PISSON-LAVIGNE Gaston

Par Nicolas Simonpoli

Né le 11 septembre 1925 à Pau (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), mort le 27 mai 2023 à Ruffec (Charente) ; cheminot, ajusteur ; syndicaliste CGT, secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Vitry-sur-Seine, délégué du personnel, membre du bureau de la section technique Matériel, membre de la commission CGT de contrôle financier du réseau Sud-Ouest ; militant du Mouvement de la Paix.

Portrait de Gaston Pisson-Lavigne, réalisé par un de ses camarades cheminots à l’occasion de son départ en retraite, 1980.
Portrait de Gaston Pisson-Lavigne, réalisé par un de ses camarades cheminots à l’occasion de son départ en retraite, 1980.
[DR IHS-CGT des cheminots]

Gaston Pisson-Lavigne était le fils de Marcel Pisson-Lavigne et de Marie Clavé. Son père, devenu invalide suite à la Première guerre mondiale, travailla comme mécanicien-dentiste à Oloron-Sainte-Marie (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques) puis, de 1935 à 1951, comme employé du ministère des Postes télégraphes et téléphones à Paris. Militant de la CGT, il exerça des responsabilités au syndicat général des employés des PTT. La mère de Gaston Pisson-Lavigne travailla comme concierge. La famille comptait deux enfants : un fils et une fille. Elle vécut d’abord à Pau (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques) puis à Gurmençon (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), avant de déménager à Paris en 1932 après que la mère eut obtenu la charge d’une loge de concierge, sise au 159 rue de la Convention.

En 1939, pendant la drôle de guerre, la famille fut éclatée. Gaston et sa sœur quittèrent Paris et se réfugièrent à Nay (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), chez des amis de la famille, où ils demeurèrent jusqu’en septembre 1940. Leurs parents se réfugièrent à Vendôme (Loir-et-Cher) où le ministère des PTT fut délocalisé. À Vendôme, la famille Pisson-Lavigne fit la connaissance de la famille Masset, originaire de Charente, avec qui elle partagea un logement réquisitionné. Lors de l’été 1942, Gaston Pisson-Lavigne retourna en Charente où il fit la connaissance de Marie-Madeleine Masset qui devint par la suite son épouse.

Titulaire du Certificat d’études primaires, obtenu à l’école Saint-Lambert du XVe arrondissement de Paris, Gaston poursuivit sa scolarité dans le Béarn. En 1940, à Nay (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques) il fréquenta le collège Saint-Joseph. De retour à Paris, il prépara un CAP d’ajusteur dans une entreprise de mécanique de précision sise rue Lecourbe, de mars 1941 à avril 1944. En 1944, il obtint son CAP. Pendant l’Occupation, la famille de Gaston eut à subir d’importantes privations qu’ils ne purent supporter que grâce au soutien de la famille de Marie-Madeleine Masset, propriétaire d’une ferme et engagée dans la Résistance, qui leur envoya des colis alimentaires depuis la Charente. De septembre 1942 à juin 1948, Gaston et Marie-Madeleine échangèrent plus de 600 lettres qui furent publiées en recueil en 2020.

En avril 1944, refusant de participer au Service du travail obligatoire, Gaston Pisson-Lavigne parvint à être embauché à la SNCF grâce à l’appui d’un cadre de l’entreprise habitant dans l’immeuble familial. Engagé comme ajusteur-monteur auxiliaire, il fut affecté aux ateliers du Matériel de Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). La corporation cheminote n’était pas tout à fait étrangère à Gaston puisque son grand-père paternel fut lampiste à la gare de Bordeaux (Gironde). En mai 1944, Gaston se syndiqua à la CGT clandestine et, très rapidement, il commença à pratiquer des actes de sabotage. Il parvint notamment à bloquer un pont roulant destiné au transfert des locomotives d’un bâtiment à l’autre au sein de l’établissement de Vitry, paralysant ainsi l’activité de l’atelier. Le 14 juillet 1944, à l’appel de la Résistance, il participa à un cortège patriotique de plusieurs centaines de cheminots. Portant cocarde et drapeau tricolore, chantant la marseillaise, ils se rendirent au monument aux morts de la commune de Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) et à la statue de Rouget de Lisle à Choisy-le-Roi (Seine, Val-de-Marne). En représailles, sept militants cégétistes furent arrêtés par les allemands, un parvint à s’enfuir les six autres fusillés. Le 10 août 1944, Gaston participa à la grève générale insurrectionnelle organisée par la Fédération CGT des Cheminots. Plusieurs militants des ateliers de Vitry-sur-Seine furent arrêtés ce qui attisa encore la mobilisation dans la profession. Outre les manifestations, Gaston opéra également des actions de sabotage en faveur de la Libération de Paris.

