COPPOLA Jean-Marc, Georges

Par Micheline Abours, Gérard Leidet

Né le 21 janvier 1960 à Dijon (Côte-d’Or) ; cheminot, agent de conduite ; syndicaliste CGT, membre du bureau de la Fédération CGT des Cheminots (1993-1996), secrétaire régional PACA de la Fédération CGT des Cheminots (1989-1996) ; militant communiste, secrétaire de la Fédération des Bouches-du-Rhône du PCF (1996-2008), membre du Comité national du PCF (1996-2023), membre du bureau national du PCF (1997-2010) ; élu local, vice-président de la Région PACA (1998-2015), conseiller municipal de Marseille (2008–2020), adjoint au maire de Marseille délégué à la Culture (à partir de 2020).

La Tribune des cheminots, n° 743, Mai 1997
La Tribune des cheminots, n° 743, Mai 1997
[Droits réservés. Coll. IHS-CGT Cheminots]

La famille de Jean-Marc Coppola était originaire de Sardaigne du côté de ses grands-parents maternels, et de Sicile du côté de ses grands-parents paternels. Jusqu’en 1957, ses parents vécurent en Tunisie, là où naquirent son frère et sa sœur. Son père, Vincent Coppola, était cheminot à l’Exploitation. Sa mère, Pia Campus, s’occupait du foyer et enseignait le catéchisme. Enfant, il aimait beaucoup lire les textes sacrés de l’Église lors des séances d’éducation religieuse ou encore des messes dominicales.

Jusqu’à sept ans, Jean-Marc Coppola grandit à Is-sur-Tille, près de Dijon (Côte-d’Or). Ce fut dans cette ville qu’il débuta sa scolarité. Par la suite, son père fut nommé à Perrigny (Côte-d’Or) et la famille déménagea à Chenôve dans la banlieue dijonnaise. Il fréquenta l’école primaire de son quartier puis le collège Henri Dunant de Dijon (Côte-d’Or). Il rêvait de devenir ingénieur des Arts et Métiers mais, en quatrième, l’attitude d’un professeur de mathématiques le découragea. Il poursuivit néanmoins ses études secondaires au lycée technique en classe de Terminale F3 (spécialité électrotechnique) ; malgré sa passion pour la technologie, il ne prolongea pas ses études au-delà du baccalauréat.

À la maison, il n’y avait pas de discussions politiques. Cependant, adolescent, Jean-Marc Coppola remarqua l’activité d’un cheminot militant communiste qui passait dans les cités cheminotes pour y distribuer des tracts et diffuser L’Humanité-dimanche. À partir de l’âge de quinze ans, il travailla l’été dans un garage puis, après son bac, il enchaîna les petits boulots en intérim, toujours pour de très bas salaires. Au cours des étés 1978 et 1979, il fut embauché comme aide conducteur à la SNCF, emploi temporaire qui permettait d’accorder les congés aux agents de conduite. Cette expérience lui plut beaucoup. Jean-Marc Coppola effectua son service militaire en Allemagne, au 24e Bataillon de Chasseurs à pied en résidence à Tübingen.

Libéré des obligations militaires en février 1981, et conservant le souvenir de son expérience cheminote, il sollicita un emploi à la SNCF. Il y fut embauché en mai 1981. Il suivit une cession de formation de conducteur de 18 mois à Nice (Alpes-Maritimes). En janvier 1983, il adhéra à la CGT, influencé par Etienne Fantino, père d’un de ses compagnons de formation. Il fut marqué par ce militant cégétiste dont il admirait la cohérence entre les idées sociales et la vie personnelle. Cette période compta beaucoup pour lui dans une entrée dans la vie active qu’il souhaitait libre et réfléchie.

À la suite d’un stage de deux mois effectué au dépôt de la gare de la Blancarde à Marseille (Bouches-du-Rhône), Jean-Marc Coppola demanda à être affecté au dépôt de Marseille Saint-Charles. Le dépôt avait mauvaise réputation auprès de la direction, en raison du nombre de grèves effectuées, c’était pourtant le plus productif de France au nombre de kilomètres parcourus par agent. Jean-Marc observa d’emblée la conscience professionnelle qui prévalait à la SNCF, l’état d’esprit qui régnait dans la famille cheminote et qu’il ne retrouva jamais ailleurs. Remarqué par les militants du dépôt pour sa participation aux réunions de la section syndicale, il fut encouragé à prendre des responsabilités par Alain Ville, Marc Ferrier et surtout Louis Rohrbacher. Il enchaîna ensuite les sessions de formation syndicale : élémentaire (1984), moyenne (1987) et supérieure (1992).

