Buzet-sur-Baïse (Lot-et-Garonne), juin-juillet 1944

Par Dominique Tantin, François Frimaudeau, Guy Penaud

À plusieurs reprises, en juin et juillet 1944, la commune de Buzet-sur-Baïse fut investie par des Waffen-SS de la 2e Panzerdivision Das Reich. Au total, onze personnes furent abattues, dont une dans la commune limitrophe de Saint-Pierre-de-Buzet.

Mur de la maisonnette (route de Damazan) contre lequel les otages ont été fusillés
Mur de la maisonnette (route de Damazan) contre lequel les otages ont été fusillés
Crédit : La Résistance en Lot-et-Garonne, CD-Rom, AERI, 2011.

La répression du 22 juin 1944 à Buzet-sur-Baïse serait, selon l’historien François Frimaudeau (Les évènements de Buzet-sur-Baïse, op. cit.), la conséquence d’une action des maquisards dix jours plus tôt à Damazan, commune voisine de Buzet. Le 12 juin 1944, ils y firent sauter un pont, ce qui sectionna le câble téléphonique souterrain qui reliait Bordeaux à Toulouse. Ils attaquèrent l’équipe de réparation et tuèrent plusieurs soldats allemands.
En représailles, le 22 juin, un important détachement de Waffen-SS du régiment Deutschland de la 2e Panzerdivision Das Reich venant de son cantonnement d’Aiguillon (Lot-et-Garonne) et dirigé par le commandant Willy Dusenschön investit Buzet-sur-Baïse et massacra six habitants. Selon les historiens Guy Penaud (La Das Reich, op. cit. pp. 447-448) et François Frimaudeau (Les évènements de Buzet-sur-Baïse (22 juin 1944), op. cit.), les faits se déroulèrent de la manière suivante.
Après avoir rassemblé et interrogé les hommes sur la place du village, (nous reprenons ensuite récit de Guy Penaud) les SS "arrêtèrent […] le curé de la paroisse, l’abbé Laborie, et six autres habitants, Pierre Ruchaud, 49 ans, facteur à Aiguillon, son gendre, Armand Sainte-Lagüe, 32 ans, et Justin Laffon, 58 ans, (tous les trois suspectés d’être des « chefs communistes »), Jean Neuville, 65 ans, (le beau-père du chef de la Résistance, René Dupouy, que les Allemands recherchaient activement), Giovanni Costalunga, 37 ans, qui avait déserté l’organisation Todt, et le menuisier Louis Dassy, qui ne dut son salut qu’à l’intervention du président de la Délégation spéciale (en fait le maire), Simon Adam, qui réussit à le faire libérer. À ces six Buzéquais, les SS ajoutèrent André Boudey, 35 ans, cafetier à Damazan (Lot-et-Garonne), arrêté alors qu’il travaillait sa vigne et qui ne put présenter ses papiers d’identité restés dans sa veste au bout du rang. Tous furent embarqués à la sortie du village, sur la route de Damazan. Là, on les fit tous descendre à l’exception de l’ecclésiastique qui, demeuré dans le camion (ou un autobus, selon les sources), vit ses compagnons d’infortune abattus à coups de mitraillette vers 15h15. Sur le mur de la maisonnette (une maisonnette en mauvais état au milieu d’une ancienne vigne, précise François Frimaudeau) contre lequel ils furent tués, figurent aujourd’hui les plaques commémorant leur martyre. Le curé fut amené à Aiguillon où il fut brutalisé. Incarcéré à la prison d’Agen, il fut cependant relâché dès le lendemain […]."
Guy Penaud relate ensuite les exactions commises par les SS les 22 et 23 juin, et enfin le 13 juillet 1944.
Le 22 juin, "la 5e compagnie du régiment Deutschland s’installa au château de Buzet, où elle demeura jusqu’au 14 juillet, commettant cinq autres exécutions […]. Ainsi, le 22 juin à 19h, Pierre Georges Cruzel, 46 ans, fut abattu dans son champ, sur la commune de Saint-Pierre de Buzet. Ce fut ensuite le tour de trois jeunes réfractaires au STO d’être tués : Constantin Huesco, 18 ans, journalier à Vianne (Lot-et-Garonne), le 23 juin, Joseph Étienne Petronio, 23 ans, et Guiseppe Satta, 32 ans, originaires de Marseille, mais résidant à Xaintrailles (Lot-et-Garonne). Ces deux derniers furent exécutés le 29 juin 1944 dans la chapelle du château située sous le clocher de l’église du Haut-Buzet. Enfin, le 13 juillet, l’ancien maire de Buzet, Jean René Pébéray, 63 ans, qui avait refusé de sa soumettre au couvre-feu, fut, à son tour, tué à 21h."
Route de Damazan, sur le mur de la maisonnette (dite "la cabane des fusillés"), une plaque principale porte l’inscription : "Six Patriotes Buzéquais furent sans jugement fusillés en ce lieu par les Allemands le 22/06/1944". Elle surmonte six plaques nominatives. Les noms des victimes de la répression de juin et juillet 1944, y compris des morts en déportation, sont gravés sur le Monument commémoratif 1939-1945 érigé dans le centre-ville.


