COURAGE Gustave, Émile

Par Jean-Jacques Doré

Né le 11 avril 1880 à Oissel (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 20 février 1959 à Elbeuf (Seine-Inférieure-Seine-Maritime) ; machiniste du dépôt des chemins de fer d’Oissel ; syndicaliste ; militant socialiste puis communiste.

Fils d’ouvriers du textile, un père débourreur, une mère dévideuse, Gustave Courage quitta l’école à douze ans pour travailler dans le bâtiment jusqu’à son service militaire. Militant politique dès sa majorité et fondateur de la section socialiste SFIO d’Oissel, il en était le secrétaire lorsque, en 1906, il entra comme machiniste au dépôt des chemins de fer de l’État de sa ville natale. Il rejoignit aussitôt le syndicat des Cheminots de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure,Seine-Maritime) (dont Oissel était une section), affilié à la Fédération des transports par voie ferrèe ; il en prit la direction en 1907.

Très actif pendant la grande grève des cheminots en 1910, Courage en faisait la description suivante : "1910 fut l’année de la grande grève des cheminots, la grève des 100 sous ; Briand prétendait que notre mouvement n’était pas revendicatif mais insurrectionnel. Il nous mobilisa, nous refusâmes de marcher. En tant que responsable syndical, je fus condamné à trois jours de prison que j’effectuais à la caserne Hatry de Rouen. Plus de 400 cheminots y furent également convoqués pour des corvées infligées en punition, mais jamais les sentinelles n’arrivèrent à faire l’appel car tout le monde répondait ensemble. Le soir on nous emmena coucher au couvent des Ursulines, place du Boulingrin. nous y partîmes en chantant l’Internationale et nous passèrent la nuit à la foire Saint Romain qui venait d’ouvrir, après avoir payé un coup aux sentinelles". Le 31 août 1913, la Fédération des transports par voie ferrée ayant été dissoute comme organisation "extrémiste", il rejoignit le syndicat local la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer dirigé par Edmond Dubois.

Mobilisé en août 1914, il retrouva son poste à Oissel après deux ans passés au front qu’il quitta avec le grade de sergent. Porté à nouveau au secrétariat de la section SFIO, il était présent aux congrès du Parti socialiste à Paris XIIIe) en décembre 1916 et à Bordeaux (XIVe) en septembre 1917 ; c’est à cette occasion qu’il apostropha Marcel Sembat ministre socialiste, "je le traitais d’assassin à propos de la répression des mutineries au front, mais nous n’étions, hélas, qu’une minorité".

Gustave Courage et son compère Maurice Gautier (cheminot et futur député communiste), agrégèrent autour d’eux un noyau de cheminots et de socialistes hostiles à l’Union sacrée et organisèrent plusieurs réunions secrètes ; l’une d’elles eut lieu le 21 juillet 1917 dans un hangar éclairé aux chandelles, où Pierre Brizon vint exposer les résultats de la conférence de Kienthal à laquelle il avait assisté... La réunion n’était, en fait, pas si secrète que cela, elle fit l’objet d’un minutieux rapport de police ; Gautier et Courage étaient surveillés de près. Courage évoquait ainsi cette époque : "Les mécaniciens des locomotives de Batignolles nous apportaient, dès lors, des tracts pacifistes et révolutionnaires, nous les recopions à la main pour les faire circuler ; on nous traitait de bolcheviks, mais nous étions fiers de ce nom des compagnons de Lénine".

