LE RESTE Didier

Par Nicolas Simonpoli

Né le 2 juin 1955 à Paris (XVIIIe arr.) ; cheminot, contrôleur de train ; syndicaliste CGT, secrétaire général du syndicat CGT des cheminots de la gare de Lyon (1986-1990), secrétaire général du secteur CGT de Paris Sud-Est (1992-1997), membre de la commission exécutive de l’UD-CGT de Paris (1980-1990), membre de la commission exécutive (1986-2010), du bureau (1997-2010) puis secrétaire général (2000-2010) de la Fédération CGT des Cheminots, membre de la commission exécutive confédérale (1999-2009), vice-président de la section ferroviaire de la Fédération européenne des travailleurs des Transports (2003-2008) ; militant communiste, membre du comité national du PCF (2012-2017) ; élu local, conseiller municipal et général de Paris (2014-2020).

Portrait de Didier Le Reste paru dans le journal du 39e congrès de la Fédération CGT des Cheminots, 28 novembre 2003
Portrait de Didier Le Reste paru dans le journal du 39e congrès de la Fédération CGT des Cheminots, 28 novembre 2003
[Droits réservés. Coll. IHS-CGT Cheminots]

Quelques temps après sa naissance, Didier Le Reste fut remis par sa mère à l’Assistance publique. Placé dans plusieurs ménages parisiens, il les quitta rapidement pour rejoindre une famille d’exploitants agricoles de la Nièvre. Cette famille d’accueil l’éleva comme son propre fils. Enfant, il connut les joies de la vie à la ferme mais aussi les réalités de certaines familles d’accueil nivernaises qui s’occupaient, parfois avec rudesse, des enfants de l’Assistance publique. Témoin de ces situations, Didier Le Reste développa très jeune une sensibilité aux formes d’injustice qui pouvaient toucher les plus fragiles. Son enfance fut aussi marquée par la pratique du football. Passionné de ballon rond, défenseur central de bon niveau, il joua jusqu’à l’âge adulte dans diverses équipes de la Nièvre puis, par la suite, dans celles de la SNCF.

Didier Le Reste effectua une partie de sa scolarité au collège d’enseignement général de Saint-Pierre-le-Moûtier (Nièvre) où il obtint, en 1972, le BEPC. Il poursuivit ensuite ses études au collège d’enseignement technique des Montots à Nevers (Nièvre) où il obtint, en 1974, un CAP de mécanique générale puis un BEP de mécanicien monteur.
Au terme de sa scolarité, il fut embauché comme ouvrier professionnel à la fonderie du Clos-des-Granges à Nevers. Spécialisée dans la fabrication de machines-outils, l’entreprise comptait plus d’une trentaine de salariés. Didier Le Reste fut affecté à l’atelier d’usinage où il fut chargé du calibrage et du réglage des machines qui usinaient des tables de fraiseuses (ébauche et semi-finition). Les conditions de travail au sein de la fonderie étaient fortement dégradées. En conséquence, en 1974, avec son chef d’atelier et quelques collègues, il structura un syndicat CGT au sein de l’entreprise. Cette première expérience de l’action syndicale fut formatrice et concluante. Ils firent appel à l’Inspection du travail et revendiquèrent l’organisation de négociations au sujet des salaires. Quelques mois plus tard, de février 1975 à février 1976, Didier Le Reste fut appelé pour le service national qu’il effectua au XXVIIe Régiment d’infanterie au fort d’Hauteville (Côte-d’Or) où il suivit le peloton d’élèves gradés. Il fut ensuite muté à Autun puis Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) affecté dans un centre mobilisateur chargé des convocations de réservistes.

À son retour du service militaire, il réintégra la fonderie. Toutefois, très vite, il postula dans diverses entreprises du secteur public. En avril 1976, il fut embauché à la SNCF comme contrôleur de trains. Affecté à la gare de Lyon à Paris, il fit l’ensemble de sa carrière dans la filière des agents de trains, et ce jusqu’au grade de chef de bord moniteur principal. Des lignes de banlieue jusqu’à celles du TGV, il connut la vie de roulant sur l’ensemble du réseau Sud-Est. À compter de 1992, il fut placé en service libre au titre de ses responsabilités syndicales. Il conserva ce statut jusqu’à son départ en retraite en décembre 2010.

