PONGAULT Gilbert

Par Abdrahmane Tagourla

Né en 1925 à Bohoulou près de Mossaka, dans l’actuel département de la Cuvette, en République du Congo , mort le 14 août 2012 à Brazzaville ; secrétaire de l’Union des syndicats du Congo ; secrétaire de la Confédération Africaine des Travailleurs Croyants (CATC) section AEF ; président de l’Union Panafricaine des travailleurs croyants (UPTC).

Gilbert Pongault est le fils d’un chef coutumier, Joseph Eyoka, du nord Congo et de Céline Mwambossi. Il a travaillé très tôt en tant qu’employé dans une société privée de transports, la Compagnie Générale des Transports en Afrique (CGTA). Il a ensuite obtenu un poste de secrétaire dactylo à la Radio de Brazzaville qui lui a permis de rencontrer et de suivre les formations de Gérard Espéret, représentant de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC) en outre-mer. Il a pris la tête de l’antenne congolaise de la confédération africaine des travailleurs chrétiens en 1947 au moment où les Français ont autorisé la création des premiers partis politiques et syndicats. Le syndicat chrétien s’est développé principalement dans les établissements scolaires chrétiens et la plupart de ses membres étaient des enseignants.

Il crée par la suite les premiers syndicats au Congo en 1949. A partir de ce moment sa vie syndicaliste connait une ascension fulgurante. Elu d’abord secrétaire général des syndicats Chrétiens du Congo de 1948 à 1952, Gilbert Pongault est nommé secrétaire général du Comité de Coordination des syndicats Chrétiens des Etats de l’Afrique Centrale et de Madagascar de 1952 à 1958.

Dans le cadre des combats pour la justice sociale, l’égalité salariale entre travailleurs africains et travailleurs européens, Gilbert Pongault s’est fait remarquer en dirigeant plusieurs grèves au Congo dans la décennie des années 1950. En 1954, il dirige la grève des enseignants du secteur privé à Brazzaville. La grève a été très suivie par les enseignants. Elle débute le 18 mai et se termine le 22 mai par un succès éclatant des moniteurs. Le syndicat chrétien réclamait que les enseignants obtiennent les mêmes salaires que leurs homologues fonctionnaires. Après la promulgation du Code du travail dans les territoires relevant du Ministère de la France d’Outre-mer en décembre 1952, code dont les lacunes sont apparues très tôt, Gilbert Pongault demande son application intégrale. C’est dans ce contexte bien déterminé qu’il dirige la grève de 68 jours à la société Tréfaco entre décembre 1954 et février 1955. Cette grève est le premier conflit opposant les syndicats du Congo et l’Inspection du Travail.

Au milieu des années 1950, les syndicats africains manifestent leur volonté de s’autonomiser. Autrement dit, il s’agit de se séparer des centrales métropolitaines pour créer des organisations syndicales purement africaines. Dans le cadre de cette africanisation syndicale, Pongault crée la Confédération Africaine des Travailleurs Croyants (CATC) à partir de 1956. Ce projet très ambitieux a été discuté pour la première fois au moment de la Conférence panafricaine, tenue à Lomé en 1950, et validé par le Congrès panafricain de Douala en 1954, puis par le congrès confédéral de la CFTC. Pongault devint par la même occasion secrétaire général de la CATC d’AEF. Il siège également au Conseil Economique de la République Française de 1958 à 1961. Fort de son engagement pour l’égalité, la justice sociale et pour le panafricanisme syndical, il devient Secrétaire Général de l’Union Panafricaine des Travailleurs Croyants en 1959, créée lors du Congrès de Brazzaville en 1959.

Sur le plan international, Pongault est aussi membre du Bureau de la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC) et premier vice-président de la confédération mondiale du travail (CMT). Du 22 au 24 octobre 1964, il séjourne à Libreville pour une reprise de contacts entre les dirigeants syndicalistes CATC des deux pays. Lors de ce séjour, il est reçu par les syndicalistes CATC du Gabon et les dirigeants de l’enseignement privé. Du 22 novembre au 4 décembre 1965, il préside le Séminaire International de Formation Syndicale organisé conjointement par la CISC et l’UPTC, à Léopoldville.

En 1963, une décennie après la reconnaissance intégrale du syndicalisme en Afrique française avec notamment le vote du code du travail des territoires d’outre-mer, les syndicats congolais sont devenus une force puissante. Ils conduisent, après l’emprisonnement de plusieurs militants, la révolte dite des Trois Glorieuses qui entraine la chute, les 13, 14, 15 août 1963 de Fulbert Youlou, président de la république du Congo Brazzaville. Malgré son rôle important durant la révolution, Gilbert Pongault n’a pas voulu prendre de fonction politique dans le nouveau gouvernement. Il considérait qu’il avait un rôle de leader d’opinion et que ses activités syndicales ne lui permettaient pas d’être au pouvoir. Malgré son leadership, ses idées politiques n’ont pas fait l’unanimité parmi les nouveaux dirigeants du pays. Il s’est farouchement opposé à la création d’un parti unique en 1964 car la principale revendication de la révolution était justement le refus du parti unique et surtout à la création d’un syndicat unique contrôlé par les plus radicaux. De plus, en tant que catholique il refusait le choix du « socialisme scientifique », qu’il considérait comme un choix antichrétien. Condamné à mort par contumace par le régime marxiste-léniniste congolais en 1966, il est réhabilité en 1973 et élevé au rang de Grand Officier du Mérite Congolais en 1983.