Gaston Pisson-Lavigne effectua toute sa carrière cheminote aux ateliers de Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). En 1947, il accéda au grade d’aide ouvrier puis, en 1948, à celui d’ouvrier professionnel. En 1968, il devint maitre ouvrier puis, en 1972, ouvrier qualifié et, enfin, en 1976, ouvrier qualifié principal. Il demeura à ce grade jusqu’à son départ en retraite en septembre 1980. Tout au long de sa carrière, il vécut rue de la Convention à Paris, effectuant chaque jour le trajet jusqu’à Vitry-Sur-Seine. Sa compétence professionnelle fut reconnue aussi bien par ses camarades militants que par l’entreprise. En 1974 et en 1977, il proposa d’ailleurs deux améliorations du processus de réparation du Matériel qui furent retenues par l’ingénieur chef de l’atelier de Vitry-sur-Seine, il refusa d’encaisser les primes afférentes pour en faire don aux orphelins de la SNCF. Il prit sa retraite en septembre 1980. Ses années de militantisme ne furent guère appréciées par l’entreprise et il partit avec l’indice le plus bas pour sa pension de retraite.

Pendant trente-cinq ans, il occupa des responsabilités syndicales. Au cours des décennies 1950-1970, il fut élu délégué du personnel et délégué du Comité mixte d’établissement de Vitry-sur-Seine. Il fut également membre de la direction du syndicat CGT des cheminots de Vitry, alors dirigé par Roland Copin, auprès duquel il assura la fonction de secrétaire général adjoint. Il fut également membre de la section technique des agents du Matériel des Ateliers de Vitry et du secteur fédéral CGT Sud-Est. Dans les années 1960, il fut élu membre de la commission de contrôle financier de l’Union des syndicats CGT de la Région du Sud-Ouest.

Aux côtés de ses camarades cheminots, il vécut plusieurs grands mouvements sociaux. Ce fut notamment le cas de celui de mai 1968. Avec ses camarades des ateliers de Vitry-sur-Seine, il fit grève pendant seize jours, seize jours à tenir le piquet de grève et à occuper l’établissement. À cette occasion, il subit l’action des forces de police qui n’hésitèrent pas à lui infliger huit heures de garde à vue pour avoir participé au ravitaillement des ateliers et être en possession d’une fourchette, que les policiers rebaptisèrent « arme blanche » pour l’occasion.

Une fois à la retraite, retiré dans les Charentes en 1985, Gaston Pisson-Lavigne demeura adhérent de la CGT. En 2023, âgé de 98 ans, il réglait ses cotisations pour la 79ème année.

Outre son engagement syndical, il milita aussi au Mouvement de la Paix. Il fonda la section de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) de cette organisation dont il assura la direction locale. Le Mouvement de la paix militait notamment contre l’accroissement des armes nucléaires et pour la paix au Vietnam. En mars 1964, il participa à la délégation des cheminots du Comité de Paix de Vitry-sur-Seine qui se rendit à Genève (Suisse) pour assister à la Conférence pour le désarmement.
En juin 1948, Gaston Pisson-Lavigne épousa Marie-Madeleine Masset. Celle-ci travailla comme secrétaire de mairie dans la commune du Bouchage (Charente), elle fut également militante CGT. Le couple eut trois enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article252787, notice PISSON-LAVIGNE Gaston par Nicolas Simonpoli, version mise en ligne le 15 mai 2023, dernière modification le 2 octobre 2023.

Par Nicolas Simonpoli

Portrait de Gaston Pisson-Lavigne, réalisé par un de ses camarades cheminots à l'occasion de son départ en retraite, 1980.
Portrait de Gaston Pisson-Lavigne, réalisé par un de ses camarades cheminots à l’occasion de son départ en retraite, 1980.
[DR IHS-CGT des cheminots]
Gaston Pisson-Lavigne, juillet 1944
Gaston Pisson-Lavigne, juillet 1944
[DR IHS-CGT des cheminots]
Délégation du Comité de Paix des cheminots de Vitry-sur-Seine à la Conférence du désarmement tenue les 20-21 mars 1964 à Genève, Gaston est le 3ème en partant de la gauche.
Délégation du Comité de Paix des cheminots de Vitry-sur-Seine à la Conférence du désarmement tenue les 20-21 mars 1964 à Genève, Gaston est le 3ème en partant de la gauche.
[DR Coll. IHS-CGT, archives G. Pisson-Lavigne, 14 P.]

SOURCES : Archives de l’IHS-CGT des Cheminots. — Archives personnelles de Gaston Pisson-Lavigne. — J’espère, Recueil de correspondances entre Marie-Madeleine Masset et Gaston Pisson-Lavigne (1942-1948), Editions GAS, 2020. — Entretien de l’intéressé avec Caroline Chalier et Serge Wolikow, 5 novembre 2021.

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