BOUCHOUICHA Yahia

Par Madeleine Peytavin, Nicolas Simonpoli

Né le 16 décembre 1951 à Oran (Algérie) ; cheminot, agent du SES ; syndicaliste CGT, délégué du personnel à Paris Saint-Lazare (1982-1998), élu du CER de Paris Ouest Rive Droite (1994-2002), membre de la Commission exécutive de l’UL-CGT du XVIIe arrondissement de Paris, membre du Comité technique national SES de la Fédération CGT des Cheminots ; militant communiste ; élu local à Colombes (2008-2020).

Yahia Bouchouicha était le fils de Tahar Bouchouicha, ouvrier forestier, et de Zohra Ouadjed, mère au foyer. Enfant, Yahia connut la fin de la guerre d’Algérie. Son grand-père, exploitant agricole, considéré comme un notable, fut soupçonné de sympathiser avec l’Etat français. Au moment de la guerre de Libération nationale, il fut tué par le FLN alors même qu’une partie de la famille soutenait l’action du Front de Libération. En 1962, l’ensemble de la famille, qui comptait dix enfants, dut quitter le village de Tafaroui, dans la wilaya d’Oran, pour rejoindre la métropole. Pendant plusieurs mois, Yahia et ses proches errèrent dans les différents camps de harkis. Le camp de transition de la Cavalerie (camp militaire du Larzac, Aveyron) accueillit d’abord la famille, puis elle fut expédiée au camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Enfin elle fut hébergée au camp de Roquesteron (Alpes-Maritimes) dans des logements en préfabriqués construits sur les hauteurs, loin du village. Sa famille s’y installa et la fratrie put enfin fréquenter l’école communale. En Algérie, Yahia avait fréquenté quelques mois l’école coranique et l’école municipale. Il parlait deux langues : le français et l’arabe. Arrivé en France, Yahia effectua ses études primaires à Roquesteron (Alpes-Maritimes) puis à Gillette (Alpes-Maritimes). En difficulté avec l’écrit, il apprit néanmoins très vite. Il découvrit notamment Croc Blanc de Jack London ou Le Petit prince de Saint-Exupéry. En 1967, il obtint son Certificat d’études primaires à Gillette (Alpes-Maritimes), par la suite il obtint un CAP de tourneur dans le cadre de la formation professionnelle à Marseille (Bouches-du-Rhône).

Au terme de sa scolarité, Yahia Bouchouicha entra dans la vie active. Après quelques petits boulots à Marseille, il prit la direction du Nord de la France. Entre 1970 et 1971, il travailla comme ajusteur d’entretien dans l’usine d’Usinor de Trith-Saint-Léger (Nord). L’année suivante, il entra à la SNCF comme agent d’entretien de la voie à la section Equipement d’Achères (Yvelines). Hormis l’intermède de son service militaire, de 1973 à 1974, il demeura à ce poste jusqu’en 1975. Cette même année, il fut muté au service de pose et d’entretien des caténaires, service où il demeura jusqu’en 1980. Avec ses collègues, postés en gare de Bécon-les-Bruyères, il assura la maintenance des installations de la région de Paris Saint-Lazare. De 1981 à 2002, il fut chargé de l’entretien des systèmes de signalisation mécanique puis, de 2002 à 2005, il intégra une équipe d’appui technique au niveau de la circonscription de Paris Saint-Lazare. En 2005, il fit valoir ses droits à la retraite.

