’agrégation en 1974. Il épousa en 1974 Marie-Christine Lecocq avec laquelle il eut un fils, Yannick, et dont il divorça en 1977.
Il effectua son service national en 1974-1975. Il s’engagea alors dans les comités de soldats. Dans Politique Hebdo (n°187, du 4 au 10 septembre 1975), Jean-Marie Pernot* et lui, organisateurs de la branche appelés de la CCRAN, condamnaient le militantisme de membres des Jeunesses socialistes au sein d’IDS (Information pour les droits au soldats), et s’opposaient à la perspective d’un syndicat de soldats, considérant que le « moment de la lutte, c’est aujourd’hui le développement et le mûrissement des comités de soldats, leur ouverture plus large, le combat pour leur reconnaissance ». Cet intérêt pour la situation du citoyen par rapport à l’Armée et la Défense nationale le conduisit, plus tard en 1997-1998, à être auditeur à la 50e session nationale de l’Institut des Hautes études de Défense nationale (IHEDN).

Ces années-là, il participa également au club « Démocratie et Université » animé par Gérard Delfau où il eut l’occasion de rencontrer Jean Petite.
Au retour du service militaire, Jean-Louis Auduc fut nommé professeur au collège de Méru, petite ville de l’Oise en pleine croissance, de 8 000 à 10 000 habitants, où il enseigna de 1975 à 1981. Il se remaria le 7 juillet 1979 avec Arlette Laybax, avec laquelle il eut deux enfants : Julien, futur journaliste dans la presse mutualiste, et Benjamin, handicapé accueilli dans un centre en Belgique à partir de 2000, puis à Luçon (Vendée) à partir de 2018.

Il militait localement au Syndicat national des enseignements de second degré en étant secrétaire de la section (S1) de son collège, se reconnaissant dans le courant « Unité et Action », et surtout au PS en étant, de 1977 à 1982, premier adjoint au maire socialiste, Guy Vadepied, élu également député de l’Oise, avec lequel, en 2021, il écrivit un livre sur leur gestion municipale et l’histoire de la ville, notamment sur la tabletterie : Méru, Grandeur et vicissitudes du pouvoir municipal.

L’année 1981-1982, marquée par l’élection de François Mitterrand à la présidence de la république et la constitution d’un gouvernement de gauche dont il souhaitait la réussite, marqua le début d’une nouvelle phase dans son parcours militant.
Nommé au collège Jean-Jaurès de Clichy (1981-1986), il s’investit beaucoup plus au SNES, siégea au bureau de la section départementale des Hauts-de-Seine en 1982-1983, et fut appelé à la direction nationale du syndicat par Jean Petite qui préparait sa retraite et sa succession. Après le congrès national de La Baule en 1983, il fut élu à la CA et au bureau national et entra au secrétariat national, chargé du secteur politique scolaire avec Francis Berguin*, un jeune militant communiste (1950-2012). En 1985, après la prise de retraite de Jean Petite, il devint secrétaire général adjoint aux côtés de Monique Vuaillat, Pierre Toussenel et Louis Weber.
Il eut à gérer plusieurs dossiers difficiles, sujets de débats, non seulement dans la FEN mais aussi dans le SNES et le courant « Unité et Action » : le projet Savary pour la mise en place de la promesse du SPULEN, puis son abandon ; la syndicalisation des personnels de l’enseignement privé au SNUDEP, puis le refus du SNES de les syndiquer ; la décentralisation et la déconcentration ouvrant la voie à l’autonomie ; la première affaire des « foulards » à Creil.

Jean-Louis Auduc quitta la direction du SNES après le congrès de Saint-Malo en 1991. Il réorienta sa carrière dans la formation des maîtres en IUFM récemment créés, et devint directeur adjoint de l’IUFM de Créteil, jusqu’en 2010, d’abord chargé de la formation générale et des enseignements du second degré, puis directeur des études du premier degré. Il mit en place des formations sur les relations parents-enseignants et sur les enjeux de la laïcité à partir de 1999.

Il ne militait pas vraiment au SNPIUFM, syndicat de la FSU succédant au SNPEN, qui fusionna dans le SNESup en 2000. Il milita surtout politiquement, au conseil municipal de Montreuil (Seine-Saint-Denis) de 1995 à 2001, à la Ligue des droits de l’homme, et, en 2000-2002, il fut membre du cabinet de Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l’Enseignement professionnel, chargé des questions de violence scolaire. À ce titre, il coordonna deux universités d’été interministérielles « Éducation et Politique de la Ville ».

À Montreuil, où il résidait, il était depuis 1995, adjoint à la sécurité publique, à la prévention et à la vie associative, dans la municipalité toujours dirigée par Jean-Pierre Brard*. Pour le renouvellement municipal de 2001, le « Comité des 44 sages », chargé de sélectionner les candidatures remises au maire pour constituer sa liste, « La ville ensemble, Montreuil solidaire », Jean-Louis Auduc se retrouva à la 42e place. Considérant qu’il devenait non éligible et donc indésirable, il préféra décliner et démissionna de ses délégations d’adjoint au maire ainsi que de ses mandats de président de la Semimo-B et de la Saiem montreuilloise d’habitation qu’il occupait depuis 1995. Cette année-là, il avait en effet accepté de figurer sur la liste de la « gauche plurielle » pour préparer le plan de sauvetage de la Semimo-B, enlisée dans une dette totale de 1,7 milliard de francs.