À l’aube de la dernière année de guerre, Sotteville-lès-Rouen et Oissel étaient l’épicentre des luttes entre les majoritaires partisans de l’Union sacrée et les minoritaires pacifistes, l’action politique se confondait à l’action syndicale, tous ces hommes étaient socialistes, presque tous étaient des cheminots. Gautier et Courage menaient une violente campagne contre les dirigeants majoritaires du syndicat et surtout le secrétaire Edmond Dubois qui était aussi celui de l’Union départementale. Ils obtinrent une première victoire le 30 janvier 1918, lorsque l’ordre du jour du bureau sortant fut battu par celui de la section d’Oissel dont Maurice Gautier était le secrétaire et Gustave Courage son adjoint, si bien qu’en février, le bureau sortant fut mis en minorité, Gautier fut élu secrétaire, Charles Hardy secrétaire adjoint et Gustave Blard trésorier ; "sacrée" victoire, le syndicat des Cheminots de Sotteville était l’organisation la plus puissante du département avec 3 300 membres. Refusant toute responsabilité, Courage se consacra à transposer sur le plan politique, qui pour lui était essentiel, le succès des cheminots minoritaires. L’élan était donné, il fut élu secrétaire de la Fédération socialiste de Seine-Inférieure et de l’Eure en mars 1918, puis conseiller d’arrondissement le 19 septembre 1919, mais il se présenta sans succès aux élections législatives du mois de novembre. Avec son épouse, il représenta la Fédération socialiste au congrès de Strasbourg en février 1920, puis signa la motion Cachin-Frossard pour le congrès de Tours ; il se plaisait alors à évoquer sa ressemblance avec Marcel Cachin qui était si frappante qu’on les confondait souvent.

De retour à Oissel, après Strasbourg, il était aux côtés de Maurice Gautier pour préparer la grande grève des cheminots après le 1er mai 1920. Les deux hommes furent arrêtés le 3 mai et mis au secret à Bonne-nouvelle (la prison de Rouen), puis transférés peu après à Paris pour être écroués à la Santé pendant 52 jours. Révoqué le 22 mai, il présida avec Marcel Cachin et Pierre Renaudel le meeting de protestation tenu à Rouen le 17 octobre 1920. Il bénéficia, avec ses compagnons de la Santé, d’une ordonnance de non-lieu en janvier 1921.

Adhérent de la SFIC dès la première heure, Courage fut déclaré démissionnaire de son poste de conseiller général pour avoir refusé de siéger à un conseil de révision. Réélu en mars 1922, son élection fut invalidée et, en novembre, il fut cette fois battu.

Après leur sortie de prison en août 1920, Gautier et Courage, privés de ressources et si souvent associés dans les communiqués de presse, ouvrirent ensemble un commerce de légumes à Oissel. Leur amitié n’allait pas résister à leur destin, Maurice poursuivit son ascension syndicale et politique, Gustave quitta Oissel pour Elbeuf où il exploita une épicerie puis un garni. Il n’exerça plus aucune responsabilité ni politique, ni syndicale, mais jusqu’à sa mort, survenue le 20 février 1959, il resta fidèle au Parti communiste dont une cellule d’Elbeuf porte son nom.
Pierre Largesse le décrivait ainsi : " C’était un vieux camarade, très soigneusement tenu, de petite taille, très discret, l’œil attentif, l’oreille aux aguets, curieux des luttes dans les entreprises. Mais je ne me souviens pas l’avoir entendu, dans cette période, émettre une critique ou un avis. Il était lecteur assidu de l’Humanité.

Gustave s’était marié à Oissel le 15 juillet 1905 avec Joséphine Thomas.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article2602, notice COURAGE Gustave, Émile par Jean-Jacques Doré, version mise en ligne le 18 mai 2020, dernière modification le 18 mai 2020.

Par Jean-Jacques Doré

SOURCES : Arch. Nat. F7/13091, F7/13619, années 1918-1919. — Arch. Dép. Seine-Inférieure, Sûreté générale, rapports mensuels des commissaires spéciaux non classé, 1 MP 279 Dossiers individuels des membres du PCF A à L, 1 MP 611 Radiés du carnet B et série R, archives de l’État-major de la 3e région, 1914-1919. — État civil d’Oissel. — La Vague, 20 mai 1920. — J.-J. Doré, Mémoire de Maîtrise. — Jean-Marie Cahagne, La SFIO de Haute-Normandie de 1914 à 1969, thèse de IIIe cycle, Université de Rennes, 1980. — Témoignages. — Notes de Jacques Girault. — Lettre de Pierre Largesse à Jacques Girault, 21 octobre 1979. — Lettre de Monsieur Jean Lecanuet, président du conseil général de Seine-Maritime, 10 décembre 1979 — Souvenirs de Gustave Courage.

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