VALLORANI Pierre, Paul

Par Pierre Ciantar, Jacques Kupelian

Né le 21 octobre 1938 à Nîmes (Gard), mort le 19 avril 2019 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; cheminot, agent du service électrique ; syndicaliste CGT, membre de la commission exécutive de la Fédération CGT des Cheminots (1984-2000), administrateur salarié de la SNCF (1984-1993) ; militant communiste ; élu local, conseiller municipal de Tarascon (1983-1989).

Pierre Vallorani
Pierre Vallorani
[Droits réservés. Coll. IHS-CGT Cheminots]

Le père de Pierre Vallorani était cadre dans une banque et sa mère, Paule Labbi, était institutrice. La famille comptait deux fils. Pierre fit sa scolarité primaire et secondaire à Sommières (Gard) où il obtint son BEPC. En septembre 1954, il entra au centre d’apprentissage SNCF de Santenay-les-Bains (Côte-d’Or) pour y recevoir une formation de monteur en signalisation électrique. Il termina sa formation en septembre 1957, année où il obtint son CAP. Ses parents résidaient alors à Bouffarik (Algérie).

À l’issue de sa formation, il fut embauché à la SNCF et intégra une équipe de travaux. Il travailla à Nîmes (Gard), Sète (Hérault), Montpellier (Hérault), avant de faire son service militaire. Il effectua celui-ci pendant vingt-six mois, de 1959 à 1961 sur le territoire métropolitain, alors que la plupart des appelés de sa classe d’âge partaient en Algérie.

Après l’armée, il réintégra une équipe de travaux dans les Bouches-du-Rhône. Il travailla à Miramas, Marseille puis sur la ligne Marseille-Vintimille dont il suivit les travaux d’électrification. Pendant une période, Pierre troqua son outillage d’agent contre un carnet et un stylo. Métreur, il fut chargé de relever les travaux effectués par des entreprises privées pour procéder, en fin de chantier, aux règlements des travaux. Lorsque ceux-ci se terminèrent, en 1968, il fut muté sur un poste d’agent d’entretien du Service électrique à Antibes (Alpes-Maritimes). Il venait à peine d’emménager à Antibes avec sa famille que les évènements de mai-juin 1968 débutèrent. Isolé dans un milieu social et militant qu’il ne connaissait pas, Pierre n’y participa pas.

L’ambiance « bourgeoise » de la Côte-d’Azur et d’Antibes ne correspondant pas à la vision de la société qu’avait Pierre et son épouse, le couple souhaita se rapprocher de Tarascon (Bouches-du-Rhône) où Pierre avait passé sa jeunesse. Mais son engagement et ses responsabilités syndicales lui firent préférer un poste à Marseille où il termina son parcours professionnel en 1993.

Au contact de Jean Vérani, Pierre prit de plus en plus de responsabilités syndicales tant au niveau régional que national pour les agents du Service électrique et signalisation (SES), et par la suite, pour tout le personnel de l’Équipement. Il fut notamment secrétaire du Comité technique régional SES du secteur CGT de Marseille. De 1976 à 1989, il fut membre du secrétariat du secteur fédéral CGT de Marseille où il forma un véritable binôme avec Jacques Kupelian. Étaient également membres du secrétariat de secteur durant cette période Jacques Luchetti, Pierre Quémeneur, Louis Rohrbacher, Geneviève Motte, Michel Boussicot. Au sein du secteur, Pierre eut entre-autres comme responsabilités la formation syndicale, la commission économique ou encore les finances.

Pierre suivit plusieurs stages de formation syndicale : d’abord, la formation de base à l’Union départementale CGT de Nice en 1969, avec Pierre Ciantar, cheminot comme lui, puis au niveau national (orga, finances, économie, etc.). Très attaché à la promotion des militantes et des militants, il organisa de nombreuses sessions de formation dans l’entreprise et hors de l’entreprise comme à l’Union locale CGT de Tarascon (Bouches-du-Rhône), mais également au Vietnam, dans le cadre des coopérations internationales de la Fédération CGT des Cheminots. Ainsi, il contribua à l’engagement de nombreux jeunes et de nombreuses femmes à des postes de responsabilité. Il était très attaché aux questions d’égalité et de parité qui étaient alors assez méconnues. Afin que les militantes, mères de famille, puissent assumer leurs engagements syndicaux, il proposa que les frais de garde d’enfants leurs soient remboursés par la trésorerie du secteur fédéral. Il était à côté d’elles et d’eux pour les aider, les pousser, sans jamais manifester pour lui-même une quelconque ambition pour des responsabilités plus grandes qu’il aurait pu amplement assumer. Militant exigeant envers lui-même, Pierre aimait à répéter à ses camarades : « soyons les meilleurs professionnels pour être les meilleurs syndicalistes ».

Pierre Vallorani fut également élu dans diverses délégations régionales dans les institutions de concertation de la SNCF. Outre ses mandats de délégués du personnel, il siégea au Comité mixte Équipement et au Comité mixte professionnel régional (CMPR). En 1983, dans le cadre des 327 CE, Pierre fut élu au Comité d’établissement Équipement de Marseille Val-de-Durance qui regroupait les établissements Équipement de Marseille Nord et Saint-Charles, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) et de Gap (Hautes-Alpes). Il fut également choisi pour siéger au Comité central d’entreprise de la SNCF (CCE). Lors du remplacement des 327 CE par les CE régionaux en 1986, Pierre Vallorani fut retenu par le secteur fédéral CGT pour être le secrétaire de ce nouveau CE qui, pour la première fois à la SNCF, devait gérer les activités sociales. Son élection en février 1983 et sa désignation, le 1er juillet 1984, comme élu salarié au Conseil d’administration de la SNCF modifia ce choix. Ce fut Roger Cadorin, agent de maîtrise du Matériel, élu de l’UFCM-CGT qui assura finalement cette responsabilité. De 1984 à 2000, Pierre fut également élu à la commission exécutive de la Fédération CGT des Cheminots.