En 2005, Jean-Louis Auduc quitta le PS et n’eut plus d’adhésion partisane ensuite. Mais il continuait à militer sous d’autres formes.
Il fut membre de la concertation nationale sur la refondation de l’École et administrateur national des Pupilles de l’enseignement public (PEP) (2009-2012). Il participa de 2010 à 2014 aux travaux du Haut Conseil à l’Intégration (HCI), notamment au sein de sa commission « laïcité ». Il termina sa carrière comme chargé de cours à l’Université de Paris-Ouest-Nanterre (2010-2012).

Jean-Louis Auduc a publié de nombreux ouvrages et articles sur le fonctionnement du système éducatif, la violence à l’école, la citoyenneté et la laïcité. Il a en particulier mené des recherches dans deux domaines :
- L’amélioration des relations parents-enseignants, ce qui l’a amené à travailler avec la commission parlementaire présidée par Xavier Breton sur les rythmes de la vie scolaire en 2010, à écrire différents articles et ouvrages sur la question, à piloter un comité de réflexion sur les relations Familles-École, et à travailler de façon importante à la formation des militants des deux grandes fédérations de parents d’élèves du public. Il eut aussi l’occasion de participer à des stages de formation syndicale organisés par le SNES et des sections départementales de la FSU ou à un colloque de l’IREA SGEN-CFDT.
- L’échec scolaire masculin précoce, notamment les grandes difficultés des jeunes garçons à l’entrée au collège en proie à une crise d’identité lors de la sortie de l’enfance, celle-ci étant due notamment à l’absence de modèles masculins.

Retraité, directeur honoraire des études à l’INSPE-Université Paris Est Créteil, il continua surtout à se préoccuper de la lutte contre tous les communautarismes et la défense de la laïcité qui, pour lui, est le principe, clé de voute de l’organisation du système éducatif et de la société. En 2013, il participa à la rédaction de la Charte de la laïcité, lancée par Vincent Peillon, alors ministre de l’Éducation nationale. En 2014, il dénonçait la pénurie d’enseignants dans les banlieues populaires de la région parisienne, demandant une effort salarial consistant, une réelle formation des maîtres et un seul concours en Île de France pour les professeurs des écoles (Café pédagogique, novembre 2014).
Il fit aussi partie du « Conseil des sages de la laïcité » mis en place par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Il multipliait ses interventions auprès de l’IH2EF pour les cadres de l’Éducation nationale ou de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), dans des colloques, dont plusieurs du Comité Laïcité République, sur les radios et télévisions, dont la chaîne Awal, et publia en 2021, Pour une approche laïque des faits religieux : outil pédagogique, (La Boîte à Pandore).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article251139, notice AUDUC Jean-Louis, Germain, Marcel par Alain Dalançon, version mise en ligne le 20 septembre 2022, dernière modification le 25 septembre 2022.

Par Alain Dalançon

Congrès du SNES 1991
Monique Vualliat souhaite bon vent à Jean-Louis Auduc lors de son départ de la direction du SNES en 1991
Militant de la LDH dans les années 1990
Dans les années 2000
Lors d’une conférence

ŒUVRE : Une trentaine d’ouvrages sur l’école, seul ou en collaboration ; une centaine d’articles.
Ouvrages, outre ceux cités :
Enseigner en « banlieues », Hachette, 1996. — Les institutions scolaires et universitaires, coll 128, Nathan, 1997. — L’Ecole en France. De la maternelle à l’Université, Nathan, septembre 199. — Guide des parents, Parents, ne restez pas sur le trottoir de l’école, (collectif), Nathan, 2004. — L’Ecole en France (coll. Repères pratiques) Nathan, 2006. —
La Laïcité à l’école : un principe, une éthique, une pédagogie (avec Jacqueline Costa-Lascoux), IUFM et CRDP de l’académie de Créteil, 2006. — Le Système éducatif : L’état des lieux, Hachette, 2010. — Sauvons les Garçons !, Descartes et Cie, 2009. — Agir en fonctionnaire de l’Etat, et de façon éthique et responsable, Hachette, 2e ed janvier 2012. — École : la fracture sexuée. Le sexe faible à 1école : les garçons ! Comment éviter qu’ils échouent, Editions Fabert, 2016.

SOURCES : Arch. IRHSES (BN, CA, congrès, secteurs de la vie du SNES). — Antoine Rauzy, L’apparition et l’extension des comités de soldats en France dans les années 70 (mai 1974-mars 1976, maîtrise d’histoire, Paris1, janvier 1999. — Le Parisien, 7 février 2001. — Nombreux sites internet et vidéos sur ses activités citées. — Renseignements fournis par l’intéressé.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément