COUSIN Émilien

Par Yves Le Maner

Né le 5 mai 1901 à Orchies (Nord) ; employé de chemin de fer ; militant syndicaliste et communiste de Dunkerque (Nord).

Émilien Cousin reçut une éducation teintée à la fois de socialisme et de conservatisme. Son père, mécanicien roulant aux chemins de fer du Nord était un laïc convaincu, militant socialiste depuis 1907 qui prit une part active à la grève des cheminots de 1910. Sa mère, catholique pratiquante, envoya son fils dans une école religieuse de Douai jusqu’en 1910, date à laquelle le jeune Émilien fut placé dans une école laïque où il obtint son Certificat d’études primaires en 1912. Entré comme apprenti chez un garagiste, Émilien Cousin subit une dure épreuve qui développa chez lui une maturité précoce. En effet la guerre le sépara brutalement de ses parents lors de l’invasion allemande de 1914. Seul, il fut enrôlé par les Allemands dans les « Zinil Arbeit Bataillon » et il ne retrouva son père qu’en 1918 après la fin des hostilités. Entré aux chemins de fer, il adhéra à la CGT en janvier 1919 et participa à la grande grève de 1920. Après son service militaire effectué de 1921 à 1923, Cousin consacra tous ses loisirs à la lecture se forgeant un remarquable bagage théorique sur le plan politique et économique. Ainsi, fait exceptionnel à cette époque, l’engagement politique d’Émilien Cousin résulta-t-il d’une connaissance idéologique solide. Ayant retrouvé son emploi à la Compagnie des chemins de fer du Nord à Dunkerque en 1923, il décida de ne pas se syndiquer, en raison de son désaccord profond avec les dirigeants cégétistes du syndicat des cheminots. En 1927, il parvint à fonder une section syndicale CGTU chez les cheminots dunkerquois dont il devint le secrétaire et qui rassembla environ 150 adhérents, pour la plupart employés du service du matériel roulant. À la fin des années 20 il adhéra au Parti communiste et milita au sein de la cellule locale de Rosendaël, où il résidait. Si l’esprit d’unité, précoce chez les cheminots, suscita des réunions communes entre confédérés et unitaires dès 1932, il fallut attendre 1936 pour voir se sceller définitivement les rapprochements opérés depuis plusieurs années. Élu trésorier du syndicat réunifié des cheminots, il en devint le secrétaire en 1937. Le syndicat regroupait alors près de 1 300 membres. Délégué au congrès confédéral de la CGT, tenu à Nantes en novembre 1938, Cousin siégea aux côtés de Pierre Semard et de Raymond Tournemaine et put percevoir les tensions qui se faisaient jour entre les trois tendances de la CGT. Cet état de division latente coïncida avec l’échec de la grève de la SNCF de 1938 qui brisa l’élan du syndicat des cheminots dunkerquois. À la suite d’incidents survenus au dépôt de Coudekerque entre les grévistes et les forces de l’ordre, Cousin fut condamné par le tribunal de Dunkerque à deux mois de prison, en janvier 1939, pour « entrave à la liberté du travail ». Bien que cette condamnation ait été amnistiée, il subit par la suite de multiples tracasseries de la part de la direction des chemins de fer.
En poste au dépôt de Lille-Délivrance pendant l’occupation allemande, il participa à la Résistance au sein du réseau « Voix du Nord ». Revenu à Dunkerque en 1945, il reconstitua le syndicat CGT des cheminots et, avec l’aide de quelques militants, il assura la relance de l’Union locale CGT dont il devint le secrétaire adjoint. Mais en 1950, la maladie contraignit Émilien Cousin à prendre une retraite professionnelle et syndicale anticipée. Il assura cependant pendant de très nombreuses années le secrétariat de la section des syndicalistes retraités de Dunkerque.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article2630, notice COUSIN Émilien par Yves Le Maner, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 14 janvier 2012.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Dép. Nord, M 595/35. — M. Tibier, Mémoire de Maîtrise, Lille III, 1975, op. cit. — État civil d’Orchies (1979).

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