BERRIER-FONTAINE Camille-Louis (orthographié parfois BERRYER, BERRIÉ par erreur)

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot, Jacques Grandjonc et Jean Risacher

Né le 6 octobre 1804 à Argentan (Orne) (ou Alençon ?), mort le 17 mars 1882 ; médecin ; membre de sociétés républicaines en France au début des années 1830 ; communiste internationaliste à Londres dans les années 1840 ; commissaire du Gouvernement provisoire en 1848 dans l’Orne ; démocrate-socialiste puis bonapartiste.

Étudiant en médecine et interne à l’Hôtel-Dieu, Berrier-Fontaine combattit lors des Trois Glorieuses et fut médaillé de Juillet. Il adhéra tout de suite à la Société des Amis du Peuple et participa le 1er juin 1832 à la réunion qui se tint dans le local fermé par les scellés. Arrêté avec ses compagnons de la SAP, il fut inculpé de bris de scellés au procès du 12 août 1832 et au procès du droit d’association du 15 décembre 1832. Il adhéra à la Société des droits de l’Homme, fut membre de son Comité central à l’automne 1833 et en fut secrétaire, comme le montrent de nombreux ordres du jour signés par lui. A cette date, il était en outre membre, en compagnie de Philippe Buonarroti*, Zael Efrahem*, du tailleur Alphonse Grignon*, de Félix Mathé* et Marc-René Voyer d’Argenson*, d’un Comité d’action ou de propagande fondé au sein de la Société en septembre-octobre 1833, comité de propagande dont, avec Napoléon Lebon* et Jean-Jacques Vignerte* il était l’un des trois membres quasi permanents. C’est à l’initiative de ce comité que devait être créé le journal ouvrier L’Association (dont seul un fragment d’article est connu).
A ce titre, lors d’une réunion de la Commission chez Lebon et Vignerte, 27, rue Saint-Jean-de-Beauvais (XIIe arr. ancien, maintenant Ve) Berrier-Fontaine fut arrêté, avec Mathé et les autres, le serrurier François Allard*, le cambreur Étienne Dupuis* et le bonnetier Zéphir Seigneurgens*, etc., le 8 décembre 1833. Ils étaient accusés avec une quinzaine d’ouvriers (dont Efrahem et Grignon déjà incarcérés) d’être les « instigateurs des coalitions d’ouvriers » (étienne Cabet*). Inculpé de provocation à commettre des crimes et délits, il fut incarcéré le 10 décembre 1833 à Sainte-Pélagie où il semble être resté jusqu’au procès du 25 avril date à laquelle il fut condamné. C’est donc probablement en son absence qu’une perquisition eut lieu en son domicile, le 19 mars 1834, qui permit à la police de mettre la main sur les rapports fournis par les sections de la SDH concernant l’état moral et matériel des arrondissements parisiens. Les registres d’écrou sont un peu contradictoires. Selon l’un, il aurait été libéré le 25 avril 1834 et réintégré le 9 mai 1835, selon les autres, version plus vraisemblable, il aurait été transféré à La Force le 30 septembre 1834, puis à la Conciergerie les 9 et 10 octobre, sans doute pour un second procès. En fait, il fut condamné à trois ans de prison le 25 avril 1834, puis, sur appel du procureur général, à cinq ans de prison et à cinq années de surveillance de haute police en octobre 1834. Après deux séjours de plusieurs semaines, en décembre et mars-avril 1835 dans la maison de santé du Dr Pinel, rue du faubourg Saint-Jacques (XIIe arr. ancien, maintenant Ve), il fut réintégré le 9 mai 1835 à Sainte-Pélagie, d’où il s’évada le 12 juillet 1835. Indésirable en Belgique comme nombre de ses compagnons, il gagna Londres où il s’établit comme médecin. Contumace, il fut condamné à la déportation par la Cour des pairs au procès des accusés d’avril qui se termina le 23 janvier 1836.
Berrier-Fontaine fut très actif dans l’émigration londonienne, il fonda une société de bienfaisance et fit la connaissance de Cabet*, présent à Londres depuis mai 1834, dont il devint l’ami : lorsque ce dernier rentra à Paris en 1839, il fit appel à Berrier-Fontaine pour prendre en charge la propagande icarienne en Angleterre. Mais surtout, très vite après l’arrivée des exilés, Berrier-Fontaine participa à la création de la Société Démocratique Française, dont on peut penser que les bases avaient été élaborées à Sainte-Pélagie dès 1834-1835, qu’il devait diriger de 1840 à 1844. Elle subsista jusqu’à la révolution de Février. Il s’agissait d’un groupe de communistes néo-babouvistes français très mal connu. Berrier-Fontaine s’était aussi fixé pour objectif de publier un périodique. Il prit langue dans ce but avec Louis Blanc* et Pierre Leroux*, mais Cabet s’efforça de l’en dissuader en faisant valoir qu’il était avant tout nécessaire de faire vivre le Populaire.
