BANCEL Jean-Baptiste, François, Désiré

Né le 12 février 1822 à Lamastre (Ardèche), mort le 23 janvier 1871 à Lamastre. Avocat. Représentant montagnard de la Drôme en 1849 et député radical de Lyon en 1869.

Désiré Bancel était le fils d’un grand avocat de Valence (Drôme). Il étudia le droit à Grenoble et à Paris puis s’inscrivit au barreau de Valence où il fut bien loin d’atteindre la réputation de son père. Il se lança alors dans la politique. À la fin du règne de Louis-Philippe, il publia, avec son père, alors conseiller général de l’Ardèche, un Essai sur le Crédit. Lors de l’élection présidentielle du 10 décembre 1848, il fit une vigoureuse campagne contre Louis-Napoléon et en faveur de Cavaignac.
Le 13 mai 1849, il fut élu dans la Drôme, par 41 104 voix, sur 67 889 votants et 94 136 inscrits. Il siégea sur les bancs de la Montagne. Le 22 avril 1850, il défendit les instituteurs socialistes Pérot* et Lefrançais* devant les assises de la Seine constituées en conseil de discipline conformément à l’article 7 de la loi Guizot de 1833. Le 27 novembre 1851, à la tribune du Palais-Bourbon, il dénonça les « conspirations flagrantes qui se manifestent dans le mépris des lois pratiqué à chaque instant par le gouvernement ». Il fut arrêté lors du coup d’État, puis, le 9 janvier 1852, expulsé du territoire français. Il se réfugia en Belgique et, avec l’appui des autorités académiques et de l’administration centrale, donna à l’Université libre de Bruxelles des conférences sur la littérature des XVIIe et XVIIIe siècles. Il fit également dans le pays des tournées de propagande pour les idées démocratiques et pour la libre pensée (Bancel était franc-maçon). Aux élections complémentaires de 1864, il faillit être candidat contre Tolain*. À cet effet, il envoya par télégramme le fameux serment de fidélité à l’Empire exigé de tous les candidats. Il fut refusé, Bancel poursuivit le préfet de police, mais cette manifestation n’eut aucune suite car Étienne Arago* intervint auprès de Bancel pour le dissuader de s’opposer à Tolain. Bancel accepta et engagea ses amis à voter pour le candidat ouvrier.
Amnistié peu après, il revint à Paris. Il continua sa lutte contre le régime sous forme de conférences littéraires données, en particulier, rue de la Paix à la société « Entretiens et Lectures » fondée par Lissagaray* et par Albert Leroy*, et véritable établissement d’enseignement supérieur libre. Il continua d’y prendre la parole quand Lissagaray eut transféré l’établissement rue Cadet (IXe arr.). Bancel y eut alors Jules Vallès* comme collègue.
Le 4 juillet 1868, Bancel signa le programme de La Réforme, en faveur du système coopératif, qui réclamait la liberté du travail, celle du crédit et des échanges, l’instruction primaire gratuite et obligatoire, « le principe de solidarité s’affirmant par l’assistance publique toutes les fois que les assistances particulières se reconnaissent impuissantes par suite de crises extraordinaires ».
Lors des élections générales de 1869, il fut le candidat des loges maçonniques dans trois départements. Dans la Drôme, la loge de Valence L’Humanité de la Drôme provoqua sa candidature ; il fut battu. À Paris, en mai, un comité électoral rédigea un manifeste pour opposer sa candidature à celle d’ Émile Ollivier* : « Reconnaissants des services rendus par les hommes nouveaux dont l’audace généreuse s’éveille dans l’esprit populaire aujourd’hui, nous aurions voulu manifester nos sympathies aux citoyens Rochefort*, Gambetta*. [...] Mais il ne conviendrait pas, quant à présent, au socialisme de s’appuyer, pour une revendication personnelle, sur les seules hardiesses du pamphlet politique [...] Nous croyons faire acte politique et œuvre sociale en proposant au choix de nos concitoyens [...] Bancel en remplacement d’Ollivier ». Gustave Lefrançais a raconté ce que fut la campagne électorale de son ancien avocat. « Hélas ! qu’est devenu l’orateur simple et spirituel de 1850 ? Sa parole a pris du ventre. Il est disert, lourd, prétentieux et banal. Se frappant la poitrine d’un bras et tendant l’autre en avant, il semble indiquer que la voie est libre, puis, d’une voix empâtée, il déclare qu’il est le fils de la Révolution, sa mère. C’est bien la peine d’avoir, durant quinze ans, fait un cours d’éloquence en Belgique pour en arriver là. Ce n’est plus qu’un ennuyeux rhéteur. Mais il a inventé, lui aussi, comme Ollivier, un mot qui aura plus de retentissement que celui de spectre de Banco, trop prétentieux pour devenir populaire. Bancel se qualifie d’irréconciliable-naturellement avec une kyrielle d’r. Ça suffira pour qu’il soit nommé haut la main. En politique, il ne s’agit, pour réussir, que de savoir s’étiqueter à propos. »
Grâce à Tolain, qui fit une propagande active en sa faveur et lui rallia un grand nombre de voix ouvrières, Bancel fut élu par 22 345 suffrages, tandis qu’Ollivier n’en obtenait que 12 848.
À Lyon, son succès fut également, en grande partie, dû à la franc-maçonnerie et aux suffrages des canuts fanatiquement antireligieux. Le 12 avril 1869 il y faisait devant un très nombreux public, une conférence sur l’École. Il s’écria : « Plus de couvents, pas de casernes, beaucoup d’écoles ! ». Il obtint un grand succès, parce qu’à cette époque, la franc-maçonnerie, comme le blanquisme, orchestrait les colères et les espérances des ouvriers autour d’un thème très simple : l’ouvrier mêlé aux luttes politiques ou scolaires mettait son idéal dans un État fort, capable de chasser les prêtres et de réaliser l’école qui bâtirait l’égalité sociale. Malgré le succès de cette conférence, Bancel ne fut pas tout de suite admis comme candidat à opposer à Hénon* par les ouvriers. Albert Richard*, notamment, aurait voulu faire prévaloir la candidature d’un véritable ouvrier. Il entama une longue discussion avec Bancel qui accepta quelques points du programme socialiste, tout en affirmant que dans une République il ne pouvait y avoir de représentants de classe. Finalement, sa candidature fut substituée à celle de Hénon. Bancel recueillit 16 953 voix (inscrits : 40 220 ; votants : 29 495). Il opta pour le département du Rhône : il était pourtant bien éloigné des questions pratiques qui se posaient dans la vie quotidienne des Lyonnais.
Au Corps législatif, Bancel siégea à l’extrême gauche, mais, sa santé déclinant rapidement, il dut se retirer dans son pays natal, où il mourut.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article25659, notice BANCEL Jean-Baptiste, François, Désiré , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