En 1977, Didier Le Reste adhéra au syndicat CGT des cheminots de la gare de Lyon. Quelques temps plus tard, Maurice Laugier, également contrôleur, prit à la demande de la Fédération CGT, la direction du syndicat CGT des cheminots de la Gare de Lyon. Celui-ci lui proposa de s’investir dans des responsabilités syndicales. En 1980, il devint secrétaire à l’Organisation puis, en 1986, secrétaire général du syndicat CGT des cheminots de la gare de Lyon. À cette fonction, il organisa plusieurs mobilisations telles celles pour la sauvegarde des postes d’agents d’accueil ou celles pour la prise en compte de la prime roulants trains dans le calcul de la retraite des contrôleurs.

Toutefois, ce fut la grève de l’hiver 1986-1987, opposée à la grille de salaire dite « au mérite » proposée par la direction de la SNCF, qui marqua le début de son mandat à la gare de Lyon. Initiée par des coordinations de cheminots, celles-ci questionnèrent les pratiques de la CGT qui fut, au départ, assez sceptique sur le mode d’organisation du conflit. Toutefois, après quelques jours, les forces militantes de la CGT se mobilisèrent et parvinrent à peser face à la direction de l’entreprise. Au cours des trois semaines de grève, Didier Le Reste anima nombre d’assemblées générales des équipes de contrôleurs, de l’accueil ou de l’ensemble des personnels de la gare. Pour les roulants, cette mobilisation fut l’occasion de revendiquer une amélioration des conditions d’hébergement dans les foyers SNCF. Progressivement, on assista à la disparition du « drap sac », remplacé par des chambres individuelles avec lits préparés à l’avance. Deux ans plus tard, le 27 juin 1988, il fut également mobilisé à la suite du gravissime accident ferroviaire de la gare de Lyon qui fit 56 morts et nombre de blessés. Au nom du syndicat CGT et en lien avec la Fédération, il organisa l’hommage rendu aux victimes devant le monument aux morts de la Gare de Lyon, soutint les familles et suivit le déroulement des enquêtes des CHSCT.

Les années 1980 furent également l’occasion de contacts plus importants avec les instances de la Fédération CGT des Cheminots, de la confédération et de l’activité interprofessionnelle. En 1985, il effectua un stage de six mois au sein du secteur Organisation de la CGT alors dirigé par Michel Warcholak. L’année suivante, il fut élu membre de la commission exécutive de la Fédération des Cheminots. En parallèle, dès 1980, il siégea au sein de l’UL-CGT du XIIe arrondissement de Paris et de la CE de l’UD-CGT de Paris.

En 1992, Didier Le Reste accéda aux fonctions de secrétaire général du Secteur CGT de Paris Sud-Est. Pendant trois ans, il porta l’orientation fédérale en faveur d’une mobilisation contre le contrat de plan mis en œuvre par la direction de la SNCF. Celui-ci envisageait, entre autres, la suppression de plus de 6 000 km de lignes et la baisse des effectifs de l’entreprise à 150 000 cheminots. Les actions furent souvent menées de manière unitaire. Ce fut à la tête du secteur CGT de Paris Sud-Est que Didier Le Reste participa au mouvement social de l’hiver 1995. Outre son rôle dans l’organisation de la grève au niveau régional, il fut l’un des interlocuteurs réguliers de certains acteurs comme les intellectuels mobilisés par le mouvement. Il fut notamment en charge d’organiser la rencontre des intellectuels initiée par Pierre Bourdieu au théâtre des Cheminots, rue Traversière dans le XIIe arrondissement de Paris. De manière générale, comme il l’affirma par la suite, « le mouvement de 1995, pour un militant syndical et singulièrement pour un militant de la CGT, ne fut que du bonheur ». Grève victorieuse contre la réforme des régimes spéciaux et le contrat de plan, cet évènement fut aussi marqué par le large soutien de l’opinion publique aux cheminots mobilisés.

