BARBIEUX Albert, François

Par Gauthier Langlois

Né le 2 août 1822 à Saint-Amand-les-Eaux (Nord), mort le 7 janvier 1897 à Paris (XVIIIe arr.) ; négociant, proscrit pour son opposition au coup d’État du 2 décembre 1851, il fut expulsé et se réfugia à Jersey. Il fut l’un des créateurs et le gérant du journal Le Rappel de 1869 à 1876.

Albert Barbieux et les principaux collaborateur du Rappel (Auguste Vacquerie, Henri Rochefort, Charles Hugo, Paul Meurice), vus par A. Lemot, <em>Le monde pour rire</em> 31 mai 1870. (Coll. Musée Carnavalet)
Albert Barbieux et les principaux collaborateur du Rappel (Auguste Vacquerie, Henri Rochefort, Charles Hugo, Paul Meurice), vus par A. Lemot, Le monde pour rire 31 mai 1870. (Coll. Musée Carnavalet)

Né sous le nom d’Albert François Béghin, fils naturel de Sidonie Beghin, marchande âgée de 18 ans, il fut reconnu et légitimé par le mariage de sa mère, le 6 juillet 1825 avec son père Albert Barbieux, propriétaire. Après avoir exercé comme négociant il s’installa à Versailles où il vivait de ses rentes, estimées à 2 000 fr en 1851. À cette date il était veuf, père d’un enfant et résidait rue Noailles à Versailles.

Opposant au coup d’État du 2 décembre 1851, il fut arrêté et condamné à la transportation en Algérie à Douéra. La commission militaire de Paris motiva sa décision par le commentaire suivant : « Membre du Comité socialiste de Versailles. Affilié aux sociétés secrètes. L’un des meneurs de la démagogie. Détenteur d’armes. Une correspondance compromettante a été saisie chez lui, notamment une lettre dans laquelle on lui demande du plomb pour fondre des balles. »

Suite à deux demandes de grâce sa peine fut commuée, le 15/08/1852, en expulsion, puis remise le 02/02/1853. Après son expulsion d’Algérie il s’installa à Jersey. Intéressé par le spiritisme, il participait avec Victor Hugo et sa famille aux séances de table tournante chez Edmond Le Guével et sa femme Rose.

Il fit partie des 36 proscrits qui signèrent, le 17 octobre 1855, la protestation rédigée par Victor Hugo contre l’expulsion de Jersey de Charles Ribeyrolles, du colonel Louis Pianciani et de Philippe Thomas. Cette signature lui valu, comme tous les autres, l’expulsion de l’île.

En 1869 il fit le voyage de Bruxelles pour proposer avec succès à Charles Hugo, Victor Hugo, Paul Meurice, Auguste Vacquerie et Henri Rochefort, le lancement d’un périodique d’opposition dont Victor Hugo trouva le titre : Le Rappel. En effet le journal d’Henri Rochefort, La Lanterne était interdit en France et sa diffusion clandestine depuis Bruxelles rencontrait des difficultés. Barbieux, qui participait à sa diffusion, fut d’ailleurs condamné, le 10 décembre 1868, à trois mois de prison et 500 francs d’amende pour « introduction d’un journal étranger interdit en France ».

La rédaction du nouveau journal fut confiée à Albert Baume, Barbier assura la gérance et l’impression du journal jusqu’en 1876. Malgré la libéralisation de la presse Le Rappel fut régulièrement victime de la censure judiciaire. En effet par ses collaborateurs et notamment Henri Rochefort, il apparaissait comme le principal ennemi de l’Empire. Il collectionna les condamnations pour délit de presse : le 1er mai 1870, avant même la publication du 1er numéro le 4 mai, Le Rappel était interdit de vente en kiosque et sur la voie publique ; le 27 juillet 1869, Barbieux fut condamné en tant que gérant à 1000 francs d’amende pour un compte-rendu d’un procès de presse ; le 30 juillet 1869, à un mois et 500 francs pour publication de fausses nouvelles ; le 19 novembre 1869, à 25 francs pour diffamation publique ; en décembre 1869, à deux mois et 1000 francs pour offense publique envers la personne de l’empereur et tentative de détournement des militaires de leur devoir. Il avait en effet imprimé, le 4 décembre 1869, dans la « Chronique révolutionnaire » du journal, un article de Charles Hugo traitant Napoléon III de tyran. Malgré deux défenseurs prestigieux, les républicains Léon Gambetta et Jules Favre, la peine fut aggravée en appel : le 7 janvier 1870, il fut condamné solidairement avec Charles Hugo à trois mois de prison et 1000 francs d’amende. Puis, le 9 janvier, à six jours et 50 francs pour publication d’un dessin sans autorisation ; le 18 février 1870, à trois mois et 1000 francs pour provocation à la désobéissance des armées et à leur chef ; le lendemain, à 300 francs pour publication d’un journal sans dépôt préalable ; le 21 juillet 1870, pour publication de fausses nouvelles à une condamnation non précisée dans nos sources.

