COLOMB Maurice

Par André Balent

Né le 2 mars 1896 à Carcassonne (Aude), massacré le 23 août 1944 à Blomac (Aude) ; limonadier et brasseur ; victime civile.

Maurice Colomb, fils d’Antoine Colomb, fabricant d’eau gazeuse (1896) et de Catherine Durand, âgés respectivement de trente-quatre et de trente ans, était né et vivait, avant 1916 au 93 rue Barbès du chef-lieu de l’Aude, Carcassonne. Cette maison, à proximité de la place Carnot, se situe en plein centre de la vieille « Bastide Saint-Louis », sur la rive gauche de l’Aude, à l’opposé de la « Cité », sur la rive droite. La Bastide est le vrai centre de la ville, au détriment d’une Cité médiévale emmuraillée, reléguée dans une périphérie pas encore pleinement touristique en ce début du XXe siècle. Issu d’un milieu de commerçants, il avait, d’après sa fiche du registre matricule, un degré d’instruction 2, bien élémentaire, car il n’avait pas acquis de savoir substantiel au-delà de la lecture et de l’écriture. Avant de rejoindre l’armée, en 1916, il avait eu une première activité professionnelle comme mécanicien automobile et chauffeur, mais était déjà déclaré comme cafetier limonadier,, profession dans la continuité de celle de son père. Démobilisé, il exerça d’emblée cette profession, limonadier, toujours à la même adresse, par ailleurs celle de son domicile. Dans l’entre-deux-guerres, il diversifia ses activités, brasseur et fabriquant de limonade et d’eau de Seltz, ce qui ne l’empêchait pas, en 1924, de vendre, en exclusivité pour les arrondissements de Carcassonne et de Limoux, des lubrifiants pour automobiles, de la marque « D EA » (?). On peut dire que l’établissement duquel Maurice Colomb présida les destinées ne pouvait être en un lieu plus central et stratégique, espace de rencontres et de sociabilité urbaines au cœur même de Carcassonne. Il se maria en octobre 1921 avec Rose, Françoise, Louise, Marie, Gout née et morte à Blomac (Aude) (27 juin 1900-25 septembre 1993). Le couple conserva des attaches avec ce village.

Maurice Colomb devait être appelé sous les drapeaux en pleine guerre. Le conseil de révision constata des « faiblesses ». Il préféra devancer l’appel en signant en mairie de Carcassonne, le 7 février 1916, un engagement quatre ans au 3e régiment d’Artillerie. Dès le lendemain, il avait intégré son corps. Le 11 septembre 1916, il fut muté au 84e régiment d’Artillerie lourde (avec tracteurs) et le 13 octobre 1916 au 87e régiment d’Artillerie lourde. Il resta dans la zone des armées du 14 octobre 1916 au 23 octobre 1919. Il accéda au grade de brigadier. Il fut démobilisé le 6 février 1920 et revint aussitôt à Carcassonne.

On ne connait pas les engagements politiques de Maurice Colomb. La publication de plusieurs publicités pour son entreprise, à l’automne 1924, dans l’organe carcassonnais de la fédération audoise du Parti radical-socialiste, La Démocratie, laisse toutefois penser qu’il fut proche (adhérent ?) de ce parti qui, dans l’entre-deux-guerres, fut hégémonique dans une grande partie du département, en particulier dans l’arrondissement de Carcassonne, avec comme figures de proue les frères Albert et Maurice Sarraut, Carcassonnais qui s’illustrèrent au plan national. Il mena ensuite une vie publique paisible, ne faisant guère parler de lui.

Maurice Colomb fut à nouveau mobilisé le 2 septembre 1939. Il fut affecté au dépôt du Train n° 16. Promu maréchal des logis le 1er février 1940, il fut démobilisé le 15 juillet 1940. La fin de l’occupation allemande de l’Aude, lui fut fatale. Il fut, en même temps que son ami Léon Castan une des victimes d’une des colonnes allemandes, qui, après le 17 août 1944 parcoururent les routes du Bas Languedoc. Ce jour-là, le général allemand Johannes Blaskowitz, commandant du groupe d’armées G, donna aux unités présentes dans les sud-ouest de la France, d’abandonner leurs positions dans le sud-ouest de la France et de faire mouvement, après le débarquement allié en Provence, le 15 août, vers les vallées du Rhône et de la Saône. Le 23 août 1944, alors que Carcassonne a déjà été libérée et Blomac pouvait penser qu’il en était de même, une rencontre inopinée avec un groupe de soldats allemands fut fatale à Colomb et à un de ses amis, Léon Castan. Maurice Colomb et sa femme étaient venus à Blomac avec leur automobile rendre visite à des parents. Léon Castan profita de leur retour à Carcassonne afin de s’y rendre lui-même. Des soldats allemands de passage tirèrent sur la voiture, comme ils le faisaient par ailleurs pour d’autres véhicules. Colomb et Castan furent tués. Rose Colomb fut blessée.

Maurice Colomb fut inhumé dans la tombe familiale du cimetière communal de Blomac. Victime civile, Maurice Colomb obtint, le 22 février 1946, la mention « Mort pour la France ».
Son nom figure sur le monument aux morts de Blomac et sur la plaque commémorative des morts de la Seconde Guerre mondiale apposée dans la mairie de cette commune.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article252663, notice COLOMB Maurice par André Balent, version mise en ligne le 3 décembre 2022, dernière modification le 4 décembre 2022.

Par André Balent

SOURCES : Arch. com. Carcassonne, état civil, registre des naissances (1896). — Service historique de la Défense (SHD), Caen, AC 21 P 327259 (nc). — Arch. dép. Aude, RW, 643, f°565, recrutement militaire, Carcassonne, 1916, fiche du registre matricule de Maurice Colomb. — L’Éclair, quotidien, Montpellier, 19 octobre 1921. — La Démocratie organe de la fédération radicale -socialiste de l’Aude, 1er, 8, 15 novembre 1924. — Julien Allaux, La 2e guerre mondiale dans l’Aude, Épinal, Éditions du Sapin d’or, 1986, 254 p. [p. 204]. — Lucien Maury (dir.), La Résistance audoise (1940-1944), tome II, Carcassonne, Comité de l’histoire de la Résistance audoise, Carcassonne, 1980, 441 p. [p. 396]. — Sites Mémoire des hommes, MemorialGenWeb, Geneanet, consultés le 2 décembre 2022.

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