Sa première grande grève fut celle qui dura de décembre 1986 à janvier 1987. À la première assemblée des syndiqués du dépôt, il n’y eut que trois militants syndicaux qui votèrent contre la grève, les autres choisirent de s’y investir malgré la période des fêtes de fin d’année. La grève fut également votée lors de l’assemblée générale qui suivit et elle se poursuivit jusqu’au 18 janvier 1987. Après la fin du mouvement, qui posa la question de la place donnée aux syndicats, Jean-Marc comprit qu’il fallait améliorer la relation avec les usagers. Dès lors, il rencontra des associations d’usagers, apprit à rédiger des tracts en leur direction et à ne stigmatiser personne, y compris les cadres de la SNCF. Les luttes interprofessionnelles contre la fermeture des Chantiers navals de la Ciotat, au milieu de la décennie 1980, l’amenèrent à élargir son champ d’action et de connaissance. Il se vit confier l’animation de stages de formation syndicale. Il y fit l’expérience de la confrontation entre des visions différentes du syndicalisme.

Après avoir été secrétaire de la section syndicale du dépôt, il prit de plus en plus de responsabilités au niveau régional ; en 1989, il devint secrétaire du secteur cheminots CGT de la région PACA. Fonction qu’il conserva jusqu’en 1996. De même, aidé par Yvon Thiollet, il fut désigné administrateur de la Caisse de retraite et de prévoyance des cheminots. Plus tard, en 1993-1994, avec Yvon Thiollet, il effectua un tour de France des syndicats locaux afin de permettre aux syndiqués de mieux connaître leur régime spécial et de se l’approprier.

Du 24 novembre au 21 décembre 1995, Jean-Marc Coppola participa de façon intense au mouvement social que connut la SNCF et, plus largement, la société française. En novembre 1995, lors du CN de la Fédération CGT des Cheminots, il fut chargé – avec quelques camarades – de rédiger l’appel à la grève pour la journée du 24 novembre et pour la tenue d’assemblées générales unitaires dans tous les établissements SNCF. Cette journée de mobilisation fut la première du mouvement social de l’hiver 1995. Malgré les réticences initiales de la presse, au bout d’un mois, le soutien de l’opinion fut acquis. Jean-Marc Coppola tint les AG avec ses camarades, pour la poursuite de la grève, jusqu’à la fin du conflit. Si le dénouement fut victorieux, la reprise du travail fut difficile. De profondes incertitudes suivirent, bouleversant le cœur des institutions de l’entreprise avec notamment la création en janvier 1997 de Réseau Ferré de France (RFF). Par la suite, la nomination de Jean Claude Gayssot, ministre communiste des Transports du gouvernement de Lionel Jospin, permit d’améliorer le dialogue entre les cheminots et l’exécutif sans toutefois enrayer totalement la transformation de l’entreprise SNCF.

Tout au long de son parcours syndical, Christiane Roulet, membre de la direction fédérale et secrétaire générale adjointe de la Fédération CGT des Cheminots, eut une forte influence sur lui, en l’aidant à donner du sens, du contenu, et des valeurs dans le domaine de la culture au sens large, ce qui lui fut bien utile quand il devint président du comité régional du tourisme en 1998. De son engagement syndical chez les cheminots, durant une quinzaine d’années, il retint la démarche démocratique permanente, particulièrement pendant les grands conflits sociaux de 1986-1987 et de 1995, au cours desquels il occupa une place d’animateur.

Au début des années 1990, la Fédération CGT des Cheminots souhaita transformer la composition de la direction fédérale afin de conserver un contact plus important avec le terrain revendicatif. Elle modifia la composition du bureau fédéral en intégrant, en son sein, des dirigeants de secteurs régionaux qui conservèrent leurs responsabilités au niveau régional. Ce fut le cas de Jean-Marc Coppola et de Bernard Thibault, par exemple. Devenu membre du bureau fédéral en 1993, Jean-Marc fut en charge des questions de Protection sociale pendant son mandat. En juin 1994, il réalisa un dossier complet sur la protection sociale dans la Tribune des Cheminots (n° 714). En 1994, il eut également à porter les revendications de la CGT concernant le projet de réforme du service médical des cheminots envisagé par la SNCF. À la même période, de 1989 à 1996, il fut administrateur de la Caisse de Prévoyance et de Retraite de la SNCF.