Liste des victimes
22 juin 1944
BOUDEY André
COSTALUNGA Giovanni
LAFFON Justin
NEUVILLE Jean
RUCHAUD Clément, Pierre
SAINTE-LAGÜE Armand
CRUZEL Pierre, Georges abattu à Saint-Pierre-de-Buzet
23 juin 1944
HUESCO Constantin
29 juin 1944
PETRONIO Joseph, Étienne
SATTA Guiseppe
13 juillet 1944
PEBERAY Jean, René


Sur le monument commémoratif 1939-1945 sont aussi inscrits les noms suivants 
Morts dans d’autres communes
BAGAU Jean, André, le 12 avril 1944 à Tonneins (Lot-et-Garonne)
LAFFON René, Roger, le 23 août 1944 à Saint-Symphorien (Gironde)
Morts en déportation
BAGAU Basile, Pierre, Alban, le 22 février 1945 à Bergen-Belsen
JAMIN Julien, Victor, le 24 décembre 1944 à Neuengamme
ROUMAT Pierre, le 31 mai 1944 à Bergen-Belsen

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article252605, notice Buzet-sur-Baïse (Lot-et-Garonne), juin-juillet 1944 par Dominique Tantin, François Frimaudeau, Guy Penaud , version mise en ligne le 29 novembre 2022, dernière modification le 5 décembre 2022.

Par Dominique Tantin, François Frimaudeau, Guy Penaud

Stèle de Buzet-sur-Baïse (route de Damazan) à la mémoire des six fusillés du 22 juin 1944
Stèle de Buzet-sur-Baïse (route de Damazan) à la mémoire des six fusillés du 22 juin 1944
Crédit : La Résistance en Lot-et-Garonne, CD-Rom, AERI, 2011.
Maisonnette (route de Damazan) derrière laquelle les otages ont été fusillés.
Maisonnette (route de Damazan) derrière laquelle les otages ont été fusillés.
Crédit : La Résistance en Lot-et-Garonne, CD-Rom, AERI, 2011.
Mur de la maisonnette (route de Damazan) contre lequel les otages ont été fusillés
Mur de la maisonnette (route de Damazan) contre lequel les otages ont été fusillés
Crédit : La Résistance en Lot-et-Garonne, CD-Rom, AERI, 2011.
Plaque de Buzet-sur-Baïse sur le mur de la maisonnette contre lequel les otages ont été fusillés
Plaque de Buzet-sur-Baïse sur le mur de la maisonnette contre lequel les otages ont été fusillés
Crédit : La Résistance en Lot-et-Garonne, CD-Rom, AERI, 2011.
Stèle de Buzet-sur-Baïse au centre du village.1.
Stèle de Buzet-sur-Baïse au centre du village.1.
Crédit : Geneanet
Stèle de Buzet-sur-Baïse au centre du village. 2.
Stèle de Buzet-sur-Baïse au centre du village. 2.
Crédit : Geneanet
Stèle de Buzet-sur-Baïse au centre du village. 3.
Stèle de Buzet-sur-Baïse au centre du village. 3.
Crédit : Geneanet

SOURCES : François Frimaudeau, Les évènements de Buzet-sur-Baïse (22 juin 1944), in La Résistance en Lot-et-Garonne, CD-Rom AERI, 2011. — Guy Penaud, La Das Reich, 2e SS Panzerdivision, Périgueux, La Lauze, 2005, p. 447-448. — Mémoire des Hommes. — MémorialGenWeb. — Geneanet.

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