ŒUVRE : Essai sur le Crédit hypothécaire envisagé comme base fondamentale du Crédit public et de l’Organisation du Travail. Extrait du Courrier de la Drôme et de l’Ardèche, signé Bancel père, Bancel fils, Valence, impr. J. Marc-Aurel, 1848, in-18, 76 p. — Introduction à Cristoforo Bonavino, Le Rationalisme, Bruxelles et Leipzig, 1858, in-16. — Les Origines de la Révolution, Paris, 1869, in-16, 33 p. — Les Révolutions de la Parole, Paris, 1869. Résumé de l’enseignement de Bancel à Bruxelles, où avaient été éditées en trois volumes des Harangues, qui étaient ses cours. — Les Mystères. Études littéraires et philosophiques, Paris, 1871, in-32, VIII + 187 p.
Antonin Dubost avait pris la charge de publier des Œuvres posthumes. Il a tenu parole avec Histoire des révolutions de l’Esprit français, de la langue et de la littérature française, au Moyen Age.

SOURCES : G. Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire, Bruxelles, 1902, rééd. Paris, SEF/Tête de Feuilles, 1972. — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891. — J. Balteau, M. Barroux, M. Prévost, R. D’Aman, T. de Morembert, Dictionnaire de Biographie française, Paris, Letouzey, 1933 sq. — I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire, Paris, Pedone, 1901. — Henri Monin, François Désiré Bancel d’après ses lettres inédites.

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