BEAUVAIS Eugène, Louis

Par Gauthier Langlois

Né le 28 mars 1825 à Dollon (Sarthe), mort le 29 décembre 1858 à Dollon ; fabricant de chandelles puis aubergiste. Condamné pour son opposition au coup d’État du 2 décembre 1851, Eugène Beauvais vécut en exil dans l’île de Jersey.

Eugène Beauvais (à gauche) en compagnie de son père et son frère, photographiés à Jersey vers 1854
Eugène Beauvais (à gauche) en compagnie de son père et son frère, photographiés à Jersey vers 1854
Eugène Beauvais (à gauche) en compagnie de son père Casimir Louis Beauvais né en 1798 (au centre) et son frère Casimir François né en 1824 (à droite). La photographie prise entre 1853 et 1855, est sans doute postérieure à la mort de l’épouse et de l’enfant d’Eugène qui n’y figurent pas. Elle est l’œuvre probable de Charles Hugo ou Auguste Vacquerie.
(Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Philippe Asplet, fol. 9)

Il fut déclaré à l’État-civil fils de Casimir Beauvais, marchand et d’Anne Bomer son épouse.

Le 14 juin 1851 il avait épousé à Dollon Marie Laetitia Staffort, une britannique née à Bordeaux le 8 juillet 1814. Elle était la fille de Marie Françoise Whalley et de son époux John Stafford, major général, un des officiers de l’armée de Wellington qui occupait Bordeaux.

Opposant au coup d’État du 2 décembre 1851, Eugène Beauvais fut condamné à l’expulsion. La commission mixte de la Sarthe motiva sa décision par les attendus suivants : « Considérant, en ce qui concerne le Sieur Beauvais, que cet homme était l’un des agents les plus actifs de propagande et dans un état de guerre perpétuelle contre la société ; qu’il abuse d’une certaine facilité d’élocution pour pervertir les habitants des campagnes ; qu’il a été condamné en 1850, à Saint-Calais, à 50 f. d’amende pour outrages à la gendarmerie ; que dans la nuit du 5 au 6, il a donné le signal de l’insurrection dans la commune de Dollon, en tirant 3 coups de pistolet comme moyen de ralliement ; qu’après avoir été à Saint-Michel, à Thorigné et à Connerré pour connaître les ordres donnés, il s’écriait dans les rues de Dollon : "Il faut prendre les armes, sonner le tocsin, marcher sur Le Mans, la révolution est totale", la commission, etc. ».

Réfugié avec sa femme à Jersey, il s’y retrouva avec nombre de proscrits dont Victor Hugo et plusieurs de ses compatriotes de la Sarthe : Jacques Barbier, Albert Barbieux, et Louis Jégo. Il ouvrit une auberge qui accueillait les réunions politiques des proscrits et notamment, le 21 octobre 1853, l’assemblée générale des proscrits républicains résidant à Jersey, qui déclara le sieur Julien Hubert comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III.

Pendant son séjour sa femme accoucha à Saint-Hélier d’un petit garçon que le couple nomma Freedom, en hommage aux valeurs qu’ils défendaient. Mais Eugène eut la douleur de perdre peu après sa femme le 16 septembre 1854 et son fils le 23 septembre suivant. Tous deux furent enterrés à quelques jours d’intervalle dans le cimetière réservé aux proscrits dans la paroisse Saint-Jean (aujourd’hui cimetière Macpela à Sion). Freedom fut enterré le 27 septembre, le même jour que le proscrit Félix Bony. Sur la tombe de ce dernier Victor Hugo prononça les mots suivants : « Et, chose poignante ! les enfants tombent aussi ! Avant d’arriver à cette sépulture, tout à l’heure, nous nous sommes arrêtés devant une autre fosse, fraîchement ouverte comme celle-ci, où nous avons déposé le fils de notre compagnon d’exil Eugène Beauvais, pauvre enfant mort des douleurs de sa mère, et mort, hélas ! presque avant d’avoir vécu ! ». Eugène eût toutefois le réconfort de la visite de son père et son frère, comme l’atteste une photographie, donnée par Eugène au jersiais Philippe Asplet, protecteur des proscrits.

Le 17 octobre 1855, Eugène fit partie des 36 signataires de la protestation rédigée par Victor Hugo et adressée au gouvernement anglais contre l’expulsion de Charles Ribeyrolle, du colonel romain Louis Pianciani et de Philippe Thomas de l’île de Jersey. Comme les autres signataires il fut expulsé. On ignore où il se réfugia alors.

Rentré en France, Eugène Beauvais s’installa chez son père à Dollon. Mais sans emploi et marqué par les épreuves il mourut peu après à l’âge de 33 ans. Suite à la loi de réparation nationale de 1881, son père Casimir reçut une pension comme héritier de son fils. Il décéda à son tour, le 25 août 1884 à Dollon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article26081, notice BEAUVAIS Eugène, Louis par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 8 janvier 2021.

Par Gauthier Langlois

Eugène Beauvais (à gauche) en compagnie de son père et son frère, photographiés à Jersey vers 1854
Eugène Beauvais (à gauche) en compagnie de son père et son frère, photographiés à Jersey vers 1854
Eugène Beauvais (à gauche) en compagnie de son père Casimir Louis Beauvais né en 1798 (au centre) et son frère Casimir François né en 1824 (à droite). La photographie prise entre 1853 et 1855, est sans doute postérieure à la mort de l’épouse et de l’enfant d’Eugène qui n’y figurent pas. Elle est l’œuvre probable de Charles Hugo ou Auguste Vacquerie.
(Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Philippe Asplet, fol. 9)
Eugène Beauvais photographié à Jersey en 1855
Eugène Beauvais photographié à Jersey en 1855
La photographie est accompagnée d’une dédicace au jersiais Philippe Asplet, ami des proscrits : « À notre ami sincère Philippe Asplet, souvenir de Jersey, le 1er novembre 1855. Beauvais. »
(Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Philippe Asplet, fol. 17)

SOURCES : Archives nationales F/7/*/2588 (liste générale), F/15/4081 (dossier de pension). — Service historique de la Défense, 7 J 78 (Associations démagogiques et faits insurrectionnels de la Sarthe. État des décisions de la Commission départementale). — Archives de la Sarthe, Acte de naissance, Acte de mariage, Acte de décès. —Jerripedia, Relevés de l’État civil des îles anglo-normandes. — Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Philippe Asplet, folio 9, folio 17. — À la France. L’agent provocateur Hubert, Jersey : imp. universelle, [1853]. — Victor Hugo, « 1853-L’espion Hubert », Œuvres inédites de Victor Hugo. Choses vues, 1888, p. 291-330. — Hugo, Victor, « Sur la tombe de Félix Bony » et « Expulsion de Jersey », Œuvres complètes de Victor Hugo. Actes et paroles. 2, publiées par Paul Meurice, puis par Gustave Simon, Paris, A. Michel, 1937-1940, p. 86, 123-125. — Le Rappel, 24 septembre 1875. — Arch. privées de la famille Alavoine-Baudains, Liste établie par Eugène Alavoine après 1870. — Gérard Boëldieu, « Sur six proscrits sarthois, compagnons d’exil de Victor Hugo à Jersey », Gavroche, n° 158, avril-juin 2009, p. 24-33. — Denise Devos, La Troisième République et la mémoire du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte : la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881 en faveur des victimes du 2 décembre 1851 et des victimes de la loi de sûreté générale du 27 février 1858 : F15 3964 à 4023, Paris, Archives nationales, 1992, p. 437. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Beauvais - Eugène Louis », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Note de Rémi Gossez.

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