BAUDIN Alphonse, Jean-Baptiste, Victor [BAUDIN Jean-Baptiste]

Né le 23 octobre 1801 à Nantua (Ain), mort le 3 décembre 1851 à Paris. Docteur en médecine, représentant du peuple en 1849, la plus illustre victime du coup d’État du 2 décembre 1851.

Fils d’un médecin, Baudin fréquenta la Faculté de médecine de Lyon, qu’il abandonna en 1830 pour l’École d’application du Val de Grâce. Il en sortit lauréat et se signala lors de l’épidémie de choléra de 1832. Il fut d’abord l’ami du néo-babouviste Charles Teste*. Républicain, il adhéra ensuite aux doctrines saint-simoniennes ou fouriéristes, ce qui lui valut d’être envoyé en disgrâce, comme aide chirurgien, à l’hôpital militaire de Toulon (1832), puis aux zouaves (1837-1839), en Algérie, où il connut Eugène Cavaignac. En 1837, il avait pu soutenir sa thèse de doctorat à Paris. Il démissionna de l’armée et s’installa à Paris, 1 rue des Martyrs (IIe arr., maintenant IXe). Sans grandes ressources, il se fit le médecin des pauvres, ce qui ne l’empêcha pas de soigner aussi d’illustres malades des milieux républicains : Michelet, Quinet, Lamennais*, Michel de Bourges*.
Franc-maçon, affilié aux sociétés secrètes républicaines et socialistes, il vivait au milieu des ouvriers du faubourg Poissonnière (IIe et IIIe arr., maintenant IXe et Xe), s’entretenait souvent avec les typographes, les lithographes et les cartonniers qui habitaient autour de la place du Caire(Ve arr., maintenant IIe) et pour qui il était un personnage familier. Après la révolution de Février, il présida le Club de l’Avenir. Voir Seyert Edmond*. Le 25 mai 1848, il fut arrêté comme complice dans l’affaire du 15, mais fut assez vite relâché et refusa le portefeuille de l’Instruction publique que lui offrit alors Cavaignac.
En mai 1849, il fut élu à la Législative dans l’Ain, cinquième sur huit, avec 46.739 voix. Il siégea à l’extrême gauche, combattant vigoureusement la politique de la droite et celle de l’Élysée, autour du 13 juin 1849 et ensuite.
Le 8 janvier 1850, il défendit les droits civiques des instituteurs menacés par la loi qui les plaçait sous la dépendance des préfets : « Eh quoi ! dit-il, parce qu’ils sont des instituteurs, ils ne pourront pas s’occuper des intérêts les plus précieux de leur pays, de la société, de l’humanité ? Ils ne pourront pas, si telle est leur conviction, entrer dans l’arène électorale et chercher, par tous les moyens que les lois autorisent, à faire triompher le parti sous la bannière duquel leur conviction les engage ? Sous quel prétexte allez-vous les dépouiller de ces droits ? De quelle autorité ne ferez-vous pas pour eux ce que vous faîtes pour les autres ? Pourquoi, par exemple, le prêtre pourra-t-il se servir d’un instrument sacré, de la chaire, pour y prêcher en faveur de certains candidats, tandis que l’instituteur ne pourra pas exercer sa part d’une plus légitime influence ?... »
Devant la chaleur de ce plaidoyer, Victor Hugo* s’imagina, et bien d’autres avec lui qui ne connaissaient pas encore Baudin, qu’il appartenait à l’enseignement primaire. (Cf. Histoire d’un Crime, éd. orig. et note dans les éditions suivantes.)
« Baudin était, pour les rappels à l’ordre et les avanies, un des points de mire du sieur Dupin. Il partageait cet honneur avec les représentants Miot* et Valentin*. Baudin monta plusieurs fois à la tribune. Sa parole, hésitante dans la forme, était énergique dans le fond. Il siégeait à la Crête de la Montagne. Il avait l’esprit ferme et les manières timides. De là, dans toute sa personne, je ne sais quel embarras mêlé à la décision. C’était un homme de moyenne taille. Sa face colorée et pleine, sa poitrine ouverte, ses épaules larges annonçaient l’homme robuste, le laboureur maître d’école, le penseur paysan. Il avait cette ressemblance avec Bourzat*. Baudin penchait la tête sur son épaule, écoutait avec intelligence et parlait avec une voix douce et grave. Il avait le regard triste et le sourire amer d’un prédestiné. » (Victor Hugo, Histoire d’un Crime.)
Le 3 décembre, au matin, Baudin et une quinzaine de députés s’efforcèrent de soulever le faubourg Saint-Antoine (alors VIIIe arr., maintenant XIIe). Ils désarmèrent deux postes, ce qui était insuffisant pour armer les quelque cent cinquante ouvriers du faubourg qu’ils avaient rassemblés sous l’autorité de Cournet*, mais permit d’entreprendre la construction d’une barricade rue du Faubourg-Saint-Antoine, à l’angle des rues de Cotte et Sainte-Marguerite, c’est-à-dire de la rue Trousseau d’aujourd’hui. Des voitures mises bout à bout et laissant un vide aux deux extrémités, telle était la médiocre barricade construite à la demande des représentants. Baudin était debout sur un omnibus et y demeura, tandis que Schoelcher* s’avançait en avant de la barricade pour haranguer les soldats et leur capitaine qui arrivaient pour l’enlever. Un des défenseurs de la barricade, croyant les députés menacés par la troupe qui les encerclait baïonnette au canon, tira et tua un conscrit. Les soldats ripostèrent et Baudin s’écroula, frappé de trois balles. Une qui était entrée par l’œil droit et avait pénétré dans le cerveau l’emporta après une demi-heure d’agonie.
La réponse connue de Baudin : « Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs », que dans les récits hâtifs on a tendance à placer au plus près de la fusillade, en est relativement éloignée au contraire. Selon Victor Hugo, le cri qui la provoqua : « À bas les vingt-cinq francs ! » aurait été poussé par « quelques hommes en blouse, de ceux que le 10 décembre avait embrigadés », nervis ou espions de police, et se situerait aussitôt après l’achèvement de la barricade symbolique.
Mais le faubourg Saint-Antoine ignora la mort de Baudin ou n’en fut pas ému. Les députés purent s’égailler dans Paris, salués sans plus dès le faubourg de « Vive la République ! » et de « Vivent nos représentants ! »
Gindriez* et le frère de Baudin reçurent son corps à l’hôpital Sainte-Marguerite, à condition de le faire enterrer discrètement. Ce qui eut lieu le 5 décembre 1851 au cimetière Montmartre.
La tombe devint alors un lieu de pèlerinage démocratique et socialiste pour quelques-uns. Mais l’image de Baudin ne se fixa dans la sensibilité populaire que grâce à la plaidoirie de Gambetta en 1868 (procès du monument Baudin, de Charles Delescluze* et Charles Quentin*) et ultérieurement grâce aux manuels scolaires de la Troisième République.
Baudin eut sa statue à Nantua et une autre là où il avait été frappé à mort. Le bronze de cette dernière a été fondu par les occupants allemands de 1940-1944.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article25960, notice BAUDIN Alphonse, Jean-Baptiste, Victor [BAUDIN Jean-Baptiste] , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 17 mai 2018.

SOURCES : Arch. P.Po., A a/428. — La Voix des Clubs, n° 14, 25 mars 1848. — A. Cartaz, Les Médecins bressans, p. 20-24. — Charles Simond, Paris de 1800 à 1900, t. II, p. 405. — G. Pessard, Nouveau Dictionnaire historique de Paris (article Faubourg Saint-Antoine). — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891.

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