Pendant la guerre franco-prussienne de 1870 il résidait 15 rue des Beaux-Arts à Paris et fut élu commandant du 151e bataillon de la Garde nationale dans le Ve arr. de Paris. Il prit dans la Commune une part qui lui valut d’être arrêté puis, le 3 octobre 1871, d’être condamné par le 3e Conseil de guerre de Versailles, à 1000 francs pour publication de fausses nouvelles.

Après avoir été l’un des ennemis du Second Empire il fut aussi l’un de ceux de la République versaillaise. Il gardait des relation étroites avec Henri Rochefort, évadé du bagne où l’avait placé le conseil de guerre puis réfugié à Londres depuis 1874. Il projetait avec lui la publication d’un journal appelé Le Ralliement où Rochefort devait écrire sous le pseudonyme le lanternier. Ces faits furent révélés suite à la saisie de plusieurs lettres de Rochefort, lors de arrestation de Barbieux, en 1875, pour ivresse sur la voie publique. Le journal avait déjà reçu une proposition de collaboration de Gustave Naquet ; Alphonse Esquiros, Henri Tolain, Camille Pelletan et Germain Casse avaient été pressentis pour y participer.

Dans son numéro de 9 janvier 1897 le Rappel publia une nécrologie rappelant son parcours et qui se termine ainsi : « Barbieux était une figure énergique et loyale, humoristique et gaie... ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article25735, notice BARBIEUX Albert, François par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 6 août 2020.

Par Gauthier Langlois

Albert Barbieux et les principaux collaborateur du Rappel (Auguste Vacquerie, Henri Rochefort, Charles Hugo, Paul Meurice), vus par A. Lemot, <em>Le monde pour rire</em> 31 mai 1870. (Coll. Musée Carnavalet)
Albert Barbieux et les principaux collaborateur du Rappel (Auguste Vacquerie, Henri Rochefort, Charles Hugo, Paul Meurice), vus par A. Lemot, Le monde pour rire 31 mai 1870. (Coll. Musée Carnavalet)
Albert Barbieux vu par Albert d'Arnoux et Edme Penauille, Album du Rappel, 1870. Barbieux a signé ce portait envoyé à Victor Hugo. (Source : maison de Victor-Hugo Hauteville house, Guernesey)
Albert Barbieux vu par Albert d’Arnoux et Edme Penauille, Album du Rappel, 1870. Barbieux a signé ce portait envoyé à Victor Hugo. (Source : maison de Victor-Hugo Hauteville house, Guernesey)

SOURCES : Arch. privées de la famille Alavoine-Baudains, Liste établie par Eugène Alavoine après 1870. — Victor Hugo, Oeuvres complètes de Victor Hugo. Actes et paroles. 2 publiées par Paul Meurice, puis par Gustave Simon, 1937-1940, p. 123-125. — Henri Rochefort, Les aventures de ma vie ; éd. présentée et annot. par Paul Lidsky, Paris, Mercure de France, 2005, p. 191. – (Collection le Temps retrouvé) ISBN 2-7152-2455-9. — L’Univers, 12 décembre 1862, p. 3. — Le Rappel (Paris 1869-1933)Journal des débats politiques et littéraires, 18 décembre 1870, p. 3. — Gazette des tribunaux, 24 décembre 1875, p. 2. — Le Soleil, 26 décembre 1875, p. 1. — Le Rappel, 9 janvier 1897, p. 1. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Barbieux - François Albert », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Gustave Simon, Les tables tournantes de Jersey : chez Victor Hugo : procès-verbaux des séances, Paris : L. Conard, 1923. — Jean-Claude Fizaine, Victor Hugo et les mystères de Jersey. Un manuscrit inédit de Xavier Durrieu (Les séances chez Leguével), 2015. — Notes de Rémy Gossez et de Pierre Baudrier.

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