L’instabilité politique marque l’histoire du Congo Brazzaville jusqu’aux années 1990. De la présidence de Massembat Debat jusqu’à l’avènement de Denis Sassou Nguesso, en passant par le règne de Marien Ngouabi (Président du Parti Congolais du Travail), le syndicalisme au Congo a survécu entre répression et timide progression. Si Marien N’Gouabi, plus ouvert, finit par être assassiné le 18 mars 1977, Sassou Nguesso n’autorise qu’un seul syndicat, c’est-à-dire la Confédération syndicale congolaise, liée à son parti, et dont le secrétaire général doit être nommé par une loi. En désaccord avec les principes du régime de Sassou Nguesso, Gilbert Pongault prend la fuite, tandis que d’autres syndicalistes sont emprisonnés. Le cas de Gilbert Pongault est porté devant Amnesty International. Il peut rentrer au Congo en 1990 date à laquelle, le gouvernement organise l’anniversaire des trois glorieuses et décide de le décorer de la médaille spéciale destinée aux dirigeants des Trois Glorieuses.

Au cours de la même année, Sassou Nguesso est réélu mais le pays bascule dans un chaos total. Les écoles sont fermées, Gilbert Pongault et les syndicats congolais sollicitent sans succès une Conférence nationale et décident d’appeler à une grève générale. La Conférence a effectivement lieu en juin 1991. La crise politique qui s’est prolongée en 1992, pousse Gilbert Pongault, représentant le collectif des anciens syndicalistes à faire un discours conjointement avec Fulgence Biyaoula, président du Bureau exécutif de la CATC au sujet des graves événements qui ont secoué le pays.

Dans le cadre du panafricanisme syndical, Gilbert Pongault a participé à la création de l’Union Syndicale Panafricaine (USPA) mais la quitte en raison d’un désaccord concernant les statuts. Il participe alors à la création de la Confédération Syndicale Africaine (CSA), organisation parallèle à l’USPA, regroupant les organisations africaines adhérentes à la Confédération Mondiale du Travail et à la Confédération internationale des syndicats libres. L’engagement de Gilbert Pongault pour la cause africaine a dépassé le monde syndical pour s’étendre à des luttes plus nationales. Il est en effet, en 1973, dans le cadre de la lutte contre la ségrégation raciale en Afrique du Sud, élu secrétaire général du Comité Africain de Coordination et d’Action syndicale contre l’Apartheid et le colonialisme. Le 21 décembre 1991, Pongault assiste au Congrès de l’Organisation de l’Unité Syndicale Africaine (OUSA).

Gilbert Pongault meurt le 14 août 2012, 49 ans jour pour jour après les Trois Glorieuses. Sa forte personnalité, avait contribué à donner au syndicalisme croyant africain une dimension exceptionnelle.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article252914, notice PONGAULT Gilbert par Abdrahmane Tagourla, version mise en ligne le 27 novembre 2023, dernière modification le 22 novembre 2023.

Par Abdrahmane Tagourla

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Fonteneau, Gérard avec la collaboration de Noël Madounga et d’André Linard, Histoire du syndicalisme en Afrique, Paris, Editions Karthala, 2004. — Kiriakou, Héloïse Brazzaville : Laboratoire de la révolution congolaise (1963-1968), thèse de doctorat sous la direction du Professeur Pierre Boilley, université Paris1, 2019. — Archives CFDT, Fonds Gérard Espéret 10 P5 Décolonisation, positions de la CFTC-CFDT : notes sur les dates du syndicalisme en Afrique de 1937 à 1961 et sur la décolonisation de 1946 à 1967, notes de synthèse concernant l’évolution de la CFTC sur les problèmes de la décolonisation de 1945 à 1960, notes chronologiques d’un militant sur les positions de la CFTC-CFDT durant la décolonisation de 1947 à 1967, critiques sur les positions de la CFDT (1986). — Archives CFDT, Fonds Gérard Espéret 5H 166 CFTC AEF Congo 1955 .— Archives CFDT, Fonds Gérard Espéret 5H 167 Relations CFTC-AEF 1954-1957. —
Archives CFDT, Fonds Gérard Espéret, 10 P 80, Activité de Gilbert Pongault Président de la CATC et Vice-président de la Confédération Mondiale du Travail (CMT) : Correspondance avec Gérard Espéret, notes manuscrites, articles de presses sur ses activités syndicales et politiques et répressions envers les syndicalistes au Congo, « Déclaration de la Confédération Africaine des Travailleurs Croyants 28 novembre 1992 » faite conjointement par Gilbert Pongault (représentant le collectif des Anciens Syndicalistes) et Fulgence Biyaoula (Président du Bureau Exécutif de la CATC) . —
Archives Nationales Pierrefitte, Service de Coopération technique international de Police, cote 19920033/12, Dossier 12-3 Union Panafricaine et Malgache des Travailleurs Croyants.

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