INCONNU [« DOMINIQUE »] du maquis de Villebazy (Aude) de l’Armée secrète (AS)

Par André Balent

Sénégalais ayant intégré le maquis de Villebazy, mort le 17 juillet 1944 à Villebazy (Aude) en action de combat ou exécuté (?)

Villebazy (Aude)
Tombe de "Dominique", maquisard (AS) inconnu, tué le 17 juillet 1944 par les troupes d’occupation
Source : MemorialGenWeb, cliché Ludovic Petit

Le maquis de Villebazy (ou corps franc « Lorraine », à partir du 11 août 1944, lorsque le maquis eut quitté les Corbières) a été fondé en janvier 1941 à l’initiative de Jean Bringer, chef départemental de l’AS qui oeuvra au regroupement de rassemblements de réfractaires au STO pris en main dès 1943 par des militants locaux de l’AS des Corbières. Mais ce ne fut que vers avril 1944 que le maquis dit de Villebazy se structura réellement. Il releva toujours de l’AS car les CFL ( Corps francs de libération) regroupant après fusion, les différentes formations de combat des Mouvement unis de la Résistance ne virent jamais le jour dans l’Aude, l’AS et l’AO, (Action ouvrière) conservant leur spécificité. Il était commandé par Antoine Arnaud alias « lieutenant Jacques ». D’abord implanté dans le secteur de Limoux, il le quitta pour les Hautes Corbières, pour s’installer plus au sud, vers Mouthoumet et Lairière (le 10 juillet, dans cette commune), avant de faire mouvement vers le nord-ouest. Finalement centré sur les Corbières, il établit son cantonnement dans un bois de Villebazy, à la ferme de Comemazière (orthographié « Coumemazière » dans le dossier du maquis — 1952 — du SHD à Vincennes : voir les sources de la notice), dans le nord-ouest du massif entre Limoux, au sud, et Carcassonne, au nord. Il s’y trouvait au mois de juillet.

Le 1e juin, le maquis de Villebazy avait été soupçonné par l’armée d’occupation d’être à l’origine de l’interception d’un train sur la ligne de Carcassonne à Quillan, dans l’ancienne gare de Madame (entre celles de Carcassonne et de Couffoulens-Leuc, en service, 2022) et d’avoir tué son mécanicien accompagné de trois cheminots allemands. Le 13 juillet, le même maquis avait attaqué sans succès, près du pont sur l’Aude, à Alet (Aude), une automobile de la Sipo-SD de Carcassonne transportant des résistants arrêtés à Espéraza (Aude). Les forces allemandes étaient en alerte depuis le 6 juin. En effet, le général Blaskowitz, commandant le groupe d’armée G (état-major à Rouffiac-Tolosan, Haute-Garonne), soucieux de préserver l’axe de communication entre le Bassin Aquitain et la vallée du Rhône avait décidé d’éradiquer les maquis de la partie orientale des Pyrénées et du sud du Massif Central.

Un Sénégalais originaire de Dakar — « Dominique » (prénom ou pseudonyme ?), d’après le témoignage de Fernand Barthez, de Ferrals-les-Corbières, chef de secteur des Basses Corbières de l’AS (Maury, op. cit., p. 229) — avait intégré le maquis. Il était peut-être un « tirailleur » d’un régiment africain de l’armée d’armistice dissoute en novembre 1942. Le dossier du maquis de Villebazy (corps franc Lorraine), visé par une commission officielle le 21 février 1952, dit qu’il a déserté de son unité (travailleurs « indigènes » ?) de Narbonne (Aude) en juin 1944 (SHD, Vincennes).

Informé par ses agents français, Joseph Robert et Fernand Fau, aidé par son traducteur (et tortionnaire) alsacien, René Bach, la Sipo-SD localisa le maquis de Villebazy et ses auxiliaires de Ladern-sur-Lauquet (Aude), et, le 17 juillet 1944 (Julien Allaux (op.cit, p. 176) a indiqué par erreur le 18 juillet), mena une opération contre lui. Connaissant son cantonnement de Comemazière à Villebazy, une colonne de 150 hommes, munie d’un canon et accompagnée par quelques miliciens l’attaqua. Mais les maquisards, une quinzaine, eurent le temps, pour la plupart, de quitter les lieux. Le maquisard sénégalais était encore là. Il fut, toujours d’après Julien Allaux (op. cit., p. 176) décapité par un obus. Le dossier du SHD (GR 19 P 11/8) signale, en revanche, que « Dominique », fait prisonnier par les Allemands fut aussitôt exécuté par eux. La ferme fut incendiée et le feu se communiqua à la forêt voisine qui brûla jusqu’au lendemain. Le maquis quitta les Corbières et se replia dans le nord-ouest de l’Aude, dans la Malepère. Les Allemands qui le cherchaient toujours dans les Corbières tombèrent par hasard sur des FTPF du maquis « Vincent-Faïta » qu’ils affrontèrent à Lairière le 26 juillet 1944.

« Dominique » fut inhumé dans le cimetière de Villebazy. Sur sa tombe fut apposée une plaque avec les mots suivants : « Mort pour la France Ici repose un soldat inconnu de l’Empire assassiné par les barbares teutons le 17 juillet 1944 au maquis de Commemazière (sic) Pense à lui Concession perpétuelle ». Il figure, avec la mention « Inconnu », sur le monument aux morts de Villebazy, au titre de 1939-1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article252517, notice INCONNU [« DOMINIQUE »] du maquis de Villebazy (Aude) de l'Armée secrète (AS) par André Balent, version mise en ligne le 26 novembre 2022, dernière modification le 26 novembre 2022.

Par André Balent

Source : MemorialGenWeb, cliché Ludovic Petit ">
Villebazy (Aude)
Tombe de "Dominique", maquisard (AS) inconnu, tué le 17 juillet 1944 par les troupes d’occupation
Source : MemorialGenWeb, cliché Ludovic Petit

SOURCES : SHD, Vincennes, GR 19 P 11/8, maquis de Villebazy, dossier établi en 1952. — Julien Allaux, La 2e guerre mondiale dans l’Aude, Épinal, Éditions du Sapin d’Or, 1986, 255 p. [p. 176]. — Lucien Maury (dir.), La résistance audoise (1940-1944), tome II, Carcassonne, comité d’Histoire de la Résistance du département de l’Aude, 1980, 439 p. [p. 229, p. 395]. — Site MemorialGenWeb, consulté le 25 novembre 2022.

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