En 1970, au moment de son embauche chez Usinor, Yahia Bouchouicha adhéra à la CGT. Il conserva cet engagement dans le monde cheminot puisqu’il adhéra à la fédération CGT en 1976. Tout d’abord, Yahia exerça différentes responsabilités au niveau de son établissement. Membre du secrétaire du syndicat de Paris Ouest Rive Droite, il fut également délégué du personnel de 1982 à 1998, et élu secrétaire-adjoint du Comité d’établissement régional SNCF de Paris St-Lazare de 1994 à 2002, président des activités sociales de 1996 à 2002. En parallèle, il s’investit dans l’activité fédérale, notamment en tant que membre du Comité technique national de la filière SES (systèmes électriques et signalisations). Enfin, il s’engagea également dans l’action interprofessionnelle en tant que membre de la CE de l’UL-CGT du 17e arrondissement de Paris dans laquelle il officia comme formateur syndical. Afin d’assurer ses missions, il suivit lui-même différentes formations : de base (1977), niveau moyen (1994) et gestion des CE (2000).

Au cours de sa carrière cheminote Yahia Bouchouicha participa à la grève de l’hiver 1986-1987 et au mouvement social de l’hiver 1995. Ce dernier fut un évènement particulièrement marquant, en raison des moments de solidarité entre cheminots, de l’importance de la mobilisation à Paris Saint-Lazare, des longs trajets à pieds pour se rendre aux manifestations ou encore des nouveaux outils mis en œuvre par les grévistes. Ainsi, en 2020, interrogé par l’étudiant en histoire Lucien Chapuis, Yahia Bouchouicha se souvint notamment du rôle joué par le fax dans la communication entre les différents groupes mobilisés afin de fédérer le mouvement. Pour lui, la grève de 1995 fut également marquée par le soutien des voyageurs, par les débats concernant la gestion de la caisse de grève ou la qualité de la vie syndicale mais aussi par la coordination des Assemblées générales – des brigades de Clichy-Levallois, du quai 1 et du quai 27 – qui se tinrent tout au long du mouvement social.

En parallèle de son engagement syndical, Yahia Bouchouicha fut également engagé sur le plan politique. Militant du Parti communiste français à compter de 1977, il occupa les responsabilités de secrétaire de section à Colombes (Hauts-de-Seine) de 2008 à 2020 et, de 2005 à 2009 de responsable du pôle « vie du parti » pour la fédération PCF des Hauts-de-Seine. Au niveau local, il fut élu conseiller municipal chargé de l’habitat, dans la ville de Colombes (Hauts-de-Seine) de 2008 à 2014. Il exerça notamment la fonction de vice-président de l’office HLM de la ville. À partir de 2014 et jusqu’en 2020, il fut élu de l’opposition.

À partir de 2006, il s’investit également dans l’association Colombes-Palestine, association dont il fut membre du bureau.

En août 1980, il se maria avec Evelyne Dujardin, institutrice, militante communiste et syndicale, qu’il avait rencontré à Nanterre (Hauts-de-Seine). Ce fut par son entremise qu’il adhéra au PCF. Par la suite, le couple eut deux enfants, tous deux syndiqués à la CGT, dont l’un devint cheminot à Paris Saint-Lazare. Au plan familial, Yahia Bouchouicha fut également très marqué par l’action militante de son beau-père, Henri Dujardin, cheminot, responsable cégétiste à Paris Saint-Lazare qui fut pour lui un modèle d’engagement.

En 2019, lorsque la France fut traversée par l’épidémie de Covid-19 et toute la population contrainte de rester enfermée à son domicile, Yahia Bouchouicha eut l’envie d’écrire. Il écrivit deux ouvrages, l’un autobiographique Les Boîtes à sardines, l’autre fictionnel Meurtres en série.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article251635, notice BOUCHOUICHA Yahia par Madeleine Peytavin, Nicolas Simonpoli, version mise en ligne le 15 mai 2023, dernière modification le 2 octobre 2023.

Par Madeleine Peytavin, Nicolas Simonpoli

SOURCES : Lucien Chapuis, La gare de Paris Saint-Lazare pendant la grève de 1995. Structures et acteur-rices d’un conflit marquant le renouveau de l’action sociale, Mémoire de M2 en Histoire, Université Paris Nanterre, 2021. — Notes de Madeleine Peytavin. — Témoignage de l’intéressé, octobre 2022.

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