Yves (Charente-Maritime), 20 septembre 1944

Par Dominique Tantin

Un combat opposant des FFI-FTP de la brigade Demorny venus de Dordogne et de Corrèze à des troupes allemandes de la poche de La Rochelle fit 20 morts parmi les résistants et un mort parmi les civils.

Stèle commémorative du combat du 20 septembre 1944 à Yves (Charente-Maritime)
Stèle commémorative du combat du 20 septembre 1944 à Yves (Charente-Maritime)
Crédit : MémorialGenWeb

Le 20 septembre 1944, le grand Sud-ouest est libéré. Dès la seconde quinzaine d’août, les Allemands se sont repliés vers le Reich afin d’éviter leur encerclement par les Alliés venant de Normandie et de Provence. Mais Hitler a ordonné que les grands ports de la côte atlantique soient défendus pour empêcher leur utilisation par les Alliés. Des troupes déterminées et bien armées ont donc créé des périmètres défensifs à Lorient, à l’embouchure des estuaires de la Gironde et de la Loire, ainsi que, dans l’intervalle, à La Rochelle. Le siège des poches par les Forces françaises de l’Ouest, constituées pour l’essentiel par des formations FFI transformées en unités régulières à compter du 1er octobre 1944, ne se terminera – à l’exception de la poche de Royan et de la pointe de Grave prises d’assaut en avril 1945 – que par la capitulation générale des troupes allemandes le 8 mai 1945.
Dans le secteur d’Yves, commune littorale située au sud de la poche, entre La Rochelle et Rochefort, ce sont les FFI de la brigade Demorny (pseudonyme du lieutenant-colonel Paul Bousquet ; cf. infra) qui étaient au contact du périmètre défensif allemand. La Brigade périgourdine Demorny "réunit tactiquement quelque onze bataillons périgourdins et corréziens, répartis en trois " régiments " (Demorny, Soleil et Ricco) [FTP] et arrivés de septembre à novembre, pour un effectif de 4 379 hommes au 1 er décembre : fin 1944, la brigade se réorganise en un 108e RI, réunissant trois bataillons standards, leurs unités de soutien et un bataillon de dépôt." (Stéphane Weiss, op. cit. p. 4).
Le 20 septembre 1944, les Allemands firent face à l’attaque menée par la 4e compagnie du 3e bataillon de la brigade, commandée par le lieutenant Pierre Galbois, âgé de 21 ans (auparavant lieutenant au 3e régiment FTP, 6e bataillon).
Voici le récit des évènements présentés par l’historien Yves Tricaud (CD-Rom La Résistance en Charente-Maritime, AERI, mars 2010, article Yves).
Pierre Galbois "a sous ses ordres trois sections de combattants originaires de France, deux sections de combattants originaires d’Afrique du Nord et un détachement de soldats russes, déserteurs de l’armée allemande où ils avaient été enrôlés de force comme supplétifs. Le 13 septembre, il reçoit la mission de s’emparer de divers emplacements fortifiés et de plusieurs blockhaus situés au nord-est d’Yves, ainsi que de la maison du Marouillet à proximité.

Il forme un groupe de combat composé de vingt-deux soldats français, de vingt-deux russes et d’une infirmière russe. Le groupe part dans la nuit. La traversée des marais s’avère difficile. Le guide se perd et finalement le groupe entre dans le village encore endormi d’Yves à six heures du matin.

Des habitants indiquent que les Allemands sont partis la veille et se sont repliés à quelques centaines de mètres. Ils sont plusieurs centaines alors que les premiers renseignements faisaient état d’une centaine de combattants ennemis, au surplus démoralisés. Dans ces conditions, il n’est plus question de mener l’attaque prévue au départ.

Les 14 et le 15 septembre, deux tentatives sont faites pour rendre compte à l’état-major de la situation mais elles échouent en raison de la difficulté à traverser les marais. Le 16, une liaison est établie avec l’arrière. Des renforts sont annoncés mais ils ne viennent pas. Les journées du 17, du 18 et du 19 se passent dans un calme relatif entrecoupé de quelques escarmouches.