Suite au mouvement de 1995, Didier Le Reste fut sollicité par Bernard Thibault pour intégrer le bureau de la Fédération CGT des Cheminots. Il accepta cette proposition et dut donc renoncer à celle formulée en parallèle par des membres de la direction de l’UD-CGT de Paris qui souhaitèrent le voir briguer le mandat de secrétaire général. En 1997, il intégra le bureau fédéral et le secrétariat fédéral, avec la responsabilité de la Communication fédérale et de la Formation syndicale. Dans le cadre des ses fonctions, il eut à organiser la publication de La tribune des cheminots et à diriger des stages de formation. Pendant deux ans, suite à l’élection de Bernard Thibault au bureau confédéral, la fédération fut dirigée collectivement par le bureau fédéral réuni autour de Christiane Bedon, secrétaire générale adjointe. Au cours de cette période, l’organisation eut notamment à gérer la mise en application des 35 heures. Réforme qui rencontra, à la surprise de beaucoup de dirigeants syndicaux, l’hostilité de nombre de cheminots. In fine, appelés à voter, ceux-ci se prononcèrent majoritairement pour que la fédération ratifie l’accord négocié avec la direction de l’entreprise.

En 2000, lors du XXXVIIIe congrès de Saint-Malo, Didier Le Reste fut élu à la tête de la Fédération CGT des Cheminots. Jean-Michel Sgorlon devint son adjoint jusqu’en 2007 qui fut ensuite remplacé par Laurent Russeil. Son mandat fut marqué par plusieurs conflits sociaux d’importance. En 2003, il y eut la mobilisation contre la réforme des retraites proposées par le gouvernement Fillon. En interne, le conflit se solda notamment par l’adhésion de nombre de dirigeants de la FGTE-CFDT à la Fédération CGT des Cheminots. Didier Le Reste veilla, sur la base du mandat donné par les organismes statutaires de la Fédération, à les accueillir et à leur aménager une place au sein de l’organisation en fonction des postes de responsabilités à pourvoir, comme ce fut le cas de Jean-Yves Petit au sujet des questions européennes et internationales. En 2004 puis en 2007, il se mobilisa contre la mise en place d’un service minimum dans les Transports publics terrestres. La seconde mobilisation n’aboutit pas complètement mais elle permit d’organiser la résistance face aux réformes de Nicolas Sarkozy et de sauvegarder en partie le régime spécial des retraites de la SNCF attaqué, la même année, par le gouvernement. En 2008, il eut également à négocier la mise en place de la loi sur la représentativité syndicale au sein de la SNCF.

De manière générale, la décennie 2000 fut marquée par de fortes restructurations de l’entreprise SNCF avec la filialisation de nombres d’activités notamment celle du SERNAM, l’ouverture à la concurrence du FRET, le recours accru à la sous-traitance, le désengagement de la SHEM, etc. Autant de transformations que la CGT combattit systématiquement. Néanmoins, Didier Le Reste regretta l’isolement dans lequel se trouva parfois cantonné sa fédération et, plus généralement, les structures syndicales du secteur public. À ses yeux, une partie des organisations confédérées ne mesurèrent pas l’importance de lutter en commun pour défendre le service public et ses travailleurs, corrélativement aux luttes qu’il convenait de développer dans le secteur privé. Il évoqua ce regret à la tribune du congrès fédéral de Reims en 2010, congrès au cours duquel Gilbert Garrel lui succéda à la tête de la Fédération.

Tout au long de son mandat, il participa également à l’action syndicale de la Fédération CGT des Cheminots au niveau international. De 2003 à 2008, Didier Le Reste fut ainsi vice-président de la section ferroviaire de la Fédération européenne des travailleurs des Transports et, de 2006 à 2008, vice-président Europe de la Fédération internationale des Transports. De plus, pendant deux ans et demi, il assuma un mandat à la présidence du dialogue social sectoriel dans les chemins de Fer au niveau européen.