En 1996, lorsque Bernard Thibault fut approché pour intégrer le bureau confédéral de la CGT, Jean-Marc Coppola fut pressenti pour prendre la tête de la Fédération des cheminots. Sollicitation à laquelle il ne put donner suite en raison de ses attaches marseillaises. Peu de temps après il lui fut proposé d’intégrer la direction fédérale du PCF dans les Bouches-du-Rhône. Membre du Parti communiste français depuis 1984, mais sans responsabilité jusqu’alors, il devint secrétaire de la Fédération PCF des Bouches-du-Rhône en décembre 1996. Aussitôt il fut désireux de mettre en œuvre des principes de démocratie, d’ouverture et d’union, tels qu’il les avait vécus dans le syndicat. Ce fut Raymond Navarro, cheminot lui aussi et membre du secrétariat fédéral qui lui proposa de succéder à Robert Bret. Le PCF dut gérer successivement son affaiblissement, la déception du gouvernement de la gauche, la chute de l’Union soviétique, les mutations des mondes ouvriers. À Marseille, Jean-Marc Coppola tenta d’incarner une figure rassembleuse. Si les rapports avec Guy Hermier furent parfois vifs, ils demeurèrent empreints d’une grande franchise et de respect mutuel. Ce fut moins le cas, cependant, dans les relations difficiles qu’il eut avec la plupart des communistes refondateurs. Ces derniers, tels Marcel Tassy, Colette Chauvin, Danielle Carbuccia militaient pour que le PCF s’engage dans une démarche de rassemblement d’un pôle de radicalité en établissant des relations durables avec les mouvements sociaux, l’extrême gauche et les écologistes.

Toutefois, certains dirigeants, proches de cette mouvance, tels Jean Tardito, maire d’Aubagne (Bouches-du-Rhône), n’hésitèrent pas à l’aider dans sa tâche au secrétariat fédéral. Jean-Marc Coppola se trouvait à l’aise dans la mutation lancée par le secrétaire général du PCF, Robert Hue. Au moment où il accéda à la fonction de secrétaire fédéral, le PCF comptait plus de 400 élus locaux communistes ou partenaires dans les Bouches-du-Rhône. Avant d’être lui-même élu en 1998, il apporta une attention particulière à ce que l’association des élus communistes et républicains (ADECR) fut vivante et rassemblée, d’autant que si les élus avaient des devoirs envers le PCF, ils et elles étaient les élus de la population. Durant tous ses mandats, il créa les conditions au sein de la Fédération pour que les prises de responsabilités des femmes soient plus importantes.

Devenu membre du Comité national du PCF en décembre 1996, Jean-Marc Coppola fut coopté en juillet 1997 au bureau national où il côtoya les ministres communistes du gouvernement de Gauche plurielle, dont Marie-George Buffet, avec laquelle il travailla à la commission Sports (il fut président du CA du CREPS PACA en 1999 et ce jusqu’en 2006), puis à celle de l’Europe. En 2008, il mit un terme à ses mandats à la tête de la Fédération PCF des Bouches-du-Rhône, Pierre Dharréville lui succédant à cette responsabilité.

En 1998, Jean-Marc Coppola fut numéro deux de la liste d’union conduite par Michel Vauzelle et devint, une fois élu, vice-président du Conseil régional de PACA. De cette date à 2015, il assuma successivement les fonctions de vice-président à la jeunesse (il créa le Conseil régional des jeunes en 1999) ; aux lycées ; au patrimoine, puis aux investissements régionaux. De même, il succéda, en juin 2004, à Patrick Mennucci à la tête du Comité régional de tourisme Provence-Alpes-Côte-d’Azur (CRT-PACA). Conscient de l’importance du tourisme dans l’économie régionale, il s’efforça de conduire une politique au soutien des acteurs qui n’avaient pas les moyens de faire la promotion de leurs produits, à la prise en compte des difficultés des salariés du secteur ou encore aux conditions de travail des saisonniers. Président du groupe communiste & partenaires au Conseil régional de PACA, il fut également, entre 2008 et 2020, conseiller municipal de Marseille, élu dans le 8e secteur. Il était aussi membre de la coordination nationale du Parti communiste où il eut en charge les questions européennes.