A la suite de l’échec du soulèvement de mai 1839, en parallèle aux débats passionnés des Chartistes britanniques sur la prise du pouvoir par la « force morale » ou la « force physique », et sous l’impulsion de Berrier-Fontaine, Jacques Chilmann*, Napoléon Lebon, Jean-Jacques Vignerte et sans doute de Jacques Imbert* et Joseph Villain* depuis Bruxelles, la Société Démocratique Française débattit de ce thème de l’automne 1839 à septembre 1840. A cette date, elle consigna ses conclusions, « toutes marquées au coin du système communautaire », dans le Rapport sur les mesures à prendre et les moyens à employer, pour mettre la France dans une voie révolutionnaire, le lendemain d’une insurrection victorieuse effectuée en son sein, Londres, 1840. La brochure fut qualifiée de « Manifeste communiste » dans La Phalange en 1841.
Entre temps, la Société Démocratique Française avait aidé Carl Schapper, expulsé de France en novembre 1839, à fonder dès février 1840 la Société Démocratique Allemande (Deutsche demokratische Gesellschaft) qui devint bientôt l’Association Communiste d’Instruction Ouvrière (Communistischer Arbeiter-Bildungs-Verein) et subsista à Londres jusqu’en 1914. Les deux sociétés siégeaient dans la même taverne de l’East End (il fut même question en 1847 de fusion, non réalisée) et débattirent ensemble à partir de 1844 du projet cabétiste d’émigration « en Icarie », ce dont témoigne la correspondance suivie de Berrier-Fontaine avec Cabet.
Au cours de l’été 1845, Friedrich Engels, qui fréquentait les exilés allemands et français à Londres depuis 1843, mit en relation Berrier-Fontaine et Schapper avec George Julian Harney et Ernest Jones, dirigeants de l’aile gauche des Chartistes, ce qui eut pour effet la création, le 22 septembre 1845, de l’association internationaliste des Démocrates Unis (Fraternal Democrats). Ce même jour était célébré l’anniversaire de la première République française par un meeting international où Berrier-Fontaine fut l’un des orateurs. Les Démocrates Unis entretinrent à partir de 1847 des relations relativement étroites avec les républicains français de La Réforme et l’Association Démocratique de Bruxelles.
Berrier-Fontaine fit aussi en 1846 la connaissance de Louis-Napoléon Bonaparte, échappé de la citadelle de Ham. En 1847, il vendit son cabinet au Dr Conneau, médecin personnel du prince. A cette date il essayait de faire traduire en anglais le Voyage en Icarie de Cabet.
Ledru-Rollin envoya Berrier-Fontaine, en qualité de commissaire du Gouvernement provisoire, à Alençon, où il devait à partir du 2 mars 1848 rencontrer beaucoup de difficultés. La situation économique était mauvaise et Berrier-Fontaine s’employa à créer une espèce de fonds de chômage en partie avec une imposition départementale de 10 centimes, en partie avec des crédits qui auraient dû revenir à l’agriculture. On l’accusa d’exciter le pauvre à la spoliation du riche. Ses interventions dans la préparation des élections des 23-24 avril à la Constituante et sa candidature furent présentées par les conservateurs du département comme des atteintes intolérables à la liberté. Il recueillit 36 906 voix, quand le premier des élus du département en avait obtenu 91 476.
Selon ses adversaires, il aurait sympathisé avec les insurgés parisiens de Juin au point de ne prendre parti que le 3 juillet en faveur du gouvernement Cavaignac. Grief tout à fait vraisemblable à cette époque, qui lui valut d’être remplacé le 6 juillet par un préfet plus à la convenance des conservateurs Ornais.
Il fut néanmoins pourvu d’un poste à Paris par le ministre Sénard.
Berrier-Fontaine se rallia au coup d’État du 2 décembre 1851, devint médecin de Napoléon III, et jusqu’en 1869, date à laquelle on perd sa trace, soutint que l’Empereur était l’expression même de la démocratie.
[Il signe lui-même Camille-Louis (avec tiret) et l’orthographe Berryer provient d’une confusion courante avec celle du député et orateur de ce nom.]