À compter de 1999, en tant que membre de la CE de la CGT, Didier Le Reste fut aussi un acteur de la vie confédérale de l’organisation. De 2000 à 2009, il suivit les travaux de l’UD-CGT de Paris en qualité de coopérant confédéral. En 2005, à l’occasion du référendum sur le projet de Traité constitutionnel européen, il s’impliqua grandement dans les débats publics. Alors que la direction nationale hésitait à proposer une consigne de vote à ses adhérents, Didier Le Reste, au nom de la Fédération CGT des Cheminots, fit campagne pour « un non syndical » au projet de Traité européen. Cette position portée ensuite par la majorité des organisations confédérées emporta finalement l’adhésion de l’ensemble des membres du comité confédéral national. La CGT appela ainsi ses adhérents à voter « non » au référendum européen.

En parallèle de son engagement syndical, Didier Le Reste fut également militant du Parti communiste français. Adhérent depuis 1977, il participa à la cellule PCF des contrôleurs de la gare de Lyon puis à la section des cheminots communistes de Paris. Néanmoins, longtemps, ses mandats syndicaux ne lui laissèrent guère le temps de s’investir plus avant dans l’action politique. À compter de 2012, il s’y engagea davantage. Élu du Comité national du PCF, il anima le front des luttes du Front de gauche à l’occasion des élections présidentielles et législatives. Cette expérience lui plut en raison des nombreuses rencontres et débats qu’elle induisit sur tout le territoire. Il fut candidat aux élections législatives de 2012, dans la 15e circonscription de Paris, où il réunit 12,4% des suffrages. Dans la foulée, en 2014, il accepta d’être candidat communiste aux élections municipales à Paris. Élu dans le Xe arrondissement, il siégea au Conseil de Paris jusqu’en 2020. À cette responsabilité, il fut notamment chargé de mettre en place le Conseil économique, social et environnemental de Paris (dit Conseil des générations futures), de suivre le dossier des Transports et la mise en place de la première halle alimentaire pour le groupe communiste parisien et d’organiser la politique de la Ville dans le Xe arrondissement. Il se passionna pour tous ces enjeux. En 2017, bien que critique de la stratégie électorale du PCF, il accepta d’être candidat communiste aux élections législatives dans la Ve circonscription de Paris. Il réunit 1,8 % des suffrages.

Didier Le Reste s’investit également dans le mouvement associatif. Président d’honneur de la librairie Livres en lutte, il fut également cofondateur en 2011 puis président, à compter de 2016, de l’association Convergence nationale rail qui regroupa plus d’une centaine de collectifs, de collectivités et d’associations dédiées à la défense du service public ferroviaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article252850, notice LE RESTE Didier par Nicolas Simonpoli, version mise en ligne le 2 octobre 2023, dernière modification le 2 octobre 2023.

Par Nicolas Simonpoli

Portrait de Didier Le Reste paru dans le journal du 39e congrès de la Fédération CGT des Cheminots, 28 novembre 2003
Portrait de Didier Le Reste paru dans le journal du 39e congrès de la Fédération CGT des Cheminots, 28 novembre 2003
[Droits réservés. Coll. IHS-CGT Cheminots]
Didier Le Reste au 38e Congrès fédéral, mai 2000, Saint-Malo
Didier Le Reste au 38e Congrès fédéral, mai 2000, Saint-Malo
[Droits réservés. Coll. IHS-CGT Cheminots]

SOURCES : Arch. IHS-CGT des Cheminots. — La tribune des Cheminots, numéros : 645, 743, 745, 748, 751, 752, 754, 757, 759, 776, 777, 779, 782, 789, 790, 794, 795, 798, 800, 802, 808, 809, 811, 817, 818, 820, 1987-2004. — « Didier Le Reste, le résistant des chemins de fer », Le Monde, 23 novembre 2005. — « La vie duraille », Libération, 17 octobre 2007. — Entretiens avec l’intéressé, mai-juin 2023.

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