Le 20 septembre, au matin, le village est encerclé. Les combats commencent. Une première tentative menée en vue de percer les lignes ennemies échoue, puis une seconde échoue également. Elle est conduite par un groupe de combattants russes qui considèrent qu’ils n’ont rien à perdre, étant traités comme des déserteurs par les Allemands. Au bout de quatre heures de combats acharnés, les pertes sont lourdes et le lieutenant Galbois décide de demander l’arrêt des combats.

Le sort des combattants est plus qu’incertain. Leur qualité de maquisards et de surcroît, pensent-ils, de combattants FTPF, fait d’eux les victimes toutes désignées d’exécutions sommaires. Internés au camp de la Sauzaie près de Saint-Xandre, ils sont finalement reconnus comme combattants et échangés. C’est l’une des premières interventions de ce genre. Elle est habilement menée par le commandant Meyer." [cf. Hubert Meyer]
Le bilan de cet épisode est lourd : vingt morts sur quarante-cinq combattants […] La commune d’Yves a fait l’objet de la citation suivante, comportant l’attribution de la croix de guerre avec étoile de bronze : "Après avoir été le théâtre de combats acharnés, Yves, petite commune de 350 habitants , située sur le front de l’Atlantique, a été incendiée en représailles pour l’aide continue et efficace que ses habitants apportaient aux armées de la Libération. Malgré ses souffrances, ses ruines, sa population a toujours fait preuve de la foi la plus vive dans la victoire finale".
Les noms des 20 FFI sont inscrits sur un monument commémoratif situé dans le cimetière, près de l’église, classés par nationalités. Il s’agit de deux Espagnols, de sept Français, d’un Malgache et de dix Soviétiques ("Russes" sur la stèle).
La liste est accompagnés de l’inscription : "La Commune d’Yves aux héros Français et Alliés morts pour la Libération" - "3ème Régiment F.F.I. - 6ème Bataillon - 4ème Compagnie de France - Aux vingt combattants de la Liberté volontaires de la Résistance Française tués au combat à Yves le 20 septembre 1944 - Morts pour La France"
Le nom d’une vingt-et-unième victime s’ajoute à ce lourd bilan, un civil abattu par les Allemands, dont le nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune d’Yves.

Liste des résistants
Espagnols
ABAD Florencio, Manuel
GARCIA André
Français
ALIABOZI ou ALIABOZY Paul
BLOCH Werner
FABBRI Marcel
GREZEL René
HERRBACH Serge, Gaston
LANZ Michel
TALON Alexandre, Joseph
Malgache
RANDRIAMAZI Pierre
Soviétiques, dit "Russes" sur la stèle (transcription des patronymes probablement approximative)
AKKIL
ALIABET
DER MURSALEF
EIPTONOF
FENDIKOF
GRIMAIEFF
GROMOFF Serge
IBRAGIMOF
MOKHAPCHEF
VOLKOF
Un civil
REYEZ Maurice


NB : Paul BOUSQUET (25 janvier 1912, Le Fleix, Dordogne - 21 novembre 1989, Sainte-Foy-la-Grande, Gironde), enterré à Le Fleix. Ancien directeur d’école à Issigeac (Dordogne), colonel F. T. P. dans la résistance, il se distingua autant en Dordogne-Sud que, par la suite, à la tête de la Brigade "DEMORNY" (son nom de guerre) et, en dernier lieu, du 108 ème R.I. reconstitué à partir de cette unité et qui fut engagé dans la poche de la Rochelle, face à 15.000 Allemands fortement retranchés sur un front de 30 km.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article252051, notice Yves (Charente-Maritime), 20 septembre 1944 par Dominique Tantin , version mise en ligne le 5 novembre 2022, dernière modification le 15 novembre 2022.

Par Dominique Tantin

Stèle commémorative du combat du 20 septembre 1944 à Yves (Charente-Maritime)
Stèle commémorative du combat du 20 septembre 1944 à Yves (Charente-Maritime)
Crédit : MémorialGenWeb
Plaque commémorative de la stèle commémorative d'Yves.
Plaque commémorative de la stèle commémorative d’Yves.
Crédit : Geneanet
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