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article26380, notice BERRIER-FONTAINE Camille-Louis (orthographié parfois BERRYER, BERRIÉ par erreur) par Notice revue et complétée par Michel Cordillot, Jacques Grandjonc et Jean Risacher, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 13 août 2016.

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot, Jacques Grandjonc et Jean Risacher

SOURCES : Arch. Dép. Paris (Seine), Registres d’écrous, DY8/7-1027, DY8/7-1164 ; DY4/24-6876. — BHVP : Ms 1052, papiers Cabet. — Cour des pairs, Affaire du mois d’avril 1834. Rapport fait à la Cour des pairs par M. Girod (de l’Ain), Paris, Imprimerie royale, 1834-1836. — Tableau synoptique des accusés d’avril jugés par la cour des pairs établi par Marc Caussidière, Lyon, imprimerie de Boursy fils, 1837, Arch. Nat. BB 30/294, Bibl. Nat. in-4° Lb 51/24984. — Cour des pairs. Procès politiques, 1830-1835, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1983, CC 590 D 1 N° 39. — « Arrestation de la Rue Saint-Jean-de-Beauvais », La Tribune, 12 décembre 1833. — Le Réformateur, 11 octobre 1834. — Gazette des Tribunaux, 15 octobre 1834. — The Northern Star, 1845-1847. — Friedrich Engels, « Das Fest der Nationen in London », Rheinische Jahrbücher zur gesellschaftlichen Reform, vol. 2, 1846, p. 1-19. — Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, Dentu, 1851. — Cour des pairs. Procès politiques, 1830-1835, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1983, CC 590 d1 n° 39 ; 615 d2 ; 616 d1. — René Jouanne, La Révolution de 1848 dans le département de l’Orne, Alençon, 1948, in-8°, 50 p. — La Révolution de 1848 dans l’Orne, Alençon, 1948, in-8°, 12 p. — Alain Faure, Conflits politiques et sociaux au début de la monarchie de Juillet, 1830-1834, Mémoire de Maîtrise, Paris X, 1974, p. 230. — Henry Weisser, British working-class movements and Europe 1815-48, Manchester, 1975. — Arthur Lehning, De Buonarroti à Bakounine, Paris, Champ libre, 1977. — Jacques Grandjonc, Communisme/Kommunismus/Communism, Origine et développement international de la terminologie communautaire prémarxiste, des utopistes aux néo-babouvistes, Trèves, Schriften aus dem Karl-Marx-Haus, 1989, t. 1 Trier, 1989, p. 149, 152, 155, 163-166, 224, 384-387, 405.
IMAGE ET SON : Portrait lithographié dans la série des « Prévenus d’avril » par Ligny, publié par Bourdin (Paris, 1835).

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