Conscient des changements profonds que les nouvelles technologies entrainaient dans les savoir-faire professionnels, et soucieux de mieux armés les travailleurs et les militants face à ces changements, Pierre Vallorani apporta sa contribution à l’organisation d’un stage de formation continue auquel pouvaient accéder des travailleurs de tous les secteurs d’activité. En novembre 1983, dans le cadre de l’Université de Provence, et grâce à la politique d’ouverture mise en œuvre par le centre de Formation professionnelle continue, la réalisation d’un projet expérimental intitulé « Culture Professionnelle, savoir-faire, mutations technologiques » proposa la collaboration inédite entre travailleurs, universitaires et intervenants professionnels. L’objectif fut de faire se rencontrer les savoirs universitaires et les diverses formes de la culture et de l’expérience professionnelle en ce qui concerne les bouleversements consécutifs à l’irruption des mutations technologiques dans la plupart des activités de travail.

Fort de sa culture militante et professionnelle, fort aussi du recul que lui permettait l’exercice de responsabilités syndicales à un niveau régional puis national, Pierre prit une part considérable dans la réussite de cette formation pionnière. Il y apporta à la fois sa connaissance du travail cheminot, des problèmes de l’entreprise et de l’organisation du travail, mais aussi une capacité à impulser dans ce cadre la réflexion collective. Il encouragea de nombreuses militantes et militants à participer à cette formation universitaire en utilisant les congés individuels de formation mis en place par la SNCF à partir de la création des Comités d’établissement et gérés par l’AGECIF-SNCF. Lorsque cette formation universitaire fut reconnue, Pierre continua de répondre aux sollicitations des chercheurs, intervenant sur les questions du travail, comme en 1986, où il collabora à une étude sur le métier d’agent de conduite à la suite d’une série d’accidents ferroviaires survenus durant cette période.

À compter de 1984, Pierre Vallorani siégea au Conseil d’administration (CA) de la SNCF aux côtés de deux autres élus CGT, Pierre Vincent et Lucien Lecanu. « Le fil conducteur de notre mandat passe par un triangle complet qui relie l’entreprise, les organismes représentatifs tel le CE, et l’organisation syndicale à laquelle nous sommes attachés », ce fut ainsi qu’il définit la conception de son mandat lors d’une interview dans la revue Rail+ du CE des cheminots PACA en juin 1990. Il fut élu au CA jusqu’en février 1993.
Pendant son mandat, il dénonça notamment les logiques purement financières qui présidaient à l’élaboration du contrat de plan proposée par la SNCF en 1985, il travailla sur les politiques du logement cheminot menées par l’entreprise ou encore sur les transformations des actifs de la SNCF (vente des chantiers navals par exemple).

Pierre Vallorani prit sa retraite de cheminot actif en octobre 1993, mais il ne mit pas fin à sa carrière militante. Il participa au collectif régional interprofessionnel PACA et fut membre du Comité économique social et environnemental (CESER) de la région PACA.
Quittant Tarascon pour Arles (Bouches-du-Rhône), il continua également à militer au sein de la section des retraités du syndicat CGT des cheminots d’Arles et fut membre de la commission exécutive de l’Union Locale CGT d’Arles. Il mit aussi son expérience et ses connaissances au service de tous les cheminots retraités de la région en animant pendant plusieurs années le secteur fédéral retraité, à la suite de Dominique Vacca.

En 1971, Pierre Vallorani s’engagea au Parti communiste français. S’il privilégia surtout son activité syndicale, il fût néanmoins élu sur une liste PCF comme conseiller municipal à Tarascon de 1983 à 1989.

Pierre Vallorani fut, dès sa création, membre du bureau de l’Institut d’Histoire CGT des cheminots, et il aimait également se faire passeur d’histoire auprès des jeunes générations de cheminots.

Lors de ses obsèques en avril 2019, Jean-Marc Coppola, syndicaliste cheminot, dit de Pierre « qu’il avait cette passion pour l’écriture, c’était une plume, la passion pour la lecture, pour des romans, particulièrement les romans policiers américains. La passion, comme Jacques Kupelian le rappela, pour la tauromachie qu’il savait mettre en communion tout en respectant ceux qui ne savaient pas distinguer derrière les corridas, l’art, la culture, la beauté du geste, le courage de l’homme et celui de l’animal ».

En 1962, Pierre Vallorani épousa Bernadette Marre, employée dans les assurances, militante du PCF. Ils eurent deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article252891, notice VALLORANI Pierre, Paul par Pierre Ciantar, Jacques Kupelian, version mise en ligne le 2 octobre 2023, dernière modification le 24 septembre 2023.

Par Pierre Ciantar, Jacques Kupelian

Pierre Vallorani
Pierre Vallorani
[Droits réservés. Coll. IHS-CGT Cheminots]

SOURCES : Arch. IHS-CGT des Cheminots. — Rail+, n°15, juin 1990. — Témoignages de Bernadette Vallorani, août 2023. — Témoignages de Jean-Marc Coppola et de Bernard Vuillon.

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