En juin 2020, Jean-Marc Coppola s’investit dans la campagne des municipales. Il le fit au sein de l’équipe du Printemps marseillais, collectif de partis de gauche, d’associations et de citoyens en quête d’un changement politique et social. Avec Benoît Payan, et Sophie Camard, il forma un premier noyau, rejoint ensuite par Olivia Fortin. La victoire du Printemps marseillais et l’élection de Michèle Rubirola à la fonction de maire de Marseille fut une agréable surprise dans une ville longtemps dirigée par la droite. Elle vint récompenser une campagne dans laquelle Jean-Marc Coppola s’investit pleinement. Lui-même candidat à la mairie de secteur des 15e-16e arrondissements de Marseille, il fut battu de peu par sa concurrente de gauche, Samia Ghali. Cela n’empêcha pas une bonne entente, et un travail mené en commun par la suite lorsque cette dernière fut élue adjointe au maire de Marseille, à la suite d’un accord avec Michèle Rubirola pour l’élection du maire.

Au sein de la nouvelle équipe municipale, Jean-Marc Coppola devint adjoint en charge de la Culture, de la Création, du Patrimoine culturel et du Cinéma. Sous son impulsion, la culture devint un marqueur essentiel du Printemps marseillais. Dès sa prise de fonction, la municipalité s’attela à rendre gratuits l’accès aux bibliothèques, aux collections permanentes des musées, à mettre en place des propositions culturelles gratuites pendant la période estivale avec l’Été Marseillais. Dans le domaine de la lecture publique, Jean-Marc possédait déjà une certaine expérience et avait obtenu des résultats reconnus. Au cours de la mandature précédente, dans l’opposition, il avait participé à préserver la bibliothèque de Saint-André dont la fermeture fut envisagée après l’ouverture de la médiathèque Salim Hatubou. Avec Valérie Diamanti, elle aussi conseillère municipale communiste, il avait obtenu que la médiathèque de Plan d’Aou – Saint-Antoine, dans le XVe arrondissement de Marseille, porta le nom de l’écrivain comorien.

Outre l’accès à la culture pour toutes et tous, l’autre grand axe de son action fut le soutien au secteur culturel marseillais avec l’augmentation significative des subventions et leur rééquilibrage, dans un souci d’équité territoriale et d’aide à de nouvelles associations.

Jean-Marc Coppola compléta son parcours militant par divers engagements citoyens et associatifs : membre de LGV-PACA à compter de 2006, du Secours populaire à partir de 2015, HIS depuis 2010, Cuba coopération, Amitiés Franco-vietnamienne. Il manifesta très tôt un vif intérêt pour le classement des archives départementales du PCF, affirmant que c’était un devoir des élus que de les déposer ; et aussi pour l’histoire sociale, particulièrement en soutenant le travail de l’association Promemo (Provence mémoire et mouvement ouvrier) historiquement liée au Maitron.

Jean-Marc Coppola épousa, Martine Cèze, nièce d’Henri Cèze, instituteur, maire de Carnoules (Var) de 1971 à 2014, conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Issue d’une famille communiste de Carnoules, son épouse lui apporta l’enracinement qui lui manquait. Il lui était reconnaissant d’une certaine exemplarité, pour le sérieux et la rigueur, dans ses différents engagements. Le couple a eu deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article252893, notice COPPOLA Jean-Marc, Georges par Micheline Abours, Gérard Leidet, version mise en ligne le 2 octobre 2023, dernière modification le 2 octobre 2023.

Par Micheline Abours, Gérard Leidet

La Tribune des cheminots, n° 743, Mai 1997
La Tribune des cheminots, n° 743, Mai 1997
[Droits réservés. Coll. IHS-CGT Cheminots]

ŒUVRE : (Avec Pierre Dharréville ) Aux armes, citoyens ? Marseille n’est pas à acheter, Editions du Cherche midi, coll. "Documents", 2014.

SOURCES : Arch. de la Fédération PCF des Bouches-du-Rhône. — Arch. de l’IHS-CGT des Cheminots. — « La discussion au comité central », L’Humanité, 22 septembre 1984. — « À Marseille, le printemps fait souffler un vent de renouveau », L’Humanité, 18 juillet 2023. — Blog de Gérard Perrier, devoir de mémoire, besoin d’histoire. — Notes de Pierre Ciantar, Patrick Magro et Nicolas Simonpoli. — Entretien avec l’intéressé, juillet 2023. – Gérard Leidet (dir.), Le PCF dans les Bouches-du Rhône, 1920-2020, Cent ans de luttes et de débats, Ed. PROMEMO, 2020 ; notamment les contributions de Bernard Régaudiat, « Le PCF des Bouches-du-Rhône entre 1970 et 1990 : la fin d’une époque », pp 167-195 ; et Gérard Leidet, « Crises au sein du PCF (1978-2001) : dissidents ou communistes critiques ? », pp 151-165.

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